MACRONIQUE EN COVID #19

Quand j’étais môme, j’aimais bien l’histoire. Je me souviens d’avoir été choqué le jour où la maîtresse, eh oui j’avais une maîtresse quand j’étais petit ! nous expliquait que les rois disaient nous, au lieu du je de tout un chacun.

Je ne comprenais pas pourquoi un roi se sentait plus nombreux tout seul que le tout un chacun que j’étais. Non mais ! Un peu de comprenette venant combler mes abîmes d’inculture, ma maîtresse ne faisant rien pour y apporter remède, je finis par comprendre que le nous du roi avait un autre sens. Cet homme aux deux corps et peut-être aux deux esprits, incarnait la communauté de ses sujets. D’où ce nous royal. C’est d’entendre les JE majuscules prononcés sur tous les sujets par notre roi auto-proclamé qui m’a fait tinter l’oreille ce matin. J’arrêterais le nucléaire ? J’affaiblirais la souveraineté énergétique de la France ? Je cite à l’arrache, mais quand même, le président de tous les français pourrait dire nous, lui aussi, en accord avec sa prétention et sa morgue monarchiques. Après tout, il ne décide pas tout seul, si ? Ah oui, c’est vrai, le parlement godillot n’est pour pas grand-chose dans les orientations du pouvoir tout entier incarné par LUI. Alors c’est vrai, la faiblesse de notre république, aussi visible par tout un chacun oui, j’adore cette locution ! que la haine dans le regard de Zemmour, est un sujet qu’on n’est pas près d’aborder. Il est tellement évident que cette faiblesse est vague bonne à surfer pour le enmêmetentiste Macron, qui, en bon banquier, sait voir quand il y a un creux favorable à un rebond. Un rebond dans le vide idéologique et politique. Ce vide qu’on appelle le pragmatisme. A part de ça, je me réjouis de la réapparition de la Fée électricité, cette œuvre monumentale de Raoul Dufy que le MAM peut montrer de nouveau après une restauration complète.
Cette œuvre de commande de la compagnie de distribution d’électricité, d’une surface de 600 m2 que j’ai vue pour la première fois à 14 ou 15 ans au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, a été pour moi une révélation. L’électricité, que j’utilisais tous les jours, avait été inventée ! Du coup je me suis demandé qui avait inventé l’eau et l’air, frôlant la punition debout, au coin les mains sur la tête, en demandant à ma maîtresse, qui a inventé ceci et cela ! Elle me disait bien que personne n’avait inventé ces choses-là. Alors pourquoi c’est quelqu’un qui a inventé l’électricité ? Beaucoup plus tard, quand j’ai eu comme on ne dit plus, commencé à m’intéresser à l’art et particulièrement aux arts plastiques, je me suis interrogé, je m’interroge encore, sur ce qu’on ressenti les premiers regardeurs des œuvres de Kandinsky, Delaunay ou Malevitch. L’invention d’une représentation du monde dont les ressorts formels sont cassés, la dissolution de la figure dans une autre idée du réel. L’irruption du suprématisme et du constructivisme, après l’impressionnisme et le fauvisme, entre autres, donne le la à une ère où l’intention, le projet des artistes ne sont plus fondés sur la mimésis dans l’exactitude formelle de la réalité, pas plus que sur l’édification du commanditaire et du public. Les artistes, du début du XXème siècle comprennent que l’innovation, l’invention sont contenues dans la rupture esthétique, la réaction à l’ordre imposé par les nomenclatures. L’art disparaissait derrière les artistes.


Le monde pouvait dès lors apparaître tel que le proposaient les artistes, exactement comme l’électricité avait enfin permis de choisir entre l’ombre et la lumière, entre la nuit et une sorte de jour. 

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