MACRONIQUE EN COVID #20

Je comprends mieux le goût de Macron pour la sécurité, les forces de l’ordre, les LDB, la mutilation de manifestants par un usage inédit de la violence d’Etat : son modèle c’est Al Sissi, l’ordure qui terrorise le peuple égyptien depuis des années dans le silence assourdissant des pays occidentaux et l’indifférence de celui des Droits de l’Homme.

Les gens qui arborent la légion d’honneur à la boutonnière, me font penser aux naines nanties qui garent leur Porsche Cayenne sur le trottoir dans les rues de Paris : elles n’ont honte de rien. Heureusement il y a ceux-là qui la rendent, la légion. Ils récupèrent ainsi la dignité qu’ils avaient laissé filer dans l’imminence d’une reconnaissance longtemps attendue. J’ai vu des remises de légion sur divers contingents, ceux du ministère de la culture, celui de l’économie et d’autres : à chaque fois, je me suis demandé, connaissant bien les impétrants, ce qui justifiait qu’on leur épingle la breloque. Je n’en citerais aucun.e, mais si un jour ils venaient à me lire, ils se reconnaîtraient certainement. Alors peut-être, me dis-je que Macron a le même respect pour ce truc que moi. Il considère que c’est comme une plaque d’identité pour chien, ou un machin qu’on trouve dans les surprises de fête foraine. La Légion d’Honneur à Sissi ! Ou alors, il pense qu’il a récompensé Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, qui serait revenue à la vie sous les traits du pharaon en exercice ? Avec ce satané Covid on ne sait plus très bien ce qui relève de la fièvre ou de la raison du plus fort.

Ces gémissements, ces plaintes, ces larmes et ces atermoiements à propos de ces avanies que Castex fait subir à la culture. Ce matin, c’est Jeanne Balibar qui s’y colle. Pas un mot pour tous ceux que la situation de la République Covidée met à la rue et qui n’ont rien à voir avec la culture. Il n’y en a que pour cette atteinte délétère à ce qui produit de l’émotion, celle qui mène aux idées, et puis encore ce coup porté au cœur de la Nation héritière des Lumières. Là, on comprend que la dame est une nationaliste bon teint. Les Lumières, comme elle dit, est une locution qui nomme un mouvement philosophique EUROPEEN, dont le point de départ est la révolution ANGLAISE de 1688, dont nombre de contributeurs ne sont pas français, ce qui, à cette époque-là ne voulait pas dire grand-chose. S’approprier les Lumières, et réduire, comme elle le fait la culture à la production théâtrale, muséale, musicale et cinématographique est abscons et obsolète. La culture de Madame Balibar est une activité industrielle, dont l’objectif premier est la rentabilité. Ce qui revient à dire que la culture version Jeanne Balibar est une affaire de pognon. La culture dans son sens plus humaniste, de mon point de vue plus recevable, c’est cette quantité d’efforts sans lumière et sans guichet qu’un grand nombre de gens produisent, pour créer, dans l’humilité, du lien social, de la matière intellectuelle, des idées, du mouvement, de l’esthétique et de l’émotion puisqu’il en faut. Les poètes se fichent d’appartenir au monde souffrant de la culture qui les ignore superbement, de même ce grand nombre d’affamés, souvent sortis d’écoles fameuses qui peignent, écrivent, sculptent, dessinent et déclament dans l’ombre infinie de l’indifférence de LA CULTURE. La culture se trouve dans les marges, elle marque les bordures de la pensée contemporaine, elle n’est pas protégée par les 7 milliards que Macron à généreusement accordés aux nantis de l’industrie culturelle. Car ce sont eux qui chialent en ce moment. Qui se plaint ? Pas les abonnés de Netflix, les masturbateurs de smartphone qui zappent du pouce d’un Insta à un FB ou un Tik Tok, ni les adeptes des jeux en ligne. La culture, telle que Jeanne Balibar la voit encore n’est déjà plus qu’un souvenir. On ouvrira bientôt les musées qui resteront vides en l’absence des selfistes asiatiques, les théâtres, pour ceux qui ont le pouvoir d’achat qui va bien, et les cinoches pour que continue de s’afficher les blockbusters, ces charrieurs de merde qui sont l’essentiel de la production culturelle américaine. Alors, moi, je m’en fous que la dame au vison ne puisse pas assister à la nième représentation de telle pièce de musique ou d’opéra, de théâtre ou de ballet. Dans une certaine mesure, c’est nous qu’on paie aurait dit l’excellent Michel Colucci, alors si ça s’arrête un moment, qu’est-ce que ça peut bien faire. La culture c’est comme le levain, ça se nourrit tous les jours de peu de chose, c’est vivant, c’est partout, c’est tellement partout que c’est nécessairement subversif, ça ne tolère ni contrainte, ni limites, ça se fiche des murs de théâtre, des écrans et des scènes. La culture c’est l’affaire de tout le monde et pas celle d’une caste fût-elle en possession du secret de la production de l’émotion qui mène aux idées.

J’attends la trêve des confineurs, en essayant de rester zen c’est à dire en arrêtant d’écouter Léa Salamé.  

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