MACRONIQUE EN COVID #21

La nuit du solstice, celle dont l’aube crasseuse inaugure le 1er Nivôse, petit jour chouineux, a été blanche. Le blanc, c’est la couleur de la peur et celle de la pureté et du deuil. Je vois par la fenêtre de ma chambre, que l’hiver est là, qui prend son élan,

... dérape un peu sur la mémoire des disettes et des misères, celles des frimas, que le réchauffement de la planète change en douceurs mauvaises.

On dort dehors, on file d’attente devant les soupes et les distributions de vivres. Les mêmes longues queues humaines devant le Bon Marché et les Galeries, et autres temples de la conso, mais pas les mêmes gens. Ceux qui quêtent sont inquiets, déprimés, malheureux. Ils ne méritent pas d’être tombés dans la douve qui sépare ceux qui n’ont plus le droit de vivre dignement de ceux qui sont encore épargnés par le Marché, ce père de l’humanité capitaliste. Comment disposer de soi-même, ne pas être l’objet de l’arbitraire économique et social, d’un traitement différencié, habeas corpus, quand on a besoin de la charité pour se nourrir et qu’on n’a nulle part où aller ? Contre quelques-uns de mes amis, je vois que le pays est mal gouverné, mais en a-t-il jamais été autrement ? On dit que l’économie prime la politique et le droit, que Macron, comme ses prédécesseurs, fait la part belle aux riches, dont il attend que le trop-plein de fortune ruisselle. Finalement, celui qui s’engageait à ce que personne ne dorme plus dans la rue, celui qui s’indignait face caméra contre l’agression d’un producteur de musique noir, sans cause, est pris la main dans le sac de la communication la feuille de route de son idéologie capitaliste libérale et sécuritaire.

On a raison, Emmanuel Macron ne vaut pas mieux que Hollande ou Sarkozy. Il n’y peut rien, il n’est pas assez créatif pour penser en dehors de la boite dans laquelle il est enfermé depuis sa naissance. Je ne me décourage pas, malgré les griefs qu’on me fait, de considérer ce président comme un dictateur au petit pied, un majordome du Marché, auquel il est tellement dévoué.

Et puis, surtout, j’ai pris depuis longtemps, l’habitude de juger les dirigeants de notre pays, à l’aune de leur gestion de la police. Il y a eu la police des gants blancs de Mitterrand, belle idée saccagée par les Pasqua/Pandraud boys assassins de Malik Oussekine, celle de de Gaulle et son Papon du 17 octobre 1961. Au regard du bilan provisoire de ce quinquennat, la police de Macron, est plus proche de celle du général, qu’aucune autre de la 5e. Des centaines d’yeux crevés, de mains arrachées, des dizaines de morts en seulement 3 années de mandat. Sarkozy, qu’on disait violent, avait une autre maîtrise de la force publique, cela dit dans le respect de la mémoire de Zyed et Bouna, Moushin Sehhouli, Laramy Samoura et Ali El Anziz, voyez, je peux les citer morts par des violences policières, pendant son mandat.

Notre chef de guerre, qui chope le virus comme un débutant, après un dîner faites comme je dis, pas comme je fais à l’Elysée, n’aura plus jamais ma sympathie ni mon suffrage.

A part de ça, comme disait mon ancien ami, Ronald, quoi de neuf ? Le Marché, encore lui, est indépassable. On a changé l’étiquette de l’Europe qui aurait dû évoluer vers une structure solidaire, sociale, une entente structurée autour d’une monnaie, d’une fiscalité, d’une justice etc.., communs. A l’obscure clarté de la crise sanitaire, chacun.e perçoit que l’Europe n’est qu’une addition de nationalismes, un empilement de règles principalement utiles au libre-échange, à la libre circulation des marchandises, au commerce, au Marché (!). La crise du Covid montre crûment que le chacun pour soi est la règle de cette Europe, dont les institutions représentatives et exécutives n’ont pas de vision holistique de la crise elle-même, avec pour conséquence, d’obérer toute vision de long terme sur la sécurité sanitaire des peuples qui la constituent.

Heureusement il y a Gérard. Ce Gérard si tellement français avec sa haine de lui, son intransigeance, ses révoltes et ses colères infusées dans une générosité essoufflée, ce Pantagruel génial, le seul acteur contemporain, dont on peut dire qu’il est un artiste. Serge Malik

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