MACRONIQUE EN COVID #24

La chair à canon de la guerre à Macron, ce sont les jeunes. Chômeurs à peine sortis de l’école, étudiants en détresse distancielle, gamin.es tellement fier.es d’appartenir enfin au monde estudiantin, réduit.es à un face à face déprimant avec un écran. Sorti.es du lycée, ils, elles, n’ont aucune expérience de la fac, de la complexité des programmes, de la géographie ubuesque des locaux, des autres.

C’est dans l’absurdité d’une solitude et d’un désarroi insupportables qu’une génération entière voit l’espoir d’une vie rêvée se dissoudre dans la sinistre réalité du nouveau monde qu’on leur avait promis. Heureusement toutes les batailles ne se gagneront pas sur le champ du progrès et de la croissance, et bien de ces jeunes, qui n’iront pas de l’avant, feront le pas de côté ou en arrière et mettront le pied dans la glaise d’un autre progrès, celui de la sauvegarde de la Terre. La consommation, le tourisme crétin, l’addiction à la technologie, la soumission aux algorithmes, sont les paradigmes de l’ancien monde. Ainsi la jeunesse du monde, car, par la capillarité que génère la peur, la planète entière est concernée, doit faire face, ne pas souffrir pour rien, ne pas se fabriquer des regrets, ou pire des remords en laissant passer l’occasion d’achever ce qui reste de l’ancien monde.

Le génial Robert Boyer, économiste et intello, dit que les secteurs économiques qui auront le plus morflé, du fait de la pandémie, ne reviendront jamais à l’étiage qui était celui du monde d’avant. Le monde d’avant est obsolète, perdu à jamais, suggère-t-il, ouvrant, espéré-je, la perspective d’une incarnation par la jeunesse mondiale d’une apocalypse laïque, égalitaire, fraternelle. Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas ses GAFAM ? Le bon Robert répond avec tact, que la raison est qu’il aurait fallu la puissance d’une fédération coalisée pour investir et donner corps à des concurrents à la hauteur de ceux nés dans le giron américain. En creux, Robert Boyer explique que l’Europe n’existe qu’en pointillés et encore seulement à travers des dispositifs comme la BCE. On le savait déjà que l’Europe était une impuissance sociale, mais c’est bien de l’entendre dire sans que personne ne crie à la diffamation.

 Je me souviens d’une scène vue à la télé, un enfant de 7 ou 8 ans au milieu d’une rue dévastée de Grozny, hurlant de chagrin, le bras tendu, son petit doigt noir de fumée, désignant dans un spasme frénétique un corps enflammé. C’est mon grand-père ! C’est mon grand-père ! hurlait le gosse. Les tchétchènes, aujourd’hui sont une diaspora, un monde nucléarisé à travers toute l’Europe, mais qui n’a rien perdu de ce qui fait peuple. Chacun.e est un livre, une mémoire, un maillon d’une chaîne humaine capable de se mobiliser du plus loin pour venir en aide à l’un des leurs. On ne justifie pas les crimes, qu’ils soient commis par des victimes ou non, on ne les tolère pas. Mais on peut essayer de comprendre la douleur d’un peuple, de vivre hors de chez soi, chez les autres, dépossédé de sa terre, de son histoire, de ses rites, de ses coutumes et de ses habitudes, de sa culture et de sa civilisation au prétexte qu’on n’est pas assez nombreux pour exister.

 Bref, c’est quand demain ?

 

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