Chronique #27

Une journée ordinaire, au cœur d’un hiver clément. Paris grouille, vélos, piétons, voitures et camions, procèdent, comme le font les fourmis, ils emplissent les rues, comblent les espaces libres, encombrent les carrefours.

J’ai une tâche importante à accomplir, je me dépêche, au volant de la voiture que je viens d’emprunter. Un peu plus tard, la première partie de ma mission accomplie, j’irais la rechercher, de nouveau dans le flot, jusqu’à l’endroit où je crois être attendu. Oh, ce n’est pas grand-chose, cela n’a rien d’un rendez-vous, juste une promesse que j’ai faite et que j’ai tenue. Je repars, il faut rendre l’auto à son parking souterrain. Je laisse derrière moi, une déception sentimentale j'ai dans la main, le petit sac en papier contenant un pain au chocolat qui ne fera plaisir à personne. Le café du matin a République. Il fait froid, le café n’est pas bon mais il est chaud. Nous discutons, comme trois sachems assis en tailleur dans un tipi, sauf qu’on est debout. La ressemblance avec les chefs indiens c’est les gros manteaux et la tentative de cercle à trois dans le petit espace qui sert de tipi à l’entrée du bistrot et le feu que la dame a bien voulu allumer au-dessus de nos têtes. Bref, on est bien, on se parle les un.es sur les autres, on fait des remarques, on donne des conseils, des avis, on tranche, on découpe nos vies en Covid. On veut partir, surtout moi. Ailleurs. Farah Diba a trouvé une chaise, tandis que l’aristo reste à se chauffer l’œuf sous la friteuse à côté de moi en fumant un ou deux calumets. On va et vient entre le Maroc où il n’y a pas grand-chose à faire, la Bretagne, Fontainebleau. Partir n’est pas plus facile que rester. Ce virus est une vraie plaie. Une paire de menottes microscopiques un lacet autour du cou des populations de la planète entière. Autour du mien. T’inquiètes, ça ira.

Voilà un ministre qui parle dans le poste, pendant que je picore mon chou rouge en rémoulade. Il dit que l’inceste c’est pas une question d’âge, que même entre adultes consentants il faut que cela soit interdit. Ah la la ! Comme disait Jimmy pas plus tard que naguère, qu’est-ce qu’on fait d’Adam Ève et leurs enfants, hein ? Bon, il y a prescription comme pour Duhamel, ils risquent rien.

Mais, me demandé-je, que viendrait faire la Loi dans une affaire de cul entre adultes qui se fichent de la morale ?

L’inceste, que la Loi doit viser, c’est le viol incestueux, ce que d’ailleurs la même appelle les abus sexuels aggravés quand c’est sur mineur et majoré quand l’abuseur détient une autorité de droit ou de fait sur la victime. Le même ministre n’aborde pas non plus l’évidence, qu’il faut légiférer sur la non-dénonciation de ce crime. Imaginons que soit puni sévèrement le fait de ne pas dénoncer le crime de viol incestueux et que les faits soient imprescriptibles, vous pensez qu’il y aura encore beaucoup de candidats aux abus sexuels ?  Osera-t-on aborder la question sous cet angle, où craint-on les dénonciations calomnieuses, les intrigues et autres calamités comme sait en produire la famille par chez nous ?

Sinon, les bataves en ont marre d’être cloqués chez eux. Surtout que pas chez eux, ça ne veut pas dire dehors, à déambuler dans le plat pays au risque de se faire défoncer par les hordes de vélos, non, ça veut dire le camping-car ou le break plein de bouffe hollandaise dégueulasse qu’on emmène avec soi, et ciao on va faire la France ou l’Espagne. Les bataves sont des pinces, ils répugnent à payer quand ils peuvent s’en abstenir, c’est pour ça qu’ils sont riches et qu’ils n’achètent rien en voyage. Alors, ils sont carrément sortis dans la rue, ils ont même un peu cassé des trucs urbains, pour dire ya basta !, on veut aller pingrer en France, sucer nos saucisses en regardant le Louvre depuis la dalle, dedans c’est trop cher.

Et puis le courage. C’est con de voir des poutines partout quand on regarde les russes, c’est des gens courageux, et super courageuses. Leur volaille c’est pas de la basse-cour, c’est des super ninjas, des défonceurs de crânes, des entôleurs sur entraînés. C’est pas pareil de soutenir Navalny en prenant le risque de rentrer chez soi un an après avec un œil en moins et en ayant tellement perdu de cervelle qu’on se rappelle plus ce qu’on foutait au trou, et filer un coup de pompe dans une poubelle devant un CRS SS entre République et Bastille! Je sais c’est long mais y’a qu’à suivre !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.