Texte d'orientation adopté par le Parti de la démondialisation

Pour information, le 2e congrès du PARDEM vient d'adopter une série de positions et d'analyse concernant la période et l'actualité politiques. La « stratégie » de ce Parti autour d'un « processus constituant » pêche par optimisme et il manque bien des éléments d'une stratégie pour aider à ce que le mouvement social finisse par gagner… Néanmoins, il y a dans ce texte des éléments intéressants.

2e CONGRÈS DU PARTI DE LA DÉMONDIALISATION (8-9 février 2019)

TEXTE D’ORIENTATION
Adopté par le Congrès le 9 février 2020

Aider le peuple français à décider par lui-même pour lui-même !

« Demain ne sera pas comme hier.
Il sera nouveau et il dépendra de nous.
Il est moins à découvrir qu’à inventer. »
Gaston Berger (1896-1960)


LE CAPITALISME N'EST PAS MORT.
Contrairement à beaucoup de prophéties, le capitalisme n'est pas mort. Bien qu'il épuise l'Homme et la Nature, il continue à faire illusion, absorbant ceux qui lui résistaient hier (URSS et Chine). De crise en crise, il parvient à retomber sur ses pattes, même si c’est au prix de grandes tragédies. Se présentant sous des facettes multiples, sa pointe avancée s’incarne depuis près d’un siècle dans un pays : les États-Unis.

Cet État fédéral de 318 millions d’habitants, à l’impact environnemental criminel1 s’administre en prêtant serment sur la Bible. Son régime carcéral est aussi dur que son système « représentatif » et son régime d’imposition sont inégalitaires2.

Il est capable de faire ployer n’importe quelle multinationale ou paradis fiscal lorsqu’il le décide. Sous ses différents gouvernements, ce pays ne cesse pas d’intervenir à travers le monde au mieux de ses intérêts nationaux et de ses multinationales, imposant même son droit du plus fort3 au mépris du droit international (entre autres exemples : l'affaire iranienne4 ou Alstom…) et son emprise culturelle. Cette véritable guerre pour la domination, les ressources et les marchés alimente en retour l'exaspération, la guerre commerciale, la militarisation, les guerres tout court, notamment sous l’appellation fallacieuse de « choc des civilisations ».

Oubliant le refus de l'intervention en Irak de la France et de l’Allemagne (2003), l'Union européenne s’est courbée comme toujours sous le joug étatsunien (et le monde anglo-saxon qui lui est assujetti), à travers notamment sa collaboration à l'OTAN, sa soumission au système financier américain et au Traité (mort-né) de libre-échange transatlantique (TAFTA), que Trump a finalement fait provisoirement échouer.

Pourtant, le résultat de l'interventionnisme belliqueux étatsunien est toujours le même : au Proche-Orient, une fièvre islamo-intégriste radicale et violente s’est développée, sur les décombres d'un panarabisme dévoyé. Elle a pris la forme du terrorisme dans plusieurs pays. La France, symbole de liberté de conscience, de mode de vie et d’expression, a été particulièrement touchée. Bien que contenue, la stratégie de tension de l’État islamique peut atteindre son objectif : déstabiliser les populations et créer des conflits intra-nationaux ou extra-territoriaux violents. Plus que jamais la laïcité doit être affirmée et imposée aux pouvoirs religieux, aux pouvoirs publics, aux multinationales, aux banques, aux marchés financiers et aux logiques ultra-libérales. Bien sûr, nous devons réexaminer nos relations avec les pétro-dictatures qui, en sous-main, se livrent au financement et au prosélytisme du wahhabisme, terreau et soutien du terrorisme islamique.

Disputée par de nouveaux entrants (les BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique-du-Sud), une nouvelle division internationale du travail se met en place, qui utilise sans précaution la moindre révolution technologique, scientifique, médicale et la main d’œuvre à bon marché (y compris le commerce des organes humains) qu'offrent des pays comme, par exemple, la Chine et l'Inde. Dans cette première phase contemporaine de globalisation du capitalisme (dite « mondialisation ») entamée à l’orée des années 1980, d'ordre financier et marchand, ce système a contraint les pays capitalistes à « s'adapter » comme ils le pouvaient. Les bourgeoisies nationales des pays riches à faire sécession d'avec leur peuple pour fusionner entre elles, afin de déployer leurs ailes sur des marchés plus larges. Les « politiques » et les hautes fonctions publiques à se mettre à leur service en se délestant des « modèles » spécifiques à chaque peuple, réduisant la marge de manœuvre des États-nations dont ils ont la responsabilité au motif mensonger de leur permettre de tirer leur épingle du jeu, et à traduire institutionnellement la nouvelle configuration – le néolibéralisme.

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Sur notre continent, l’instrument de l'adaptation à cette nouvelle situation (c’est-à-dire au néolibéralisme) est principalement l'Union européenne. C'est au titre de cette « adaptation » que chaque nation, à travers des gouvernements déjà peu représentatifs, lui transfère son pouvoir souverain. Le pouvoir du peuple laisse place à la post- démocratie du Grand marché et de l’oligarchie. Les accords du CETA et du Mercosur accélèrent cette mise en place et précèdent probablement la réactivation du futur TAFTA.

Tout le reste : la prospérité nouvelle, la paix, la fraternité universelle, l'urgence écologique, la démocratie… est subalterne, tout comme la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », mais aide à donner le change dans un « récit » bien entretenu par la pensée dominante, dont il est difficile de se défaire au risque de passer pour un « complotiste ». On présente l'Acte unique de 1986 en oubliant que le Livre blanc préparatoire de la Commission européenne de 1985 est précédé du rapport présenté par le PDG de Philips  « L’Europe de 1990 » et approuvé par les grandes entreprises européennes de l'époque (Nixdorf, AEG, Volvo, Olivetti, Shell, Siemens, Fiat, Benz, Bosch...) ! On ne doit pas oublier la genèse de la construction de l’UE, sous l’égide de Jean Monnet et de ses amis américains, jusqu’au traité de Rome (1957), ni le travail consciencieux et discret de cercles privés (Council on Foreign Relations, Trilatérale, Groupe de Bilderberg...) s’organisant en gouvernement du monde.

Ainsi, se dégradent lentement les conditions de vie des peuples de l’UE sans qu’ils parviennent à s’y opposer. En France, quatre décennies de désengagement de l'État social, d'extension du marché ont conduit nombre de nos concitoyens à s'accrocher au système D, à se replier sur la cellule familiale, sur sa communauté d’origine, religieuse ou territoriale, quand ils n'ont pas déjà intériorisé la logique du libéralisme dans leur choix de vie. Atteints par le chômage de masse, la précarité, les conditions nouvelles de l'exploitation de la force de travail et d'organisation de la société, ils sont peu nombreux à s’engager. La clairvoyance commande de bien appréhender la crise de l'engagement citoyen.

La difficulté est d’autant plus grande que ceux qui n’ont pas abdiqué se divisent depuis plusieurs décennies sur l’attitude à adopter face à la construction européenne. Sans stratégie claire, ils ne sont pas compris par le reste de la société et ne peuvent opposer qu’une résistance bancale, sans profondeur de champ, donc sans chance de succès.

Voilà les traits dominants de l'époque. Ils surplombent l'actualité.

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DES ÉLÉMENTS NOUVEAUX. Passé la description sans fard des difficultés de la période (préférable somme toute à la méthode Coué habituelle consistant à se la « raconter » en hypertrophiant les « résistances » pour ensuite décliner ses rêves...), un parti qui a pour ambition de changer le monde doit aussi comprendre les éléments nouveaux sur lesquels s’appuyer pour proposer un dispositif stratégique efficace pour les années à venir.

Bien entendu, il ne faut pas exclure un changement rapide de trajectoire provoqué par l’instabilité chronique à laquelle la financiarisation du capitalisme mondialisé nous condamne pour une longue période et d’autres événements exceptionnels : un krach, des défauts de banques ou d’États en série, un accident dans une centrale nucléaire, un attentat retentissant, une logique de guerre qui dérape, une révolte populaire soudaine. Ce système vit sur un brasier même s’il veut donner l’impression qu’il fonctionne de manière rationnelle et contrôlée.

Parmi ces éléments nouveaux, il y a l’irruption en France d’un mouvement plébéien à caractère pré-insurrectionnel, celui des Gilets jaunes. Il nous donne à voir un nouvel état d’esprit et offre des possibilités nouvelles. Il nous faut correctement l’évaluer.

D'ores et déjà, ce mouvement nous rappelle une nouvelle fois que c’est à l’échelon des nations et non dans un ailleurs européen que peut se cristalliser de manière la plus accomplie la lutte des classes. Précisément parce que la Nation reste le lieu, par excellence, de socialisation et de résistance d’un peuple historiquement donné. Ceci va à rebours des théorisations post-nationales, qui ont fait perdre tant de temps aux mouvements de contestation et faussé l’analyse des priorités politiques sur lesquelles ils doivent s’accorder.

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HIER... Depuis des années, tous les corps de métier hurlent à la mort, jusques et y compris les notaires, sans que cela détourne la concasseuse libérale de son œuvre. Pire, cinq mois avant les Gilets jaunes, dans une entreprise nationale historiquement symbolique et au taux exceptionnel de syndicalisation, les grévistes de la SNCF mordent la poussière. La tentative de « convergence des luttes » échoue, aucun des secteurs qui cherchaient à réaliser la jonction avec les travailleurs de la SNCF n’y parvient ; le front syndical dans l’entreprise se désunit et les manifestations de soutien n’atteignent pas l’ampleur qu’il faudrait. L’échec est là, il vient de loin, il faut l’analyser pour situer le contexte, dans lequel pourraient s’engager les batailles à venir.

Il y a, d’abord, une mauvaise lecture du rapport de forces social. Or c’est le point d’entrée de toute réflexion stratégique.

Syndicats, partis politiques et associations, « à gauche », croient pouvoir jouer à chaque fois le 3e tour de l’après-élection. Comme nous l’avons écrit précédemment, c’est mal comprendre les conséquences de quatre décennies de néolibéralisme de droite comme de gauche. Leurs politiques ont durablement structuré un nouveau paysage civilisationnel, fait de pauvreté, de travail « ubérisé », de chômage de masse, de précarité, de concurrence de tous contre tous, d’ambiance anxiogène. Elles nourrissent l’individualisme, le quant-à-soi, le système de la consommation irresponsable et du divertissement formaté et volatil. Le caractère minoritaire du gouvernement des riches ne signifie donc pas, en retour, qu’une vague sociale va automatiquement s’emparer du pays. Une préparation s’impose, qui pourrait être bien mieux mise en œuvre.

Ensuite, il y a les fautes politiques de la « gauche » (entre guillemets, car qu’est-ce que la gauche ?).

LA « GAUCHE ». L’impasse de la soi-disant « gauche de gouvernement » autour du Parti socialiste et d’Europe-Écologie-Les-Verts, accompagnés autrefois du Parti communiste français, a sidéré et découragé comme jamais. Il y avait les sociaux-libéraux (qui gouvernaient !) et ceux qui espéraient contrecarrer cette « dérive », au motif que c’était la gauche, que celle-ci devait rester unie, et qu’il ne fallait surtout pas jouer la politique du pire face à la droite et au Front national. Ces chiffons rouges ont interdit les réflexions de fond sur ce qui était en train de se produire dans notre pays et sur l’évolution du monde.

À cette crainte, voire ce dogmatisme, des partis institutionnels de la gauche, est venue s’ajouter la superficialité et la confusion de la gauche dite d’opposition (qu’elle se prétende « réformiste-radicale » ou « révolutionnaire »). Entre les excès des appels à la grève générale du NPA indépendamment de tout contexte et l’insoumission par le verbe de La France insoumise (au détriment de l’insertion sur le terrain, du fonctionnement démocratique et du débat qu’on est en droit d’attendre de la part d’un nouveau mouvement politique), le résultat ne s’est pas fait attendre. Passée électoralement de 51,6 % au 2e tour des Présidentielles de 2012 à moins de 30 % au 1er tour de 2017, la « gauche » s’est consumée. Les résultats sont aussi décevants pour elle aux élections européennes de mai dernier, même si la nature de ces élections n’est pas comparable.

Dès lors, plutôt que de tenter de recoller les morceaux au nom d’une « gauche » qui ne sait plus à quel saint se vouer, nous proposons de réorganiser les forces selon des thématiques politiques – en priorité, celui de la lutte contre le chômage de masse – qui pourraient faire levier dans la construction d’un nouveau rapport de forces.

UNE DROITE DÉCOMPOSÉE. D’autant qu’à l’instar de la gauche, la droite classique (Les Républicains, LR) est en déroute elle aussi. Percutée par les conséquences de la mondialisation et de la construction de l’UE sur l’État-nation tout autant que par sa marginalisation par LREM, son socle populaire issu du « gaullisme social » s’est évaporé et son avenir est suspendu au résultat des élections municipales de mars 2020. Ce qui pourrait expliquer l’attitude erratique d’une partie de ses députés au Sénat et au Parlement, leur hostilité à la loi PACTE (vente d’actifs, comme La Française des Jeux, etc.), au vote (UDI comprise) contre le CETA et le soutien décisif qu’ils ont accordé au RIP sur la privatisation d’ADP.

Quant aux partis du centre (Modem et UDI) ils se sont ralliés à LREM.

De nombreux facteurs accélèrent ainsi la perte des repères gauche-droite. La recherche d’un nouveau projet pour la France devient transversale. Á nous de l’arrimer à la démondialisation.

LA FRANCE INSOUMISE, LA FIN DES ILLUSIONS ? S’adresser à la population par-delà les étiquettes, c’était le parti pris, dans les mots, par La France insoumise – la fameuse « stratégie populiste ». Mais le paradoxe, à noter, est que LFI est dirigée en sous-main par une formation récente, qui n’a rien trouvé de mieux que de s’appeler le Parti... de gauche !

Par ailleurs, il ne suffit pas d’occuper en surface le terrain de la critique de l’Union européenne et de la gauche pour se révéler un meilleur défenseur des salariés.

Ne revenons pas sur le plan A et le plan B (un ersatz de plan alternatif) de Jean-Luc Mélenchon et ses amis (difficile de parler autrement de La France insoumise), qui sont devenus une réponse de Normand (« pt’être ben que oui, pt’être ben que non ») à un problème pourtant sérieux. Sérieux ? Rien moins que le transfert – qui se veut sans retour – de la souveraineté du peuple français à des structures supranationales. Qui plus est au semblant démocratique, c’est-à-dire des structures post-démocratiques ! Songeons que nos traités de commerce extérieur ne sont même plus de notre seul ressort : ils procèdent désormais de la décision de l’UE ! Sans parler de notre dépendance à l’euro, qui à la fois annihile toute capacité de politique monétaire indépendante, réduit nos marges de manœuvre en matière de politique budgétaire, handicape notre économie et se trouve à l’origine directe de plusieurs millions de chômeurs.

Observons aussi que La France insoumise s’est alliée à d’autres partis d’autres pays aux dernières élections européennes de mai 2019 sur la base d’un appel qui ne disait pas un mot du plan B. Certes, pour le peu de place médiatique que la FI lui consacrait déjà... Il n’empêche : comment ne pas y voir un révélateur de plus du manque de vérité que nos compatriotes reprochent au monde politique et à la société du spectacle ? Bien sûr, pourrait-on nous objecter, il faut agir avec pragmatisme dans un contexte où le dessillement sur la nature du projet européen est différent d'un pays à l'autre. À voir... Aller trouver comme tête de liste aux Européennes une ex-porte-parole de l’ONG Oxfam-France aux fonds privés largement anglo-saxons et institutionnels (dont l’UE !), favorable au credo discrédité de « l’Europe sociale », révélait comme un bouton sur la figure le caractère opportuniste, électoraliste et duplice de LFI. La descente aux enfers de cette formation à la suite de son résultat électoral désastreux aux Européennes est la suite légitime de cette accumulation de faux-semblants5.

Il ne nous revient pas ici de recenser toutes les occasions ratées du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, en proportion des moyens dont il dispose, pour qu’en France émerge un grand parti populaire, vraiment radical, qui vaudrait pour son exemplarité et saurait éclairer les enjeux ...

Soulignons seulement qu’une nouvelle fois les forces dominantes de la « gauche » ont conduit le mouvement social, les grévistes de la SNCF, tout ceux qui luttent... dans l’impasse.

AUJOURD'HUI. GILETS JAUNES, LA TROUÉE ? C’est dans ce contexte de rage et de désespoir, de lassitude et de défaites accumulées, de discrédit de la parole politique donnée, de crise d’un projet pour le pays et de la représentation – songeons que les élus du PCF et de LFI l’ont été avec souvent 60 à 70 % d’abstention –, qu’a jailli le trop-plein de ceux qui tirent la langue et ont atteint les limites du système D : les Gilets jaunes. Soutenus longtemps par une large majorité de la population, et toujours soutenus, ils incarnent la légitime colère du peuple.

Il faut magnifier l’aspect inattendu mais espéré de ce mouvement. Son caractère plébéien : artisans, chômeurs, retraités, salariés de peu, auto-entrepreneurs, petits commerçants... Son enracinement local et provincial. Ses actions protéiformes, qui se démultiplient comme un virus informatique venant frapper de plein fouet « la société officielle » – à l’image de sans-culottes agissant à l’ère des réseaux sociaux. Son spontanéisme transgressif jeté à la figure des forces politiques et syndicales installées. Et comprendre en quoi ce mouvement constitue un cas d’école pour réfléchir sur les conditions de la révolte et sa transformation en révolution citoyenne, dans le contexte d’une société complexe où l’ennemi de classe est parvenu à atomiser le salariat et à affaiblir les forces qui le représentaient.

Le gilet jaune va rester longtemps dans l’imagerie populaire.

Après sa période d’observation et parce que l’acte III du 1er décembre 2018 à l’Arc-de-Triomphe lui a donné des sueurs froides, le pouvoir macronien a mis en place un dispositif classique de contention, dit de « la carotte et du bâton », avec des mesures et le « Grand Débat » d’un côté et la répression de l’autre (mort, blessés graves, amputés, énucléés, arrestations, condamnations, actions judiciarisées, ronds-points évacués, cabanes détruites, amendes, stigmatisation...). Grâce aux mass-médias, il a poursuivi alors sa route et utilisé la « casse », dont on peut s’interroger sur les responsables, pour surjouer la république contre les « émeutiers » afin d’effrayer la société pour qu’elle se rétracte et se réfugie autour de lui. Consécutivement, la porte pour les Gilets jaunes s’est refermée au fil des mois, ceci dès janvier, alors que beaucoup escomptaient, à l’inverse, une reprise générale des hostilités à la sortie des fêtes de fin d’année.

En même temps, le pouvoir s’est démasqué et a révélé le simulacre de démocratie dans lequel nous vivons, l’état de déchéance des institutions et des contre-pouvoirs. Ce qui ouvre une fenêtre pour l’avenir...

Toutefois, ne nous y trompons pas. Si les Gilets jaunes ont bénéficié d’un bon alignement des planètes – partis d’opposition semblant se coaliser, lassitude populaire évoluant en révolte pour le pouvoir d’achat, morgue, légèreté, incompétence et corruption du pouvoir, jeunes gens des quartiers venus en découdre, provinciaux et retraités déterminés à « monter » sur Paris, chefs de grandes entreprises conseillant de lâcher du lest, armée, gendarmerie et police mécontentes, syndicats sur la sellette, soutien de « l’opinion », médias avides de spectacle ... – et donné le sentiment en décembre que le pouvoir était à prendre, le reflux du mouvement par la suite ne tient pas à la seule perfidie du pouvoir ou au retour dans leurs pénates des maires et des Républicains. Il a manqué, au minimum, une orientation stratégique capable, déjà, de proposer à la nation une formule politique alternative au pouvoir. Une formule de gouvernement transitoire (un Comité de salut public !) et des solutions institutionnelles rapides, pour que ce qui était donné d’une main ne soit pas repris de l’autre. Il a aussi manqué de temps, de maturité politique, de gens d’expérience capables de conseiller sans se substituer. Mais c’est précisément son caractère irrécupérablement frondeur, réfractaire aux partis et aux formules politiques, qui l’identifie à un OVNI anti-système et fait encore et toujours sa popularité. L’aider à se métamorphoser en mouvement politico-social était une vraie gageure.

Quoi qu’on puisse penser des expériences révolutionnaires du XXe siècle, l’absence de « directions » révolutionnaires, de gens rompus au conflit social s’est cruellement fait sentir.

ET MAINTENANT ? NOS TÂCHES. De 1789 à 1792 il a fallu trois années pour aboutir à la proclamation de la Ire République française. Le mouvement de Gilets jaunes a un an et il demeure intransigeant face au pouvoir et la population lui reste attachée. De nombreux collectifs de Gilets jaunes maintiennent une activité, certains se développent en groupes politiques ; des convergences de qualité, politiquement symboliques, existent (côté écologie politique : « Fin du mois, fin du monde » ; des quartiers populaires ; actions en faveur du RIP/ADP ; participation à la mobilisation contre la réforme des retraites...). La coordination tente de s’ordonner. Une ambiance générale subsiste. C’est la fin de la première partie, l’ouverture de discussions internes. Le bilan a déjà commencé ! Le noyau qui subsiste va devoir s’inscrire dans la durée, se recentrer sur l’essentiel, trouver les activités adaptées pour convaincre au moins une fraction de la population d’entrer dans l’action et gagner le soutien d’une majorité de la population.

Et puis, il va devoir s’inscrire dans la formulation d’éléments de contre-pouvoir (maisons du peuple, comités ad hoc, sites Internet, réseaux sociaux...) et d’une proposition de gouvernement populaire, qui prenne à bras-le-corps la tâche de reconstruction nationale.

C’est donc fondamentalement un processus constituant qu’il faut populariser.

L’effondrement du Parti socialiste et de ses appendices, la recomposition autour de LFI et sa désorientation nouvelle, le renoncement du RN à la rupture avec l’Union européenne et l’euro, l’échec électoral tant de l’UPR que des Patriotes, une droite qui se divise ... Ce constat implique de rechercher des solutions.

D’autant qu’il y a urgence !

L’implosion des partis de gauche et de droite fait la part belle à l’installation du jeu LREM-RN, nouvelle forme du « bipartisme » électoral, notamment pour la prochaine Présidentielle. N’oublions pas que les appels à voter, en 2017, contre Marine Le Pen, ont été quasi généraux. Aux Européennes, l’appel à voter contre Emmanuel Macron (pour lui mettre une raclée) a permis au RN d’occuper la première place sans que, toutefois, LREM n’ait vraiment subi une déculottée. Si rien de nouveau n’émerge avant 2022, le même jeu produira les mêmes effets, conduisant alors Macron à être réélu alors même que la majorité des Français le vomit.

Il demeure, en effet, toujours improbable qu’une fraction significative de la grande bourgeoisie française et des couches moyennes hautes puisse opter pour le Rassemblement national, même si celui-ci a levé l’hypothèque – rédhibitoire pour elles ! – de la rupture avec l’UE et l’euro. Le RN ne dispose pas de relais institutionnel sérieux et une formation aussi opportuniste reste une source d’instabilité qui n’est pas propice aux affaires. S’il veut vraiment conquérir le pouvoir, le RN n’a que deux choix : soit incarner le recouvrement de la souveraineté nationale, comme il a essayé de le faire avec son ex-n° 2, Florian Philippot ; soit suivre l’orientation de Marion Maréchal-Le Pen, d’alliance avec l’aile droite des Républicains autour d’un nouveau projet historique, libéral- conservateur, dont on voit pourtant mal la pertinence au stade actuel.

Socialement, les attaques répétées contre les salariés, les chômeurs, la jeunesse, la population qui est appelée à se serrer la ceinture pour complaire à la réduction de la dette injuste, au libéralisme idéologique et aux patrons... et puis la remise en cause du statut des fonctionnaires, la réduction des effectifs des fonctions publiques, la destruction des services publics, de la Sécurité sociale et de l’hôpital public, et le double langage du pouvoir en matière d’urgence climatique… : on ne voit pas comment la densification de ces contradictions n’engendrerait pas un haut-le-cœur salvateur.

Question : entre le fléau de l’indifférence et de la passivité et l’accumulation des forces de la révolte, qui va l’emporter ?

Dans ce regroupement des forces, le rôle des Gilets jaunes n’est pas du tout terminé. Le Pardem doit éclairer le fait que c’est à eux d’imposer ce sur quoi ils ont réenclenché l’espoir d’une autre vie : de gauche, de droite ou sans-étiquette, on ne vous demande pas d’où vous venez mais où vous voulez aller !

Ainsi, les conditions non-partisanes d’un élan constituant, dans toutes sortes d’activités ou regroupements ad hoc, seront créées. Nul besoin de se dire de gauche ou de droite, d’être militant ou pas de telle ou telle formation politique, syndicale, associative pour trouver sa place dans ce processus en cercle concentrique d’auto-détermination. Tout le monde y a sa légitimité.

Il faut simplement trouver les bons véhicules.

Le Pardem doit envisager de se rapprocher des courants Gilets jaunes proches de nos idées (souveraineté nationale assumée, processus constituant sans distinction partisane, respect de l'autonomie du mouvement...) afin d'organiser des cycles de réunions sur ce qu'est un processus constituant, et mettre en synergie nos efforts pour que soit menée jusqu'au bout l'épreuve de force contre la privatisation d'ADP autour du référendum.

FAIRE SAUTER LE VERROU DE l’UNION EUROPÉENNE. En plus de faire sauter le verrou national du gouvernement des riches Macron-Philippe, comme nous venons de le voir, un deuxième objectif stratégique nous semble assigné : il s’agit de rompre le nœud coulant européen.

Mais il faut en ce domaine lever un malentendu.

Depuis des décennies, les européistes, de gauche et de droite, « écologistes » inclus, expliquent vouloir changer « l’Europe » en accordant plus de pouvoir au Parlement européen et en suggérant des pistes pour rendre l’UE plus démocratique (référendums, nouveau statut de la
BCE, dette à mutualiser, péréquation financière, problème de « la concurrence libre et non faussée »...). Or toutes ces formules ont une logique d’intégration fédérale, comme si la coopération entre pays devait prendre la forme de ce modèle. Pourtant, états fédéraux, les États-Unis, l’Inde, le Brésil (semi-fédéral), à proportion comparable avec l’UE, ne sont pas des systèmes démocratiques exemplaires. Et une Constituante européenne n’apporterait pas non plus grand-chose à l’affaire. Ce qui est en jeu, c’est ni plus ni moins la représentation que nous nous faisons de la société dans laquelle nous voulons vivre et la forme qu’elle doit prendre. Autrement dit : la question européenne nous renvoie au socialismedu XXIe siècle que nous voulons proposer aux peuples...

A l’heure où le capitalisme mondialisé pousse à la constitution de regroupements de grande échelle, revendiquer que les États-nations maîtrisent souverainement leur développement, c’est rappeler combien les peuples furent le plus souvent les sacrifiés d’impératifs catégoriques décidés d’en-haut, de la croissance sans fin à la propagande soviétique de l’Homme nouveau... auquel succédera certainement le « capitalisme vert » au prétexte de sauver la planète. Notre responsabilité est de tirer certaines leçons de la dégénérescence des révolutions, en permettant que le processus d'autodétermination soit réellement maîtrisé par les peuples. La légitimité démocratique doit être au cœur de la décision politique : pas une once de transfert de pouvoir sans recouvrement de la souveraineté des peuples !

Il s’agit d’étendre nos relations internationales au-delà des pays de l’Union européenne, par exemple ceux avec qui nous avons une histoire et une langue communes comme ceux de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, ou encore la Russie et certains pays d’Amérique du Sud. Ces relations devraient être fondées sur une base d’échanges équitables (selon les principes de la Charte de la Havane).

Par ailleurs, la dégradation de l’environnement contraint à réduire drastiquement les flux de marchandises, la société de consommation en général, et à repenser en conséquence les échelles de nos sociétés.

En fait, de la même manière que nous revendiquons une politique qui favorise la biodiversité, il nous paraît cohérent d’assumer le libre-développement des peuples dans la diversité de leur « modèle » propre. Vouloir les unifier dans un Grand Tout, comme l’est l’esprit du projet européen, à la façon des États-Unis d’Amérique, dans un mode fédéral qui gagnerait en « efficacité » là où il perd en expression démocratique des peuples, participe de la vision techniciste que le capitalisme met en place et que nous réfutons. Quand bien même il s’accompagnerait du principe de subsidiarité (selon lequel une autorité centrale ne peut effectuer que les tâches qui ne peuvent pas être réalisées à l’échelon inférieur), que nous jugeons spécieux.

Comme on le voit, la perspective d’une « Europe sociale » à 27 pays n’est donc pas seulement irréaliste (sauf peut-être en se situant sur une échéance historique infinie), elle procède aussi d’une fausse bonne idée. Née au XIXe siècle, « l’idée » européenne est anachronique, notre opposition avec elle est d’ordre anthropologique.

En revanche, cette idée s’est révélée un excellent moyen de flatter les peuples dans leurs idéaux pour leur faire avaler toutes les couleuvres, notamment par l’entremise des couches moyennes. Les formations « écologistes » ont joué à plein ce rôle de marchepied du libéralisme mondialisé. Vouloir faire disparaître les États-nations sur cette partie du continent européen pour leur substituer des euro-régions sans se garantir une égalité républicaine et un rapport de forces favorable au salariat, à la manière d’apprentis-sorciers se livrant sur le corps social à des expériences de laboratoire, voilà bien qui les place socialement et politiquement ! Le ralliement d’un Cohn-Bendit et de la plupart des dirigeants d’EELV au social-libéralisme et au néolibéralisme macroniste doit être gardé en mémoire. La crise écologique va probablement pousser l’idéologie dominante, entretenue par les formations écologistes intégrées, à justifier son credo post-national, au nom des « biens communs », comme s’il était impossible de rendre leur gestion responsable par les nations ou par une structure appropriée telle qu’elle existe avec l’Agence internationale de l’énergie nucléaire (AIEA), dans le cadre de l’ONU.

Voilà pourquoi l’idée de renégociation avec l’Union européenne (avec un plan A, même accompagné du stratagème d’un plan B), en plus d’encourager les illusions sur ce qu’il y aurait à gagner en matière économique et sociale, pèche pour ce qu’il sous-entend : l’acceptation de l’intégration de la France à ce Grand Tout.

En vérité, le seul débat qui nous paraît valoir aujourd’hui n’est pas celui de savoir quelle politique l’Union européenne doit mener – 27 États-nations à qui on a forcé la main, puisque leurs peuples n’ont pas été réellement consultés ! Le seul débat valable devrait se formuler de la manière suivante : Á quel moment allons-nous décider par nous-mêmes et pour nous-mêmes, choix impossible au sein de l’UE ?!

Quant à ceux qui croient malin de procéder par petits pas, par souci pédagogique (LFI ...), ils ne font qu’accréditer l’idée que le niveau moyen de compréhension des couches moyennes urbanisées correspond à celui des couches populaires. Or celles-ci ont depuis bien longtemps cessé de caresser le rêve européen, si elles l’ont jamais fait ! Elles ne s’identifient pas à l’idée européenne, elles en subissent simplement le rouleau compresseur.

Nous ne multiplierons pas non plus les embûches en prévoyant un référendum sur la sortie de l’UE, puisque qu’un gouvernement populaire serait déjà mandaté pour en sortir, ou par formalisme institutionnel (l’UPR, avec son article 50 du traité de Lisbonne qui prévoit deux années de négociation pour la sortie) alors qu’un gouvernement populaire qui émergerait aurait bien assez de combats à mener, d’obstacles à franchir !

Enfin, nous combattrons ceux qui, toujours mieux disposés à l’égard de la construction hypothétique d’un peuple européen qu’à l’amélioration de leur propre nation, pousseront à donner plus de pouvoirs aux institutions européennes – que ce soit à travers le Parlement européen, un budget accru, etc. – et participent à reconfigurer le territoire français suivant les normes soufflées par Bruxelles. Ceux qui ont à cœur la question sociale ne doivent pas être les idiots utiles de la mondialisation néolibérale version européenne.

Il s’agit d’imposer la démondialisation, d’empêcher que se déploie à l’échelle du monde le libre-échange inégalitaire, en décidant de faire du « national » l’épicentre de la vraie bataille entre les classes sociales. C'est la première étape pour parvenir à des nations coopératives et solidaires.

Dans ce contexte de grandes difficultés, affronter la brutalité du capitalisme, circonvenir sa plasticité et lui opposer une autre civilisation suppose du cœur à l’ouvrage et un esprit d’initiative.

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1.- En 2014, le mode de production et de consommation conduit un Étatsunien à avoir besoin environ du double d'un Européen pour maintenir son niveau de vie (8,3 hectares globaux contre 5,1) quand la moyenne mondiale de l'empreinte écologique est de 2,84 hectares par personne (soit 1 terre et demie !). Si tout le monde consommait comme un Américain, il faudrait disposer de 5 planètes (in Global Footprint Network, Ecological footprint Atlas 2018). Evidemment ces données sont globales et ne relèvent pas l’inégalité existant entre les classes sociales.

2.- Le taux marginal pour les hauts revenus est à 37 %, en France à 45 %. Les successions ne sont soumises à la fiscalité qu’à partir d’au moins 11 millions de $, somme que la majorité des Étatsuniens n’atteindra jamais. Mais cette même majorité se déclare contre cet impôt ! Espérer atteindre ce seuil de capital, chacun l’espère là-bas, c’est ce qu’ils appellent le « rêve américain »... D'où le fait qu’en 2014, 268 parlementaires du Congrès sur 534 étaient millionnaires en dollars et 200 sur 541 en 2018...

3- Entres autres, l’administration US dispose de lois « extraterritoriales » lui permettant de s’immiscer formellement, sur le plan économique et politique, partout dans le monde.

Le « Foreign Corrupt Practices Act » (FCPA), par exemple, l’autorise à poursuivre et faire condamner toute entreprise étrangère soupçonnée d’actes de corruption et ayant une relation avec les États-Unis (l’utilisation du dollar ou un composant d’origine américaine, comme un smartphone par exemple). Sauf qu’en infligeant des amendes au montant stratosphérique à ces entreprises, elle donne aussi l’occasion à des actionnaires américains d’entrer dans leur capital, voire de les racheter à vil prix ! C’est le sort qui fut réservé à la branche électrique de Alstom en 2014, abandonnée par l’État français au profit de General Electric. Á la manœuvre ? La présidente de General Electric-France Clara Gaymard, ancienne présidente de l’Agence française pour les investissements internationaux (chargée d'intéresser les entreprises étrangères !), membre de la Commission Trilatérale et autres officines américaines proactives, et femme d’un ex-ministre de l’Économie du gouvernement Raffarin.

En acceptant de se délester d’une technologie purement française – « Arabelle », un turbo-alternateur utilisé par 50 % des centrales nucléaires du monde, dont la fonction est de transformer la chaleur des réacteurs en électricité –, l’État français a perdu la maîtrise de sa filière nucléaire (75 % de sa consommation électrique) mais aussi une partie de son dispositif militaire. Nos navires tout comme notre suivi des satellites étrangers ou la commercialisation du nucléaire français dépendent désormais en pièces de rechange du bon vouloir américain.

Avant Alstom, Arena, Technip, Total, Peugeot, Alcatel, BNP-Paribas... ont reçu des amendes du même type et vu le boulet du rachat passer pas loin. Actuellement, Airbus, Sanofi, Arena encore, la Société générale... sont dans le collimateur. De nombreuses entreprises de toute
nationalité sont l’objet de ce racket en bande organisée selon le mode opératoire éprouvé du « Good Cop, Bad Cop » (bon flic, mauvais flic) de notre « ami » américain sans que la plupart des gouvernements réagissent.

Une autre loi, l’« International Emergency Economic Powers Act », lui permet aussi de restreindre les relations commerciales avec certains pays (comme Cuba, l’Iran, le Soudan à une époque, etc.) et d’autoriser l’OFAC (le bras armé du Trésor américain) à infliger des sanctions tout aussi surréalistes aux entreprises qui poursuivraient leurs activités avec ces pays. En 2014, la BNP-Paribas a dû ainsi payer près de 9 milliards $ d’amendes à l’OFAC. Ce qui explique pourquoi Total, EDF, etc. ont rompu leurs contrats toutes affaires cessantes avec l’Iran dès lors que les États-Unis ont décidé de rompre l’accord sur le nucléaire et de décider une série de sanctions.

Pour autant, les États-Unis n’ont pas infligé à la banque HSBC plus de 2 milliards $ d’amendes ni condamné aucun de ses dirigeants pour blanchiment d’argent sale appartenant aux cartels de la drogue. Pourtant, n’est-ce pas le directeur du bureau de l’Office des Nations-unies contre la drogue et le crime, M. Antonio Maria Costa, qui déclarait récemment : « La pénurie d’argent après 2008 a été une occasion formidable pour la mafia, riche en liquidités, de pénétrer le secteur bancaire, de déposer des espèces, en acquérant des actions, en siégeant même aux Conseils d’administration. Pas une seule banque internationale n’a été épargnée… » ? (« Trafics, sur les traces de l’argent noir », de J. Johan et F. Ploquin, LCP). Voilà qui nous dit qui reste, encore, le maître du monde... 

4.- Que des banques comme BNP-Paribas aient aussitôt obtempéré à l’injonction étatsunienne de ne plus commercer avec l’Iran reflète bien sûr le poids de l’administration américaine dans les affaires commerciales du monde mais aussi leur dépendance (surtout depuis décembre 2008) avec le marché des capitaux américains, dont on connaît pourtant les dangers systémiques. En outre, le capitalisme s'est financiarisé et les États-Unis protègent les paradis fiscaux dans lesquels 21 000 milliards de dollars (2018) circulent librement à la vitesse de la lumière dans la spéculation et non dans l'économie réelle.

5.- Quant à son désir d’élargissement au-delà de la gauche, observons encore que durant ce quadrimestre de lutte des cheminots du printemps 2018, la FI n’a pas suggéré d’autres pistes que ce qui a été réalisé traditionnellement par la gauche : des manifs, des slogans généraux, des prises de parole de ses députés sur les lieux de grève, une présence médiatique sans idée saillante. En somme : le parfait train-train de ce qui ne fonctionne plus. Juste peut-on retenir la tentative, louable, de François Ruffin d’avoir imaginé la manifestation du 5 mai « La fête à Macron ». Avec, encore une fois, malheureusement, une lecture imaginaire des événements, qui rêvait que pourrait surgir autour de LFI et de la « gauche », par une opération du Saint-Esprit, une génération spontanée de révoltés qui casserait la baraque.

Plus fondamentalement, LFI a ambitionné l’hégémonie sur le reste des formations de la gauche, (et les pratiques manipulatoires qui vont avec) sans comprendre le concours de circonstances qui l’avait placée en « vote utile » et excellente place à la Présidentielle de 2017. Et qui lui conférait une responsabilité particulière plutôt que de singer le système « du pareil au même ».

6.- Encore que ces « collectifs » se réduisent à vue d’œil, sous le coup des astuces patronales, renforcées par des lois bien à propos, facilitées par la robotique et le numérique (télétravail), de l’ubérisation. Le salariat qui se dessine est sans contrat, sans cotisations sociales, sans entité physique (siège social...), sans horaire ni jour férié encadrés, donc grandement privé de rassemblement collectif dans le cadre du travail. Ce qui explique la marge de manœuvre de plus en plus restreinte des syndicats (membres de la CES et donc financés par l’UE) par-delà la tendance technocratique et bureaucratique de leurs directions.

7.- Le localisme ouvert (ou « néo-localisme ») – cosmopolite et diversifié – consiste à réorienter l'organisation de vie communautaire humaine par une gestion économique, sociale et politique de proximité. Selon ses promoteurs, c'est toute la vie qui devrait être re-territorialisée (Serge Latouche, « Vivre localement ») et notamment les relations interpersonnelles. Il offre une alternative à la globalisation à laquelle il attribue les conséquences suivantes : développement d'un consumérisme mondial dont l'environnement subit les conséquences, notamment en termes de consommation d'énergie fossile et de pollution liée au transport de marchandises ; tendance à la transformation des règles sociales au profit de la compétitivité ; dilution du vivre ensemble à travers des relations a-personnelles qui se développent au travers de médias planétaires et les formes de collectivités abstraites, etc. https://fr.wikipedia.org/wiki/Localisme.

8.- « Socialisme », « Communisme »... pour un grand nombre de gens, ces termes ont une charge négative au regard du bilan humainement lourd des pays qui s’en réclament ou s’en sont réclamés. Le socialisme du XXIe siècle auquel le Pardem fait référence tire, lui, les leçons de ce bilan.

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