"A l'enfant qui demande où vont les morts, à l'amoureuse qui s'inquiète d'une éternité d'amour qu'elle devine corruptible, à celui qu'un mal dépouille de tout, même de son mal, quel texte a jamais répondu ? - C.Bobin

 

________________

 

             Qu'à cela ne tienne. L’Histoire, elle, poursuit sa route, pépère, une Histoire paravent et cache misère d’une défection sans précédent car moins on est dans l’action, moins on tient les commandes – moins on fait de politique -, plus on fait de l’histoire, là où, penchés sur leurs ouvrages, tout le monde baisse la tête, aveugles pour l’occasion. 

       

***

          

           A moins de voir en tous ceux qui ont pensé, orchestré le nouvel ordre mondial qui étend progressivement mais sûrement sa toile depuis les années 80, pays après pays, région après région, des Etats-Unis et de l’Angleterre, là d’où il est parti, à l’ Europe, à l’Amérique du Sud, au Moyen-Orient et à une partie de l’Asie, des marxistes dévoyés ou repentis (ils auraient mal lu Marx ou l’auraient rejeté après l’avoir adoré) et alors que la rage du retour maximal sur investissement n’a ni odeur ni couleur de peau ni nationalité…

Qu’en est-il du fascisme aujourd’hui, là, maintenant ?

Il faut prendre le fascisme tel qu’il a été vécu dans les esprits et dans les chairs pour n’en garder que le squelette après l’avoir dépecé de ses expériences successives dont on laissera l’analyse du pourquoi et du comment aux historiens qui ne nous seront d'aucune aide pour l'heure ; squelette de fondamentaux, les articulations principales, à partir duquel il nous faut lui trouver une nouvelle chair et par voie de conséquence, un nouveau visage ; et au risque d’en étonner plus d’un et d’en décevoir d’autres, sa silhouette sera plus proche de l’image d’un mannequin de chez Armani ou de chez Hugo Boss au volant d’une Ferrari ou d’une Porsche (tiens ! l’Italie et l’Allemagne, encore !), à l’ombre des palmiers d’un paradis fiscal (ça, c’est peut-être plus récent !) que d’un individu chaussant des bottes noires et hautes, en bras de chemise, noire elle aussi, casquette, brassard, le bras érectile, tendu vers un Dutché libérateur à la fois fin et moyens, reconnaissable entre tous : en effet, il n’a qu’un seul visage.

Si cela peut en rassurer plus d’un… dans notre démonstration à venir, on conservera soigneusement l’image de ce Dutché même si on prendra la liberté,  nécessité faisant loi, de lui attribuer de multiples visages ; le visage de tous ses hommes de paille, et parfois, si par malheur on les rencontre, de tous ses hommes de mains.

 

                    Oh ! Un détail… trois fois rien : il faut savoir qu'un nombre non négligeable des hommes de paille de notre Dutché ne savent pas qu’ils le sont. Orgueilleux ou carrément hallucinés, ils ont la faiblesse de penser qu’ils sont la flamme alors qu’il ne soit que suif, et la mèche… pas davantage.

 

           Du chômeur en fin de droits qui viendra s’immoler à l’entrée du Pôle emploi de sa commune, en passant le palais de l’Elysée habité par des nains de la politique et des manchots de l’existence, à ne pas confondre avec ces hommes d'action qui ont pour employeurs des multinationales  - on les trouve sur tous les continents, et en particulier...  là où sévissent des assassinats soigneusement ciblés, là où des régimes vacillent ou sont destabilisés volontairement parce qu’un tel n’a pas voulu se soumettre -, sommet après sommet de type « Davos » pour amuser la galerie et les médias… le tout au nom d’une guerre jamais déclarée et qui bon an mal an continue son petit bonhomme de chemin : aujourd’hui le Moyen-Orient jusqu’à son dernier baril de pétrole (ensuite, ils pourront tous s’étriper à volonté !) ; demain… très certainement la Chine… (il y aura toujours des mères et de jeunes épouses pour y envoyer leurs fils et leurs maris), jusqu’au prochain rendez-vous dans quatre ans pour une finale, sans doute une des plus minables qu'il nous sera donné de vivre : Hollande-Ayrault... mais tellement à la hauteur de l’enjeu, le seul qui vaille : « Circulez ! Y a rien à voir ». Et ça tombe plutôt bien,  l’un obéit déjà au doigt et à l’œil à cette injonction, l’autre en fera de même vous pouvez en être assurés. - dans le cas contraire, au moindre doute et faux pas, il sera exclu de la compétition -, sans oublier ce FN pour les beaufs, les nouveaux ploucs et autres gogos de l’épouvantail fasciste... diversion savante d’un autre fascisme…

Celui d’un monde contrôlé par les multinationales et la pègre ; dans ce monde-là, les gouvernements de nos Etats sont au pouvoir ce que la liberté est à la contrainte et la torture à la confession. Dans cet univers, un être humain n’est qu’une merde sans nom car, si vous tentez de dénoncer ce duo infernal, vous mourez ! On n’hésite pas un seul instant : on vous tue ! A côté de ces gens-là, nos tueurs en série qui occupent la une de nos journaux adeptes de la diversion, ne sont que de pathétiques gesticulateurs ! Car aujourd'hui, il n’est plus question de rentabilité... mais de la recherche effrénée du profit maximal ; et cette recherche-là, c’est la recherche du seuil de rupture des modes de production et de fonctionnement musculaires et psychiques de l’espèce humaine salariée, véritable effondrement de notre civilisation humaniste. Le fameux point-mort, c’est bien ça ! Et seuls les donneurs d'ordres sont aux commandes. Plus intolérants, plus misanthropes qu‘eux, vous ne trouverez pas. Ils sont prêts à tout pour survivre, bien que ce système les condamne tous à se sacrifier quand le moment sera venu pour eux de se retirer parce qu'un plus performant qu'eux les aura balayés. Leurs successeurs pourront toujours se réjouir, et ceux à qui ils distribuent des miettes, avec eux, insoucieux qu'ils sont, les pauvres bougres, du sort qui les attend.

Bientôt, il n'aura plus de nom ce système. On ne sait déjà plus comment le nommer. Il n'a déjà plus de visage ! Lorsque le sacrifice de tous contre tous sera partagé par tous, en kamikazes d'une défaite universelle, ce système sera sans morale et sans honneur, car sous le couvert de l'anonymat, tout lui sera permis : absolument tout ! Alors, aujourd'hui, qu'est-ce qui nous reste à célébrer ? Sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d'autre dans ce monde-là. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse ! Aussi, il ne nous reste plus qu'à nous consommer avant de nous dévorer, jour après jour, anthropophages et cannibales. Car déjà, quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts au regard d’un marché mondialisé triomphant qui aura tout emporté : Etats, démocratie, nations, peuples, liberté, indépendance ; des milliards d'êtres humains livrés à la logique d'un monde économique, un monde sans morale et sans esprit autre que mercantile et qui, à terme, n'habiteront plus aucun monde.

        

           Et ce fascisme-là, aujourd'hui sur tous les continents, semble totalement ignoré pour ce qu’il est, sous prétexte que fascisme-là n'a pas encore creusé au grand jour ses fausses communes, bâti ses camps, et désigné à notre commisération et à notre compassion éternellement et universellement étendues, son Peuple martyr et exemplaire entre tous les autres peuples - désignation qui annulera sans le racheter pour autant, même à crédit, le martyr de tous les autres -,

Comme si seules l'architecture et la technique déterminaient la présence ou l'absence d'une pensée et d'une organisation de l'existence arbitraire, liberticide et criminelle.

 

          Qu’il soit ici rappelé qu’il n’y a pas de présent famélique ; il n’y a que des consciences qui s’en sont retirées après s’en être absentées trop longtemps. Sans oublier ceux qui ont l’ouïe lointaine : imaginez-vous ça ! Ils n’entendent que de très loin ; aussi, et comme un fait exprès, plus le bruit est proche, plus faible est la perception ; et c’est bien commode car, de loin, on n’entend jamais que la musique que l’on veut bien ; de près, difficile de prendre une java pour un flamenco et de compter sur le plus grand nombre pour partager avec vous cette méprise.

                Là, maintenant, on pensera à cette anecdote : je me souviens que le triomphe de la novlangue d’Orwell fut un événement qui passa totalement inaperçu ; et en premier lieu auprès de ceux qui n’avaient pas cessé d’en dénoncer son utilisation insidieuse ; en effet, ces derniers avaient commencé à leur insu, d’en faire usage il y a bien longtemps déjà. 

 

              Alors… un fascisme en association avec un marxisme dévoyé et une conception ethnoculturelle de la nation vous intéresse encore ?  Combien de pages allez-vous noircir pour les beaux yeux fantasmés de son cadavre sans tête ?

Si ceux qui ignorent l’Histoire sont condamnés à la revivre – même si cette dernière a bien plus d’un tour dans son sac -, de même sommes-nous autorisés à affirmer que ceux qui ne réfléchissent qu’au passé courent le risque d'oublier le présent. En effet, on n’a jamais autant trucidé d’êtres humains depuis que l’Histoire occupe les salles de conférences, les amphis, les bibliothèques, les médias et nos consciences maintenant saturées d’un passé qui a pour seul enseignement : son propre passé, laissant le présent et l’avenir sur le bas-côté. Là encore, rien d’étonnant à cela : les entreprises de domination et destruction ne se décident pas en Sorbonne.

Aussi, il est grand temps de préférer le devin-prophète au littérateur-historien ; une lecture du présent dans lequel on pourra y lire tous les dangers de l'avenir aux commentateurs-témoins-ressasseurs d'un passé miroir de sa propre image, impasse et cul-de-sac, tout à la fois.

          

             Oui, le fascisme, c'est ici et maintenant ! Un fascisme loi d’airain du fric et du pilonnage permanent des humbles et des relégués au nom d’une justice sociale emballée dans les cartons d’une science économique sans visage, sans morale et sans honneur, et qui ordonne la fin des toutes les controverses et de tous les débats, avant d’exiger la résignation et la soumission à une idéologie qui nous conduira inévitablement à l’asphyxie ; une idéologie de mort.

Aujourd'hui, seule l‘économie a voix au chapitre ; cette économie et ses alliés que sont la science et la technique, monopolisent tous les savoirs pour mieux étouffer tous les principes. Souvenez-vous ! Des entreprises ont confisqué notre environnement. Résultat : notre environnement est à l’agonie. Ces mêmes entreprises s’intéressent à notre identité génétique, on peut légitimement être inquiets. N'en doutons pas un seul instant : ils feront de notre identité génétique ce qu’ils ont fait de notre environnement. La santé, la sécurité, le droit à la vie… tout y passera ! Et nous devrons tous nous soumettre à cette relation marchande souverainement barbare, inculte et cynique. Les chantres de cette relation n’ont qu’un seul maître : Al Capone ! C’est lui, le maître à penser cette relation… et à pourrir tout ce qui ne l’a pas encore été. Oui, c’est bien lui, Al Capone, racaille marchande et illettrée, qui contrôlera ce nouveau siècle.

 

Et pour nous donner des nouvelles de ce monde-là, devinez quoi ? Des médias passifs, des médias-relais, simples pourvoyeurs de sons et d'images qui n'expliquent rien : une couverture médiatico-journalistique sans nom et sans visage ; une information tête en l'air qui n'est qu'un perpétuel mensonge par omission ; ou bien, une information démagogique et cynique de boutiquiers (1) - "Pourquoi donner aux téléspectateurs ce qu'ils ne nous demandent pas !" -, à l’heure où… comme un fait exprès… la régression sociale et démocratique ne s'est jamais aussi bien portée ! Régression des conditions de travail et des protections ; mise en concurrence de tous les salariés de tous les pays, chômage, augmentation de la pauvreté et de la misère, augmentation des cartels et des multinationales-empires, de la corruption, de la collusion, des mafias, des guerres et de la part du commerce illicite dans l’économie mondiale.

 

***

 

          Aujourd’hui encore, parmi les hommes de bonne volonté et de bonne foi, nombreux sont ceux qui ne parviennent toujours pas à se représenter ce fascisme-là. Leur fascisme à eux, c'est celui qui a déjà eu lieu. Rappelons-le une dernière fois : il a pour racines un marxisme dévoyé et une conception ethnoculturelle de la nation. Leur fascisme, ce sont les chemises noires et les bras levés, c’est le bruit des bottes qui se font entendre et les chants qui vont avec, déroutés qu’ils sont par les costumes Armani des hommes de mains de ce fascisme introuvable à leurs yeux.

Mais alors… Fuck Armani !

 

           Trente années de langue de bois et de "bienpensance" (1) ont ouvert un boulevard à cette autre calamité : le fascisme langagier qui est le choix d’un vocabulaire (souvent positif pour intimider et dissuader toute critique) qui n’admet aucune ambivalence, aucun « oui mais… » et contre lequel plus personne n’osera énoncer de contradictions sans courir le risque d'un verdict-anathème qui équivaut à une mort sociale, médiatique et professionnelle  :  fasciste, raciste, antisémite, complotiste paranoïaque, homophobe, islamophobe, anti-européen, anti-américain qu'accompagneraient un ressentiment et une aigreur haïssables et coupables.     

Car il est là aussi le vrai nouveau fascisme !

 

          Et puis... tenez ! Parce ça… tout le monde peut le comprendre : le fascisme aujourd'hui, c’est tous les soirs à la télé ! Et gare à celui qui refuse de rire avec les autres ou d’en pleurer quand le moment est venu de rire ou de pleurer sur ordre !


           Oui ! Le fascisme c'est maintenant ! Et ce fascisme-là ne doit rien à la France : il est mondial puisque toutes les politiques le sont.


          Un fascisme ni droite ni gauche, vous disiez ? … ça tombe plutôt bien car… ce qu'on nous propose depuis trente ans à une échelle aussi bien locale qu'internationale n'est ni de droite ni de gauche ! Sans précédent… il se situe maintenant ailleurs… là où au royaume des aveugles les borgnes sont rois et les salauds des Empereurs !

 ____________________

 

1 – Cette profession se plaint d’être mal rémunérée mais… franchement, qui aurait l’idée de leur verser un salaire, un vrai, à tous ces porte-voix d’une information qui est le plus souvent une véritable insulte faite au réel : qui fait quoi, à qui, pour-quoi, comment, où et pour le compte de qui !

Le jour où ces Messieurs-dames évalueront leur propre travail pour ce qu'il est, pour ne rien dire du mépris dans lequel leurs patrons à tous les tiennent,  soyez-en sûrs : il ne leur viendra même plus à l'idée soit d'exercer ce métier ou bien alors, de revendiquer quoi que ce soit à son sujet. Car enfin... a-t-on déjà vu des domestiques demander une augmentation ? Celle-ci est généralement laissée à l'entière discrétion du Maître car il est bon que des domestiques qui sont assez "domestiques" pour occuper un tel emploi n'aient droit à rien.

 

 ***

 

YouTube

 

" Pour ces milliards de cons qui font la manche... requiem !"

 

 

__________________

 

Pour prolonger cliquez http://blogs.mediapart.fr/blog/serge-uleski/200313/le-fascisme-langagier-ou-la-dictature-dune-langue-de-bois-paroxystique

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.