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Billet de blog 20 mars 2013

Le fascisme langagier ou la dictature d'une langue de bois paroxysmique

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             "... Renoncez à vos pensées, même les plus simples et les plus naturelles ! Aveuglez-vous et privez-vous de la volonté ! Et que la nature meurt en vous ! Acceptez de ne voir la vérité* que lorsqu'il lui plaira de se montrer !" -  La religieuse de Diderot - adaptation Rivette 1965.

 (* Dieu, dans le texte)

***

                Le fascisme langagier… consiste à exposer un individu à un vocabulaire - souvent positif pour intimider et dissuader toute critique - qui n'admet aucune ambivalence, aucun "oui mais".

Le fascisme langagier et sa dictature, c’est donc le choix d’un vocabulaire contre lequel personne n’osera énoncer de contradictions sans courir le risque d'un verdict-anathème qui équivaut à une mort sociale, médiatique et professionnelle.

Aussi, tout individu qui, dans ce contexte, refuse d'adhérer à l’univers conceptuel de ce vocabulaire et de le valider pour mieux l’intérioriser et le reprendre à son compte jusqu’à l’adapter à sa propre personnalité, - l’ajuster à sa taille -, peut se voir qualifié ou bien plutôt disqualifié en tant que…

C’est au choix…

         -  Fasciste, raciste, antisémite, complotiste paranoïaque, nationaliste, populiste,homophobe, islamophobe, anti-européen, anti-américain...

Ou plus prosaïquement :

         - Forte tête, troll (spécifique à Internet), mauvais esprit, trouble-fête, récalcitrant habité par un ressentiment et une aigreur aussi haïssables que coupables.

               La bien-pensance et la langue de bois sont à la fois les causes et les effets de cette dictature du "fascisme langagier". Même s'il semblerait que le "fascisme langagier" concerne une langue de bois paroxysmique – une langue de bois arrivée à un degré optimal de maturité, à tel point qu’elle est sans conteste et sans rivale -, dans son application pratique et ses implications dans la pensée comme dans l’action au quotidien.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, dans ce contexte  - contexte pervers –, ce sont les individus apriori les plus violents qui sont les plus respectueux de l'altérité (dans les faits, ils se débattent dans un univers unidimensionnel qu'ils savent mensongers), et les individus les plus sereins, les bien-pensants (qui se satisfont de cet univers unidimensionnel), qui s'avéreront les plus intolérants et les plus dangereux pour l’intelligence, la liberté et la justice. Et s’ils sont si nombreux à peiner à identifier la dictature de ce "fascisme langagier" c'est précisément parce que cette langue de bois paroxysmique triomphe partout et qu’elle n’a rien en commun avec une violence explicitement physique ou verbale dans son articulation et son déploiement.

            Les terrains de prédilections de cette dictature sont l’économie (l’entreprise), la politique (les élus et les gouvernements) et les médias (animateurs d'une démocratie croupion) : tous la subissent, tous l’entretiennent, tous en seront un jour les victimes, tous contribueront un jour à la ruine d’un de ses acteurs.

Dissuasif, exercé par le fort sur le faible - poids lourd contre poids plume -, c'est la nature même du verdict-anathème (fasciste, antisémite, complotiste paranoïque - pour les verdicts les plus définitifs) qui est prononcé contre quiconque refuse d'adhérer à cette langue de bois paroxysmique (car, on ne peut pas faire plus "langue de bois") qui fait de ce langage une dictature de type fasciste.

Trente années de langue de bois et de "bien-pensance" ont ouvert un boulevard à cette dictature. Et si Internet est la cible privilégiée de cette dictature qui attend tous les internautes au tournant... c’est que sur le web seul une telle éventualité peut encore se produire car, sur les médias de masse, le "ménage" a été fait il y a longtemps déjà.

           Le « fascisme langagier » n’a rien à voir avec le fait d’insulter un tel ou une telle. Dès à présent il faut comprendre et saisir que la violence dans le langage n'a rien à voir avec le fascisme langagier : si je dis à un tel " Vous êtes un c.. !" Ca n'a rien de fasciste car celui-ci pourra toujours me répondre… "Vous aussi !" ou bien : "Je suis peut être un c... mais...." ou bien encore : il se peut qu’il ne me réponde rien conscient du fait que cette insulte me dessert auprès de ceux qui en auront été les témoins.

Le fascisme langagier d'aujourd'hui est une violence faite à l'altérité, à la contradiction, à la démocratie, à la dissidence... au "oui mais..."… auprès de millions d’individus sous la contrainte d’un discours qui les met dans une position telle qu’ils n’ont alors qu’une option : l’adhésion et la validation.

La dictature du fascisme langagier n’a donc rien en commun avec des chemises noires, des brassards, des bras levés, des matraques et un Dutche vociférant  du haut d’une tribune même si, comme sous un régime fasciste, vous ne pouvez pas ne pas adhérer ni refuser de valider ce à quoi il vous est demandé de souscrire.

La dictature du fascisme langagier n’est pas non plus une sorte de fascisme soft. Il s’agit d’un fascisme d’un nouveau type : un fascisme qui ne sera jamais reconnu pour ce qu'il est et ce, bien qu'il soit omnipotent et omniprésent. En effet, cette langue on la trouve dans les entreprises, dans les médias et les relations humaines jusque dans les chambres à coucher sans aucun doute et par voie de conséquence…

D'où son succès ! Et rares sont ceux qui sont à même de la reconnaître pour ce qu'elle est : du fascisme ; et ce pour deux raisons :

          - Les uns connaissent toute la violence de la sanction de cette dictature et refusent de sacrifier disons… leur carrière ou ambitions, morts de trouille à l’idée de la relégation.

          -  Les autres refusent de l’identifier sous sa véritable identité de peur de devoir s’y opposer frontalement, se sachant inaptes à un tel affrontement.

            Il va sans dire mais… beaucoup mieux en le disant… sous le règne de cette dictature-là, dire la vérité c’est mentir.

Le fascisme langagier se distingue par sa sanction à l'endroit de quiconque refuse d'y souscrire. C'est la sanction qui donne à ce langage son caractère fasciste. Ce ne sont ni son vocabulaire - apriori anodin et on ne peut plus positif - ni sa syntaxe qui sont en cause.

Le fascisme langagier se reconnaît à la violence de sa sanction ; il est indissociable de sa sanction car il porte en lui la sanction suprême : le bannissement... d'une entreprise, des médias, d'une institution, d'un groupe, d'une communauté, d'une famille.

La bien-pensance aussi nuisible soit-elle, n'en est que sa version naïve, une version articulée par un individu dans la confusion, certes, un individu manipulé à son insu mais... un individu dont la bonne foi ne saurait être, dans la grande majorité des cas, remise en cause : ceux que l'on a pu désigner avec humour et ironie sous le vocable Les nouveaux ploucs ou les nouveaux beaufs d'une conscience politique humaniste.

Si les bien-pensants qui sont aussi et surtout les moins-pensants n'avaient pas existé, cette dictature les aurait inventés ; ce qu'elle n'a pas eu  à faire puisque les bien-pensants sont inséparables de cette dictature ; et c'est parmi eux, en priorité, que cette dictature trouve son public, son audience et ses fans et relais les plus enthousiastes et jamais rassasiés. Disons que le bien-pensant est l'idiot utile de la dictature du fascisme langagier qui n'est – rappelons-le une nouvelle fois -, que de la langue de bois paroxysmique ;  la bien-pensance est sa caution, son alibi (d’aucuns diront… son larbin) et sa complice par ignorance … ignorance des véritables enjeux…

Car la langue de bois à son paroxysme c'est une stratégie aux implications multiples ; d'où la violence, non pas de son discours, mais de sa sanction. Et plus les enjeux sont importants et plus violente est la sanction.

            Aujourd'hui, tous ont intégré à des degrés divers le fait qu’un individu qui veut faire carrière où que ce soit, dans quoi que ce soit et à quelque niveau que ce soit doit s'y soumettre ou du moins, faire en sorte de ne jamais se trouver en porte-à-faux avec cette stratégie de… domination... in fine. Et plus l’individu est ambitieux et plus il s’y soumet avec un zèle qui n’a d’égal que son arrivisme. D’où le silence des uns, l’évitement des autres ou bien, le ralliement explicite à cette dictature qui jamais… ne s’affichera comme telle dans la conscience du plus grand nombre… cette bergerie tantôt bêlante tantôt silencieuse au plus fort de son angoisse, parquée les uns contre les autres... toujours agitée comme si elle pressentait le pire, toujours le pire qui est à craindre... des centaines de millions, en grappes humaines...  mais seuls car de plus en plus isolés.

***

        Qu'il soit ici permis de rappeler que cette dictature a vu le jour il y a plus de dix ans. C’était à la fin de l’été… et rares sont ceux qui auront pressenti que cet été-là annonçait un long hiver, car depuis, cette dictature n’a jamais faibli, et la vérité, la liberté et la justice… ne se sont jamais aussi mal portées.

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Pour prolonger cliquez : http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/03/18/le-reel-echec-et-mat.html

ainsi que http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/02/16/la-france-et-le-fascisme-autant-de-questions-sans-reponses.html

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