A l'heure ou la finance spéculative apparait de plus en plus comme un parasite de l'économie et non comme un levier au service du développement de l'entreprise, l'image du trader dans les médias est à peine entamée. Aucune remise en cause, aucun encadrement strict par la loi ou mieux, aucune interdiction de ce type d'activité nuisible ne sont à prévoir à court terme. Une nouvelle preuve que le discours de Villepinte de Hollande sur la finance "ennemi sans visage", n'était que pure tactique électorale.

A quoi sert un trader ? Hormis la possibilité pour les banques et riches spéculateurs de se remplir les poches j'attends qu'on me démontre l'utilité de cette fonction. Elle est non seulement inutile mais cause de lourds dommages à l'ensemble des spéculateurs et in fine, à l'économie toute entière. Ne serait-ce que par son effet désastreux dans l'opinion, à l'heure où la valeur travail est exaltée. Or, de nombreuses pub envahissent toujours la Toile pour inciter les internautes à exercer le lucratif métier de trader, totalement déconnecté des besoins de la vie des entreprises mais aux frontières de la loi et de l'intérêt général.

PUB "Devenz Trader"Devenir Trader: une pub à interdire ?

Le Trading Haute Fréquence : un gros risque pour l'économie réelle

Autre anomalie criante, pourquoi le Trading Haute Fréquence n'est-il pas interdit purement et simplement? Cette activité financière  représente la moitié des transactions du CAC 40 selon l'Expansion loin d'être un brûlot d'extrême-gauche, dans cet article. Le trading haute fréquence consiste à utiliser la redoutable efficacité d'algorithmes de calcul  et la force du réseau Internet pour passer des milliers d'ordre à la seconde et bénéficier ainsi de micro-gains en effectuant des achats et des ventes ultra rapides . En fait, c'est un véritable casse virtuel qui va jusqu'à utiliser des salves d'attaques illégales  sur les valeurs boursières pour jouer de manière artificielle et frauduleuse sur les cours des actions et empocher la mise. France 2  a réalisé un excellent reportage le 6 juin à ce sujet dans le magazine Cash Investigation. Dans cette émission, on apprend que le crédit impôt-recherche, à savoir l'argent du contribuable, est détourné par la Société Générale ou BNP Paribas et d'autres pour développer les algorithmes concernant le trading haute fréquence à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros. S'agissant d'une activité nuisible, hautement spéculative et risquée, l'information laisse perplexe.

Fait troublant, l'AMF (Autorité des Marchés Financiers) le gendarme de la Bourse, est totalement dépassée et n'a fait  condamner qu'un seul délinquant de ce type parmi les dizaines d'attaques informatiques de ce genre.  Le délinquant, hollandais en l'occurrence, n'a écopé que de 10.000 € d'amende pour 480.000 € de gains. La mafia financière doit être terrorisée ... Il est vrai que l'AMF n'est pas du genre à chercher des crosses aux principaux responsables de délit d'initié. Le 17 décembre 2009, l'AMF  a blanchi les dix-sept protagonistes dans l'affaire des délits d'initiés d'EADS dont Noël Forgeard, son ancien président. L'enquête pénale toujours dort toujours dans les tiroirs de la justice depuis 5 ans.

Quand est-ce qu'une loi contraignante, assortie de sanctions lourdes et dissuasives sera appliquée ? Il semble hélas que les Etats ont abandonné toute velléité de lutte contre la délinquance financière.

  • Pour prolonger ce billet, lire l'entretien paru dans dans l'Expansion avec Jean De Maillard , vice-président au tribunal de grande instance de Paris, affirmant que la fraude est un rouage essentiel de l'économie. Elle est devenue un élément de gestion comme un autre, en toute impunité car sans aucun contrôle des Etats. De Maillard préfère parler de fraude, pillage et prédation.
  • Ecouter dans l'excellente Emission "Place de la Toile" sur France Culture, celle ou témoigne Paul Jorion, anthropologue et bon connaisseur  de la finance.
  • Lire ce très bon article juridique de Me William Bourdon, avocat & Président de l’association Sherpa. Il analyse, avec de solides arguments juridiques, le trading Haute Fréquence. Un regret, il n'envisage pas sa complète interdiction mais seulement, une limitation du temps de transaction à 1 seconde.
  • Preuves à l'appui, on apprend dans ce très bon billet daté de juin 2013 sur le blog les-crises.fr/ que comme l’indique Business Insider, Thomson Reuters a passé un accord d’un million de dollars avec l’Université du Michigan pour avoir l’indice 2 secondes avant tout le monde. Délirant tout simplement ...

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