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Billet de blog 31 mars 2014

Hollande prisonnier ?

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A la lecture de l'excellent texte de Laurent Mauduit (http://www.mediapart.fr/journal/france/300314/une-autre-politique-pour-conjurer-la-catastrophe), je ne peux que vouloir "prolonger" son analyse. Et poser la seule question qui vaille selon moi : au-delà de ses maladresses politiques, Hollande peut-il prendre une autre voie que celle qu'il a prise dès son arrivée à l'Elysée ? En clair, peut-il sortir du fameux "TINA" (There Is No Alternative) ?

Hollande est et sera toujours un bon élève, respectueux du cadre. S'il continue, il est en passe de devenir un martyr. Pour vous faire sourire, Ségolène à ses côté, le couple nous offrirait une ressemblance frappante avec celui de Louis XVI et Marie-Antoinette : de braves gens, qui ne semblent pas comprendre ce qui se joue et sur lesquels l'Histoire va s'acharner. N'étant pas de ses intimes, je ne sais s'il a conscience de ce qui se passe dans le pays. Mais, je préfère imaginer que son intelligence et son entourage ne sont pas totalement isolés des réalités.

L'Europe (l'UE), nous la vivons comme une contrainte. Le naufragé dans son canot de sauvetage peut à loisir pester contre l’exiguïté et l'inconfort de son vaisseau. Car l'Europe, nous avons un peu été contraint à la construire... Après deux guerres qui ont ruiné notre continent et témoigné de la bêtise de ses classes dirigeantes. Et certains, nostalgiques, voudraient nous voir revenir à cette époque de la "nation" triomphante, forte de son empire colonial... Ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine est aussi une résultante de tout ce qui s'est joué au XXe siècle et nous observons sans peine comment un conflit continental ou mondial pourrait aisément s'enclencher à nouveau (de mon point de vue, dans ce canot de sauvetage qu'est l'Europe, il faudrait faire une place à la Russie).

Examinons donc quel est le champ des possibles pour Hollande. Déjà une première alternative : soit il joue le jeu de cette triste Europe ; soit il s'en écarte. Une deuxième alternative se superpose à la première : soit il persiste dans la rigueur ; soit il conduit une politique de relance. Enfin, une troisième alternative en arrière plan : soit la croissance est le sésame pour sortir de la crise ; soit seul un changement de système économique est susceptible de rétablir la confiance démocratique et la dignité des populations. De ces trois alternatives, nous avons l'impression qu'Hollande a fait le choix des premiers termes. Cela semble cohérent. Mais c'est aussi un tiercé perdant et tragique. Certes, il peut se réconforter en disant que toute l'Europe est à ses côtés et que si la France doit sombrer ou s'écarter de ce courant fatal, elle ne le fera pas seule... Triste consolation.

Mais regardons aussi les autres termes de ces alternatives... La France peut-elle prendre l'initiative de s'aventurer seule et de casser le cadre européen ? Au risque de briser la frêle embarcation... Qu'aurait-elle à y gagner ? Qu'aurions-nous à y perdre ? Faut-il préférer la bouée au canot de sauvetage ? Pour ce qui est de la relance : une politique keynésienne qui anticipe un retour de la croissance et la stimule est-elle encore effective et souhaitable dans un monde qui se heurte à ses limites écologiques, qui plus est, surpeuplé et dont les pays "émergents" réclament aussi leur part des ressources terrestres ? Sachant qu'en plus nos capacités d'endettement sont épuisées... Enfin, troisième alternative,  l'option de changer notre système économique, la plus ambitieuse que l'on puisse envisager... Sait-on faire cela par la réforme, dans une transition douce ? N'est-ce pas beaucoup trop attendre d'un Hollande, bon élève mais pas un génie de l'innovation, un foudre de créativité ? Et entouré de gens qui lui sont trop semblables...

Hollande n'a que peu de marge. Si changement il y a, la France ne saurait vraiment l'engager seule... Notre pays s'est rétréci avec le temps : il ne guide plus (et éclaire peu) le monde. Cette Europe, qui (se) repose sur la doctrine libérale, s'arc-boute sur le levier de l'austérité et se focalise sur la compétitivité. Mais en faisant cela, elle asphyxie la consommation qui fait vivre le système qu'elle prétend défendre... En continuant dans cette logique, elle va, sans le vouloir, nous projeter dans un système post-consumériste... Ce qui peut constituer un vrai pas en avant dans une direction salutaire... Mais imaginons que l'Europe, en prise avec des besoins toujours plus grands, se laisse aller à jouer ouvertement et largement de la planche à billets (la BCE le fait déjà un peu mais indirectement) comme le font les Etats-Unis... Cela aura un effet bienfaisant mais qui n'aura qu'un temps. Et surtout cela reviendra à faire financer par le reste de la planète une partie des difficultés européennes. Ce stratagème est judicieux si l'on en profite pour réorienter radicalement notre système économique. Si c'est pour, artificiellement, le prolonger, inchangé, d'une... décennie, cela sera préjudisciable et à l'environnement et à tous les autres peuples du monde.

La voie est étroite mais elle est, a minima, européenne : pour peser sur le reste du monde, pour éviter les résurgences de tensions belliqueuses à l'intérieur du bloc européen. Et paradoxalement, le pilotage européen, conformiste, doctrinaire et autiste, risque de nous conduire bien malgré lui plus vite là où il nous faudrait aller, guidés par l'intelligence. Mais ce voyage risque d'être assez inconfortable et bordé de mauvaises surprises que sont les secousses nationalistes ou populistes... L'embarcation saura-t-elle y résiter ?

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