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Billet de blog 2 déc. 2021

Droits des plus vulnérables : ne bâillonnons pas le débat démocratique

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A la veille de l’ouverture du procès en diffamation intenté par Hélène Bidard, adjointe en charge de l’égalité hommes-femmes à la Mairie de Paris à l’encontre de Marc Antoine Bartoli,ex président d’Act Up Paris, et dans le contexte de la campagne de l’élection présidentielle 2022, Sidaction rappelle l’urgence de la situation vécue par les professionnel.le.s du sexe et demande aux responsables politiques de se porter garants d’un débat public de qualité,  centré sur le fond.

La multiplication de ces recours judiciaires est le signe tangible d’un refus grandissant d’entendre la parole des personnes concernées, d’échanger et  de débattre. Cette judiciarisation de la réponse à une parole militante nous inquiète d’autant plus au moment où commence la campagne présidentielle et alors que les sujets de tension ne cessent d’émerger.

Nous déplorons par ailleurs que ce procès participe au final à reléguer au second plan les principaux sujets : celui du vécu des professionnel.le.s du sexe et des conséquences délétères des lois abolitionnistes qui mettent en danger ces personnes, créent les conditions de leur précarisation et les condamnent à une clandestinité qui les invisibilise.

Nos 27 années de soutien à des programmes de prévention, d’accompagnement et de prise en charge des travailleurs et travailleuses du sexe nous l’ont appris : non seulement les politiques abolitionistes ont démontré leur incapacité à enrayer la prostitution où qu'elle soit,[1] mais elles sont également très dangereuses pour ceux et celles qui l’exercent.

Travailler caché, en dehors de toute sécurité légale, expose davantage aux violences, et rend difficile le travail de repérage des associations de terrain qui leur viennent en aide. Et si la loi de 2016 visait au départ à renverser la charge de la peine par la pénalisation des clients, et à protéger les professionnels du sexe de la traite, elle a plus souvent aggravé leurs conditions de vie et leur santé. La raréfaction des clients a aggravé leur précarité et redoublé la prise de risques. Les travailleurs et travailleuses du sexe sont amenés à rencontrer des clients qu’elles auraient autrefois refusés. La diminution du temps de négociation avec le client (au sujet du port du préservatif notamment) et d’appréciation du risque (violences, pratiques, etc.) les exposent à une hausse des violences depuis la promulgation de la loi 2016. Enfin, isolées, plus mobiles et cachées à cause de la répression, il n’a jamais été aussi difficile pour les associations de mettre en place des démarches « d’aller vers » auprès des personnes travailleuses du sexe.

C’est pourquoi, depuis plusieurs années, Sidaction avec d’autres associations demande la dépénalisation du travail du sexe et l’abandon de toutes les lois abolitionnistes qui aggravent les vulnérabilités des travailleurs et travailleuses du sexe, ainsi que l’inclusion de ces publics dans l’élaboration des politiques et stratégies publiques qui les concernent et/ou sont susceptibles d’impacter leur santé et leur sécurité.

Il est urgent de recentrer les débats et de remettre les personnes concernées au centre des politiques de santé en France. Nous comptons sur les responsables politiques pour s’en assurer.

[1] « Que pensent les  travailleur.se.s du sexe de la loi de prostitution ? » - Enquête sur l’impact de la loi du 13 avril 2016 contre le « système prostitutionnel » - Médecins du Monde – Avril 2018 . https://www.medecinsdumonde.org/sites/default/files/Rapport-prostitution-BD.PDF

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