Oui, les femmes sont le sujet du féminisme

Réponse au dernier billet publié par Juliet Drouar, intitulé: "femme" n'est pas le principal sujet du féminisme.

Aujourd’hui, je suis tombée via Facebook sur l'article suivant dans Médiapart :

https://blogs.mediapart.fr/juliet-drouar/blog/300620/femme-n-est-pas-le-principal-sujet-du-feminisme?fbclid=IwAR2lP4Gv769hQVG-uMR-U8m6Bon0DjLI3bIOHfz_pid-GOveJkx7BtkoN70
« Femme » n’est pas le principal sujet du féminisme; par Juliet Drouar.

Et là c’en est trop pour moi. Rien que le titre… Je suis une femme occupée, ce qui est un pléonasme évident, je ne vais donc pas développer ici le danger que représentent de tels abus de langage pour la pérennité de l'intelligence humaine - le pire est que j'écris ceci sans ironie -, j'estime qu'un esprit éclairé constatera de lui-même en quoi cette phrase est une haute perle de misogynie et de mauvaise foi intellectuelle, mais je vais quand même prendre un peu de temps de ma journée pour répondre ce que j'ai sur le cœur.

Il semblerait que depuis que les femmes parviennent un tant soit peu à s'exprimer dans l'espace public sur leur condition, dans l'élan de cette dernière vague du féminisme favorisée, dans un premier temps du moins, par les réseaux sociaux (hommage à Marguerite Stern, Adèle Haenel, Marie Laguerre…), il faille absolument que ce combat ne leur appartienne pas vraiment. 

« Oui, oui, le féminisme c’est bien mais bon qu’est-ce vraiment qu’une femme? Et qui sont d’ailleurs ces femmes? Existent-elles vraiment? Ne seraient-ce pas plutôt des "bourgeoises blanches coincées du cul" à évincer de la scène politique? » - Cf la plaidoirie anti-TERF outre-Atlantique qui promeut le bûcher et le gibet pour cette sorte diabolique de féministes qui, de près comme de loin, ne veulent pas de mâles dans leurs luttes.

Pour répondre à ces questions, j’invite ceux qui se les posent à sortir un peu de leur cyber-cercle social et à observer le monde: quelle est la condition des femmes dans le monde? Parce que vous savez, sur la plupart des continents, les femmes existent toujours, et ce n’est pas à coup de néologismes que vous aiderez ces personnes à s'affranchir d'une position proche de l’esclavage entretenue depuis des millénaires. Je crois avoir bien compris que ce n’était pas là le combat et la priorité de tous. Mais alors, pourquoi vouloir absolument s’emparer du terme féminisme ?
Y a-t-il une seule autre lutte, un seul autre combat politique, dont on exige qu'il porte ainsi pratiquement tous les autres en son sein, sous menace d'exemplophobies permanente? Belle ironie du féminisme n’est-ce pas? Nier la maternité du féminisme, et altérer l'essence de ce mot, c'est non seulement immature pour un auteur, mais c'est aussi parfaitement stupide, et antiféministe. Oui, de fait, on ne peut être plus antiféministe qu'en niant l'étymologie et la maternité de ce mot. Et puis c'est un peu présomptueux. Ma réponse ne se veut pas personnelle, mais je me permets tout de même de signaler à Juliet Drouar que si iel "n'a jamais été une femme", c'est la preuve évidente que l'oppression patriarcale dont iel parle au début de son billet fut due à sa condition de femelle. Merci dès lors de respecter l'expression de genre de la grande majorité des femelles, ne serait-ce que par courtoisie. 
Donc les femmes se soulèvent comme elles le peuvent contre la plus ancienne et fondamentale inégalité de l’Histoire, et la réponse de la société serait: vous n’existez pas vraiment? Et au passage, toutes vos revendications peuvent rester dans la boîte à suggestions? 
Je peine en écrivant ceci à rester correcte. A celles et ceux qui se prétendent féministes, et soutiennent ce genre de plaidoirie: vous rendez-vous compte du niveau de violence implicite qui réside dans le fait de vous approprier un terme accouché après des millénaires de souffrance par une moitié de l'humanité écrasée, silenciée et asservie, pour le distordre à votre convenance
? Et non, nous ne parlons pas ici d'un groupe vague et indéfinissable: la cause originelle, et encore la première, de l'érection du patriarcat - je vous donne la réponse ici J. Drouar, cela semble si flou dans votre texte - est le contrôle de la gestation; la domination de l’humain lui-même, via les corps qui l’engendrent. Corps femelles, environ un sur deux, et le langage transinclusif n’y change rien.
Rappelez-vous, au début, tout le monde a dit de « féminisme » que c’était un méchant mot. Un parti pris. Que "ce qu’il fallait c’était lutter contre le sexisme qui menace les hommes autant que les femmes" (male tears). Et c'est d'ailleurs ce que la majorité des gens, qui n’ont rien compris au féminisme, pensent encore aujourd'hui. Là-dessus, ce sont les groupes LGBTQI+ et Queer qui viennent nous expliquer que "le féminisme n'a pas pour sujet principal les femmes"? Libre à vous de vous définir comme vous voulez, mais avant de vous approprier leur mouvement, vous êtes-vous déjà demandé ce qu'elles avaient d’autre?
Au lieu d'assiéger le féminisme avec des néologismes, pourquoi ne pas simplement créer de nouveaux termes adéquats aux minorités qu'ils représentent, comme "transféminisme", ou encore autre chose -je fais confiance à votre imagination en la matière- pour soutenir vos causes, tout en gardant le respect élémentaire que l’on doit aux pionnières de la lutte contre le patriarcat?
Au terme de ceci, je souhaiterais que tous ceux qui estiment qu’être féministe radicale, c’est-à-dire se battre pour les droits fondamentaux des femmes,
en priorité et partout dans le monde, est une hérésie, m’épargnent leur prêche et me suppriment de leurs contacts si iels ne peuvent soutenir cette réalité.
Le féminisme appartient aux femmes. 
Merci


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