Une Ouïghoure-américaine promue à la Maison-Blanche

Elnigar Iltebir, universitaire américaine d’origine ouïghoure, est nommée à la tête du département de la politique chinoise de l’administration Trump et sera responsable des questions liées au commerce, à l'armée et aux droits de l'homme.

Cet article a été publié originellement en anglais le 14 août 2019 par Amy Mackinnon et Robbie Gramer dans le bimestriel américain Foreign Policy. Pour accéder à la version originale : https://foreignpolicy.com/2019/08/14/why-a-new-trump-appointee-could-be-the-latest-sticking-point-between-the-u-s-and-china-uighur-american-director-nsc/?fbclid=IwAR0vmoQko6JZKay3ypUziSlBfT249Yd5iVt4COkmQn0mx40ENFOWyHHkrBo

Elnigar Iltebir, universitaire ouïghoure-américaine, nommée directrice du département de la politique chinoise du Conseil de Sécurité National. Elnigar Iltebir, universitaire ouïghoure-américaine, nommée directrice du département de la politique chinoise du Conseil de Sécurité National.

L’administration Trump a nommé une universitaire ouïghoure-américaine directrice du Conseil de sécurité national pour la Chine, dans un geste symbolique qui pourrait avoir un impact sur les pourparlers - et les relations - entre les deux pays.

Des responsables américains actuels et anciens ont confié à Foreign Policy qu'Elnigar Iltebir, universitaire et diplômée de la Harvard Kennedy, fille d'un éminent intellectuel et journaliste ouïghour, avait récemment été nommée à la Maison Blanche. Sous le président américain Donald Trump, on a eu tendance à éviter les annonces publiques concernant les nominations au Conseil de sécurité nationale.

Iltebir aura pour tâche de contribuer à la gestion de la politique chinoise, l'une des priorités les plus critiques de l'administration Trump, notamment en ce qui concerne les questions liées au commerce, à l'armée et aux droits de l'homme. La famille d’Iltebir est originaire de la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, où Pékin est accusé d’avoir perpétré un génocide culturel contre les Ouïghours, à majorité musulmane.

«La possibilité qu’une Ouïghoure puisse négocier avec des représentants du gouvernement chinois est vraiment forte », a déclaré Francisco Bencosme, responsable des activités de plaidoyer pour la région Asie-Pacifique d’Amnesty International.

Au cours des dernières années, Beijing a détenu entre 800 000 et 2 millions de Ouïghours, de Kazakhs et d’autres minorités ethniques musulmanes dans des camps d’internement, selon des estimations du Département d’État américain, citant des gardiens des médias et des droits de l’homme. Les personnes internées auraient été soumises à une détention prolongée sans procès, à la torture et à d'autres formes de sévices. Les autorités chinoises ont également détruit des dizaines de mosquées dans la région du Xinjiang, où la minorité musulmane reste fortement réprimée, au nom d'une prétendue lutte contre l'extrémisme religieux.

La page LinkedIn d’Iltebir montre qu’elle est diplômée de l’Université de George Washington et de Kennedy School of Government (école de l’administration publique) de l’Université d’Harvard avant de recevoir son doctorat en sécurité internationale et politique économique de l'Université du Maryland en 2015. Iltebir n'a pas répondu aux demandes de commentaires pour cette histoire et le NSC (Conseil de Sécurité National) a refusé de commenter.

Bien que la nomination d'une personne d'origine ouïghoure apporte au NCS une diversité et une compréhension importantes, le véritable test, selon Bencosme, consisterait à déterminer si l'administration appliquait une politique d'aide à la communauté ouïghoure. Cela inclut "la responsabilisation des officiels chinois, ou élever au plus haut niveau ce qui se passe dans le Xinjiang, ou soutenir la société civile qui a été harcelée par des officiels chinois", a-t-il déclaré.

Les hauts responsables de l'administration Trump, y compris le secrétaire d'État Mike Pompeo, ont à plusieurs reprises condamné le gouvernement chinois pour cette pratique. « La Chine connaît l'une des pires crises des droits de l'homme de notre époque. C’est vraiment la tâche du siècle », a déclaré Pompeo à propos du traitement réservé aux Ouïghours par la Chine lors d’une conférence sur la liberté de religion le mois dernier.

Mais l'administration Trump a également marginalisé la question pour d'autres priorités politiques avec Beijing. À la fin de l’année dernière, l’administration a annulé ses projets visant à imposer des sanctions à la Chine afin de ne pas perturber les pourparlers de commerce sensibles entre les deux pays.

En juin dernier, le vice-président américain Mike Pence devait annoncer des sanctions à l'encontre des sociétés de surveillance chinoises impliquées dans des violations des droits de l'homme, mais Bloomberg a rapporté que le discours avait été gelé par Trump pour éviter de contrarier son homologue chinois avant la réunion au sommet du G-20 qui devait se tenir plus tard dans le mois.

Trump a fait ce qui semblait être ses premières remarques publiques sur le traitement réservé aux Ouïghours par la Chine le mois dernier lors d’une réunion avec des victimes de la persécution religieuse de plusieurs pays. Lorsque Jewher Ilham, fille d'un éminent universitaire ouïghour, a déclaré au président américain qu'elle n'avait pas vu son père depuis 2013 et qu'entre 1 et 3 millions de personnes étaient détenues dans ce qu'elle a décrit comme des camps de concentration, Trump a répondu: «Où est-ce? Où est-ce en Chine ? Il a ensuite ajouté qu'il s'agissait d'une « chose douloureuse » pour les familles dont les parents ont disparu au Xinjiang.

 

 

 

 

 

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