Ilham Tohti, universitaire ouïghour emprisonné, a reçu le prix de la liberté

Ilham Tohti, universitaire ouïghour condamné à vie et emprisonné depuis janvier 2014 par la Chine, a été honoré début mai lors d'une cérémonie à Washington, où sa fille a reçu le Freedom Award en raison de l'absence de l'universitaire, par le groupe de veilleurs de la démocratie Freedom House.

Professeur Ilham Tohti avant son arrestation en janvier 2014. Professeur Ilham Tohti avant son arrestation en janvier 2014.

Cet article a été publié originellement en anglais le 09 mai 2019 par le service anglophone de la Radio Free Asia. Pour accéder à la version originale : https://www.rfa.org/english/news/uyghur/award-05092019183441.html 

Richard Finney

Acceptant le prix au nom de son père lors de la réunion du 8 mai à l’hôtel Ritz-Carlton de Washington, Jewher Tohti, fille de Tohti, a dit qu’elle aurait souhaité que son père soit présent pour recevoir son prix en personne. 

"[Et] j’aurais souhaité que cette reconnaissance ait été inutile", a déclaré Jewher Tohti, "car cela signifierait que le peuple Ouïghour est libre."

« Ilham Tohti est quelqu'un qui considère l'oppression politique et culturelle comme un problème à résoudre », a déclaré Jewher Tohti, ajoutant que le traitement réservé par la Chine à la minorité ethnique Ouïgoure dans la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, "causait toujours plus de dégâts sociétaux. »

"Même avant l’horrible répression, les camps, la torture d'innocents, la Chine créait déjà des problèmes plus vastes et à plus long terme entre les différents groupes", a-t-elle déclaré.

"Lorsque des personnes sont traitées et étiquetées distinctement ou différemment, comme étant fausses ou mauvaises, la connexion humaine ne peut pas exister."

Dans l’allocution introduisant l'attribution du prix, le sénateur américain du Colorado, Cory Gardner, a déclaré qu'Ilham Tohti savait qu'il serait un jour emprisonné pour avoir « raconté l'histoire de sa communauté, les Ouïghours ».

"Il s'attendait à ce que ses appels pacifiques à la connexion et à la compréhension entre les Ouïghours et les Chinois Han soient réduites au silence", a déclaré Gardner.

« Comme d’autres notables champions de la liberté et des droits de l’homme, Ilham Tohti incarne une intrépidité à laquelle nous aspirons tous », a déclaré Gardner, ajoutant: « Placer la cause de la liberté humaine avant sa propre vie est l’acte ultime de courage », a déclaré Gardner.

Reconnu coupable de « séparatisme »

Professeur d'économie qui a régulièrement mise en évidence la persécution religieuse et culturelle principalement de la minorité musulmane ouïghoure dans la région du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), Tohti a été inculpé de « promotion du séparatisme ethnique » et a été condamné à une peine à perpétuité par un tribunal chinois le 23 septembre 2014 à la suite d’un procès de deux jours.

La décision de la cour citait les critiques de Tohti sur la politique ethnique de Pékin, ses entretiens avec des médias étrangers et ses travaux de fondation et de gestion du site Web en chinois « Uighurbiz.net », qui avait été fermé par les autorités chinoises en 2014.

Des groupes internationaux de défense des droits de l'homme et des politiciens américains et européens ont condamné le système chinois de « camps de rééducation » qui ont accueilli jusqu'à 1,5 million d’Ouïghours et d'autres minorités ethniques musulmanes, accusées depuis avril 2017 d'avoir « des idées religieuses fortes » et des idées « politiquement incorrectes ».

Bien que Pékin ait initialement nié l'existence de ces camps, la Chine a tenté de troquer le débat en qualifiant ces établissements « d’internats » offrant une formation professionnelle aux Ouïghours, décourageant la radicalisation et protégeant le pays du terrorisme.

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