SARS-CoV-2: Réflexion critique sur le monde de maintenant (4/4)

Au beau milieu de ce second confinement, ce texte cherche à la fois à interroger les causes qui nous ont menés à la catastrophe en cours, et à proposer une perspective critique de l'épidémie qui ne cède pas aux injonctions à l'unité de la société. Il se propose de souligner au contraire le caractère de classe de la crise en cours, et les réponses particulières qui doivent en découler.

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Une fois n’est pas coutume, cette ultime partie ne sera pas donc pas consacrée à l’énonciation de ce que devrait être une réponse de classe dans la crise en cours : nous n’en avons ni la légitimité, ni la prétention. Au contraire, nous allons nous faire journaliste, en rapportant ici l’histoire de différentes initiatives, toutes très différentes, mais ayant en commun d’avoir constitué une réponse non gouvernementale, au service des classes populaires, contre l’épidémie. Les différents récits que nous allons exposer ici ont tous été réalisés sur la base d’entretiens avec ceux qui sont à l’origine de ces iniatives (qui resteront évidemment anonymes). Afin de ne pas surcharger cet article déjà trop long, nous nous cantonnons ici à l’exposé de trois “réponses” ; gardons tout de même à l’esprit qu’il en existe des centaines, si ce n’est des milliers à travers tout le pays, du service rendu à son voisin à l’organisation nationale d’une collecte de biens essentiels. 

 

Commençons ce triptyque en nous intéressant à l’action d’Utopia 56, association qui lutte depuis novembre 2015 aux côtés des exilé.e.s en situation d’extrême précarité. Un bref résumé des activités d’Utopia 56 s’impose pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette association. En temps “normal” - si tant est qu’une telle expression puisse être utilisée pour parler de cette situation catastrophique - l’association vient donc en aide à toutes les personnes exilées, et ce quelle que soit leur situation, sans trier quiconque sur la base de sa nationalité, les raisons de sa présence en France, ses objectifs futurs ou sa situation administrative. L’aide apportée par Utopia 56 est diverse, de l’hébergement d’urgence des personnes sans domicile fixe à l’accompagnement administratif pour les femmes seules et les familles. Plus d’informations sont disponibles sur leur site internet.

Il va sans dire que, dans la crise en cours, les personnes exilées font partie des grands laissés pour compte de la politique gouvernementale, plus encore qu’habituellement. Cependant, dans la situation pandémique que nous connaissons, même les recours traditionnels de ces personnes deviennent très difficiles à mobiliser : l’hébergement citoyen est interdit, les services de l’Etat sont à l’arrêt, empêchant la régularisation et les demandes de visa, déjà difficile en temps normal ; les autres solutions d'hébergements, comme les hôpitaux ou certains paroisses, sont également plus difficiles à contacter - quelques appartements vides laissés par des bénévoles partis se confiner ailleurs permettent tout de même de loger au chaud quelques familles. 

Malgré cela, alors que la société toute entière se replie sur elle-même durant une telle période, les personnes exilées se retrouvent le plus souvent confinées dehors, et l’aide d’Utopia 56 - et de toutes les autres associations luttant contre la précarité extrême - est pour elles d’un précieux secours, en l'absence d’une prise en charge par les pouvoirs publics. Les bénévoles d’Utopia 56 ont souvent entendu des personnes exilées leur faire part de leur inquiétude de recevoir une amende pendant le couvre-feu, ou d’être arrêtés sans pouvoir expliquer clairement aux policiers leur situation. Il se joue bien, dans l’ombre, une lutte des classes sur fond de politiques racistes, entre une bourgeoisie qui n’a que faire de la misère dans laquelle est plongée la marge du corps social, et les personnes exilées, qui viennent gonfler les rangs d’un prolétariat surnuméraire qui subit de plein fouet SARS-Cov-2.

L’activité d’Utopia 56 a été totalement bouleversée par l’épidémie et les mesures gouvernementales pour y faire face. Alors qu’en temps normal l’association est ravie d’accueillir de nouveaux.elles membres, elle a été contrainte de cesser tout recrutement, ainsi que toute interaction entre les différents pôles Les équipes d’Utopia 56 fonctionnent maintenant en équipe réduite et stable, ce qui a au moins l’avantage d’apporter de l’expérience à tous les membres, et de limiter les risques pour les bénévoles, qui se mettent en danger en continuant de fréquenter un grand nombre de potentiels cas contacts. Si, comme nous l’avons dit, l’Etat n’est pas franchement d’une grande aide pour les associations, au moins n’a-t-il pas entravé leur travail pendant le confinement et le couvre-feu, les membres d’Utopia 56 bénéficiant d’une dérogation. Cela se comprend bien: les pouvoirs publics, tout heureux de pouvoir déléguer à des associations privées une tâche qu’ils se refusent à assumer, n’allaient pas empêcher de travailler ceux qui font le travail à leur place.

 

Les bénévoles d’Utopia 56 essaient donc, dans ce contexte, de continuer à aider au mieux les personnes exilées, mais la tâche est plus ardue encore qu’à l'habitude, d’autant que le corps social, centré sur le confinement, s’en désintéresse plus encore que d'habitude. Alors, pour se faire entendre, et mettre en lumière la catastrophe permanente que constitue la situation de celles et ceux à qui elle vient en aide, Utopia 56 a participé à l’action du 25 novembre, Place de la République, dont chacun sait comment elle s’est terminée. Il nous a paru intéressant de revenir un peu plus en amont sur le contexte précédant cette action, à partir du témoignage d’un.e bénévole l’ayant vécue de l’intérieur. D’emblée, il faut bien le dire, rien dans l'évacuation de la Place de la République par la police républicaine n’est absolument nouveau : cela fait bien longtemps que de telles scènes violentes se produisent régulièrement à Calais ou dans les campements du nord de Paris. Les événements de République succèdent à l’évacuation, quelques jours plutôt, du campement de Saint-Denis. Celui-ci, rempli de réfugié.es sans-abris, abritait environ 2500 personnes avant évacuation. Pour être exact, il s’agissait alors de la 66ème évacuation en 5 ans, un phénomène plutôt courant, donc. Ceci dit, de l’aveu des associations, aucune n’avait jamais été le théâtre d’un tel déchaînement de violence. 

Comme avant chaque évacuation, les différentes associations, dont Utopia 56, font des propositions pour permettre la bonne tenue de l’évacuation et protéger les personnes exilées. Les pouvoirs publics, armés de leur police, n’ont pas entendu les choses ainsi, provoquant la situation catastrophique qui s’en est suivie. A 4h30, les Compagnies Républicaines de Sécurité (aussi connues sous d’autres noms que la bienséance nous empêche de citer) ont encerclé le campement, empêchant les associations de rentrer, générant une tension bien compréhensible. Les bus, censés arriver à 6h, ont eu 1h45 de retard, entraînant à leur arrivée un mouvement de foule incontrôlable. Les personnes ont alors pu monter progressivement dans le bus ; cependant, leur grand nombre autant que leur extrême fatigue - bien peu avaient dormi - a conduit la situation à s’éterniser. La police, manifestement mal informée, s'est illustrée en beuglant des menaces en français, anglais et… arabe, une langue non parlée sur le campement. Bien mal compris, nos amis CRS ont donc fait ce qu’ils savent faire de mieux, c’est à dire gazer - en l'occurrence, des enfants, des hommes seuls et des femmes enceintes - et nasser les personnes vers les bus, empêchant les associations de récupérer les tentes. A 12h, la police a évacué définitivement le camp, alors que 800 hommes seuls y demeuraient encore, sans solutions de logement, contrairement à ce qu’en a dit la préfecture. C’est donc en réaction à cette évacuation particulièrement violente que l’action du 25 novembre a été imaginée, par les personnes exilées elles-même autant que par les associations, laquelle a produit le même lot de violence qu’à Saint-Denis, mais cette fois-ci sous les yeux de la France entière… quelques heures après que Mr Darmanin ait reçu une délégation de journalistes pour parler des violences policières, entraînant les manifestations d’indignation que l’on connaît. Pour autant, 10 jours après l’évacuation, Utopia 56 nous a informé samedi 5 novembre que 400 personnes erraient toujours dans les rues de Paris, sans qu'aucune solution d’aide ne leur soit proposée, et réclame l’hébergement inconditionnel de toutes les personnes exilées, ainsi que la mise en place d’une véritable structure d’accueil.

A travers l’exposition du travail d’Utopia 56, c’est la situation extrêmement précaire des personnes exilées que nous avons voulu mettre en lumière. Derrière les indignations ponctuelles de la gauche sociale-démocrate, derrière les réactions indignées des bons petits citoyens persuadés que la police est par ailleurs une noble institution, il y a une situation dans laquelle l’Etat Français se lave les mains de ce qui peut bien arriver aux marges de la société, sans cesse victimes de la pression policière et administrative. Défendre ces personnes, à travers des réseaux associatifs et militants, c’est organiser une riposte de classe contre la bourgeoisie. 



Notre deuxième étape s’égarera sur Internet, et plus particulièrement sur Twitter, afin de répondre à cette interrogation : comment produire une analyse critique de l’épidémie, qui ne se contente ni d'acquiescer à la moindre allocution de MM. Veran, Macron, et Salomon, ni de hurler à qui veut l’entendre qu’il ne se passe rien ? Avons-nous besoin d’être tou.tes épidiémologues ou médecins pour évaluer la réussite d’une politique sanitaire, pour demander des comptes, ou reconnaître à l’inverse quand les choses sont bien faites ? Depuis février, sur les réseaux sociaux, c’est à dire le seul endroit où peut s’exprimer la pensée de ceux qui n’ont ni qualifications ni invitations sur les plateaux télés (coucou Michel), prolifèrent de nombreuses analyses de l’épidémie, de ses conséquences pratiques à ses potentielles évolutions. Tout est loin d’être excellent, bien sûr, mais c’est la rançon de la liberté d’expression. On y trouve ainsi d’excellentes choses, que ce soit en termes de témoignages des impacts de l’épidémie qu’en analyse pure de sa dynamique, parfois bien plus éclairantes que tout ce qui peut exister dans les médias. Pour illustrer ce phénomène, nous allons ici prendre en exemple le compte Twitter “Maitre Pandaï”, fort de  15.000 abonnés, car il constitue à nos yeux le meilleur exemple d’une analyse autonome, aussi bien des pouvoirs publics que des âneries du professeur Raoult, demeurant par ailleurs extrêmement bien sourcée. Depuis le début de l’année, l’auteur.ice du compte traite quotidiennement de l’épidémie et de ses conséquences, notamment sur les classes populaires. Pour ce faire, iel utilise deux procédés : 

 

  • D’une part, iel relaie les différentes publications et articles qui lui paraissent intéressants : analyses d’épidémiologistes, de spécialistes de la santé, de journalistes scientifiques... De son propre aveu, ce travail, effectué en amateur, peut prendre plusieurs heures par semaine. “Maître Pandaï” suit donc quotidiennement la situation épidémique en Israël, en Irlande, aux Etats-Unis, à Hong Kong… tout en portant bien sûr une attention particulière sur la situation française. 
  • Plus occasionnellement, notamment avant un déconfinement ou après une annonce gouvernementale importante, iel rédige sous forme de thread un article résumant l’actualité de l'épidémie et préconisant telle ou telle politique. 

 

Si cet exemple nous intéresse tant, c’est qu’il est la manifestation qu’il est possible de produire, même sans être spécialiste, un discours intelligent sur la séquence en cours. En août dernier, alors que gouvernement commençait à peine à sous-traiter aux pouvoirs locaux la gestion de mesurettes contre l’épidémie, “Maître Pandai”, sources à l’appui, pointait non pas l’inéluctabilité de la seconde vague, mais la précarité de la situation dans laquelle nous nous mettions en laissant le réservoir de cas se remplir, à l’heure où beaucoup ne regardaient que les chiffres, trompeurs, des services de réanimation. Aujourd’hui, iel pointe la précarité du déconfinement annoncé par le gouvernement, et nous invite à reconsidérer nos exigences vis-à-vis de sa politique. Plutôt que de se laisser prendre par les discours larmoyants de M.Véran sur la réalité de nos hôpitaux et l’imprévisibilité de la seconde vague, iel martèle depuis février, à grands renforts de comparaisons internationales et analyses des politiques publiques, ce que le pouvoir tente de faire oublier : qu’il navigue à courte vue, notamment depuis le déconfinement, et qu’il s’est montré incapable de réagir aux évolutions de la séquence en cours, évolutions tout à fait prédictibles, contrairement à ce qui nous a été rabâché. Nous l’avons dit, ceux qui meurent, ceux qui subissent de plein fouet la crise, ce sont avant tout les quartiers populaires. Dans ce contexte, rappeler qu’il n’est pas normal de laisser les chiffres épidémiques monter aussi haut avant de réagir mollement, rappeler que les décisions du gouvernement ont des conséquences, et avant tout sur les plus pauvres, c’est constituer une critique sociale nécessaire en ces temps de crises. Celle-ci doit continuer à s’exprimer, plus que jamais, et le travail asséné par Maître Pandai en constitue l’une des meilleures expressions. 

 

Nul ne peut prédire avec certitude l'évolution de l’épidémie, cela va de soi. Cependant, en se donnant les moyens de comprendre l’épidémie, nous nous accordons la possibilité de peser sur les réponses faites à SARS-CoV-2, de souligner les échecs et les inconséquences des pouvoirs publics dans le moment historique que nous connaissons et de nous protéger collectivement en évitant de fréquenter les lieux à risque. La gestion collective de l’épidémie que la société capitaliste ne veut pas imaginer, c’est à nous de l’organiser, ce qui nécessite de porter un contre-discours sourcé scientifiquement sur les politiques publiques. La condition de possibilité d’une telle réponse collective est donc de pouvoir se représenter efficacement ce qui se passe, et ce qui pourrait être amené à se passer. Quelle meilleure plateforme que Twitter, fréquentée par le plus grand nombre, pour mener cette bataille politique ? Le compte de Maître Pandai, dont nous avons brièvement ici présenté le travail, n’est qu’un exemple parmi la multitude d’opinions éclairantes qui se font jour sur la plateforme, auxquelles nous aurions tort d’adresser un regard dédaigneux, car ce sont elles qui forment le terreau d’une réponse collective à l’heure ou les réunions publiques sont inenvisageables. 



Last but not least, prenons le temps de nous pencher sur une troisième initiative. Comme la précédente, elle s’est organisée en riposte à l’incompétence gouvernementale, mais sur le terrain cette fois. Les Brigades de Solidarité Populaire, fondées en février, sont un ensemble de groupes affirmant la nécessité de s’organiser collectivement dans les quartiers populaires contre l’épidémie. Un.e de ses membres, avec lequel nous avons pu nous entretenir, résume la situation ainsi : “Il était évident que le gouvernement était défaillant, vis-à-vis de l'épidémie, sa seule réponse étant d'envoyer la police mettre des amendes. Il était urgent de se saisir des questions sanitaires et sociales, nous-mêmes, pour éviter la catastrophe”. C’est d’abord dans le 93, et notamment à Aubervilliers, une des villes les plus pauvres de France, que la première brigade est montée. S’il existe aujourd’hui de nombreuses brigades partout en France et à l’étranger, celles fondées dans le 93 demeurent parmi les plus dynamiques, et pour cause :  la Seine Saint-Denis, département majoritairement prolétarien, composé en grande partie d’employé.e.s et d’ouvrier.e.s, a en effet été l’un des plus durement touchés, aussi bien par la maladie que par ses répercussions sociales. L’Etat, au plus fort de la crise, a continué à mener les politiques répressives qu’il réserve au quotidien aux habitants des quartiers populaires, dont beaucoup sont racisés. “Nous voyons sous nos yeux  les effets de la politique raciste et de classe menée par ce gouvernement et les précédents. Nous n'avons pas attendu que cela arrive sur la place de la République pour être choqué.e.s de la situation des exilé.e.s. Privé.e.s d'accès à l'eau pendant le premier confinement, aujourd'hui de sommeil, c'est sous nos yeux que ça se passe, c'est à notre voisinage que ça arrive. Nous savons bien qui seront les premières cibles des réformes en cours. Ce ne seront pas les journalistes, mais nos quartiers, où nous serons sous surveillance constante, filmé.e.s à chaque instant, mais n'aurons pas le droit de filmer la police”.


Contre ce climat invivable, les BSP s’organisent au quotidien pour faire vivre la solidarité et venir en aide aux habitants. Parmi leurs nombreuses activités : récolte de vêtements, produits d'hygiène ou nourriture, aide pour les personnes exilées… Il est très important pour les membres des BSP de combiner une aide pratique pour pallier l’urgence de la pandémie et une critique politique de la situation, qui ne se contente pas de chantonner sur le monde d’après en applaudissant à 20h. “Nous ne sommes pas un groupe humanitaire, nous n'avons pas vocation à éternellement pallier aux déficiences de l'état, a des urgences toujours plus importantes et graves. Cependant, pour nous, agir localement est très important. La politique, elle ne se fait pas dans les salons cossus, pas seulement dans les facs, mais surtout avec les gens qui en pâtissent”. Les BSP se veulent un espace dans lequel les habitants des quartiers populaires peuvent se retrouver - à distance, pour le moment -, réfléchir, se venir en aide mutuellement, mais aussi se protéger contre une épidémie que, dans le prolétariat, on prend bien plus au sérieux que dans la bourgeoisie. Elles ont vocation, dans le futur, à pouvoir servir de base pour proposer des activités sportives, culturelles, de l’aide à ceux.elles qui en ont besoin, tout en affirmant leur caractère politique et leur volonté d’être une structure d’auto-défense populaire contre l'Etat, la bourgeoisie et la répression policière.

 

A gauche, on a vu beaucoup de tribunes ou de discours portés sur le fameux monde d’après, et les fameuses perspectives formidables qu’il laisse entrevoir. Seulement, pouvoir se contenter de rêver les lendemains qui chantent en plein confinement est un privilège de classe : le prolétariat, et en particulier ses composantes les plus précaires, comme les personnes exilées ou les familles monoparentales sans emploi, doivent d’abord essayer de faire face au monde de maintenant. Il ne s’agit pas de dire qu’il est vain de se projeter dans le futur, bien au contraire. Nous soulignons simplement que le modèle des BSP, qui tentent d’organiser les habitants à partir des problèmes concrets qu’ils rencontrent au quotidien dans la crise, est bien plus efficace que toutes les interventions télévisées de la gauche sociale-démocrate ou populiste. C’est en partant des contradictions réelles de la lutte des classes, de la misère que crée dans la société le pouvoir bourgeois, que des initiatives politiques de masse peuvent se monter, surtout dans des moments comme ceux que nous traversons.

 

Utopia 56, compte Twitter de Maître Pandai, Brigades de Solidarité Populaire. 3 initiatives parmi de nombreuses autres, pour souligner à quel point la réponse faite à SARS-Cov-2 ne se limite pas aux décisions d’Olivier Véran. Partout, il est nécessaire de continuer à faire vivre la solidarité, à faire tourner l’information, à produire une critique sociale du moment en cours. Cet article, modestement, espère avoir pu éclairer quelques points obscurs, et participé à ce mouvement que nous espérons voir grandir. L’Etat veut une union nationale, un retour au travail, la mise au pas des quartiers populaires à grands renforts de politiques racistes et anti-prolétariennes. Nous lui apportons une réponse de classe, frontalement anti-capitaliste, résolue à se protéger de sa politique comme du virus. Nous lui apportons une réponse communiste.

 

Rapidement, enfin, quelques idées et réflexions en passant, à l’adresse de la bourgeoisie, de son gouvernement et de sa police. Que sur la question du vaccin, elle ne s’imagine pas pouvoir obtenir le consentement général à la vaccination si elle ne rétablit pas avec la population une relation de confiance. Qu’elle mène, pourquoi pas, une grande campagne d’information sur les vaccins, suivie d’un débat national pour recueillir les avis et inquiétudes de populations auxquelles on a encore trop parlé comme à un enfant. Qu’on n’instaure pas un pseudo clivage entre scientifiques et complotistes, qui ne profite à personne. Qu’on ne fasse pas de sensationnalisme à la moindre migraine ressentie par une personne vaccinée. Que l’on traite la formidable nouvelle qu’est l’apparition de vaccins comme il se doit, en toute transparence, sans relâcher les efforts, en menant en parallèle une politique de suppression, sans succomber au triomphalisme ou au complotisme. Qu’on supprime, tout de même, l’épidémie.

Que les amendes, impôt contre le prolétariat, cessent d’être infligées, car on sait très bien à qui la police s‘intéresse en priorité, et qu’il n’est pas la même chose de devoir payer 135 euros quand on est au RSA que lorsqu’on gagne 50.000 euros par an. Qu’on supprime définitivement l’attestation, inutile, qui empêche tout rapport de confiance envers les populations et les pouvoirs publics. Que la bourgeoisie, bien au chaud dans ses maisons de campagne, cesse de stigmatiser ceux qui bravent le confinement, mot qui n’a pas le même sens pour tous. Qu’elle prenne conscience, plus généralement,  du moment historique que nous traversons. 

 

Mao Zedong, Président de la République Populaire de Chine, aimait à dire “Sous le ciel, tout est en grand chaos. La situation est excellente”. Prenons-en de la graine.



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