COVID-19 : quel bilan tirer de la cacophonie des réponses politiques et sanitaires ?

Le 11 mars dernier, l’organisation mondiale de la santé (OMS) requalifiait la crise du COVID-19 de « pandémie ». La discordance entre les réponses apportées par les pays occidentaux et asiatiques, dresse aujourd’hui un tableau contrasté, entre les États dépassés par la situation, et ceux qui tirent leur épingle du jeu.

 

COVID 19 : évolution du nombre de mort aux Etats- Unis, en Italie, en Espagne, en France, au Royaume-Uni, en Chine, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan depuis le 22 Janvier, 24 Avril 2020 © Our World in Data d’après les données de European CDC – CC BY COVID 19 : évolution du nombre de mort aux Etats- Unis, en Italie, en Espagne, en France, au Royaume-Uni, en Chine, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan depuis le 22 Janvier, 24 Avril 2020 © Our World in Data d’après les données de European CDC – CC BY

           

En Asie du Sud-Est : l’anticipation et la rigueur paient

En réagissant très tôt aux avertissements de l’OMS, plusieurs pays d’Asie ont creusé l’écart avec leurs vis-à-vis occidentaux. Dans sa note d’avril 2020, l’Institut Montaigne compare les politiques occidentales avec celles de la Corée du Sud, de Taiwan, Singapour, Hong Kong, la Chine et le Japon.

 

 

COVID 19 : évolution du nombre de mort en Chine, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan depuis le 22 Janvier, 24 Avril 2020 © Our World in Data d’après les données de European CDC – CC BY COVID 19 : évolution du nombre de mort en Chine, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan depuis le 22 Janvier, 24 Avril 2020 © Our World in Data d’après les données de European CDC – CC BY

 

En Asie, la stricte quarantaine pour les personnes ayant eu des contacts avec des cas probables ou confirmés, couplée à un dépistage massif fait la différence, notamment aux frontières. Si la Corée du Sud est devenue un « modèle exemplaire » c’est parce qu’elle dispose « d’une capacité quotidienne de 20 000 tests ». En donnant la priorité au traquage du virus à travers la démultiplication des enquêtes épidémiologiques et un accès fluide aux tests de dépistage, le bilan actuel de morts du COVID-19 en Corée du Sud reste relativement bas avec 244 morts recensés.

De plus, l’autodiscipline de la population dans la distanciation sociale et le port du masque paye. Et, dans certains pays, la coercition est efficace. À Hong Kong, « une amende […] jusqu’à 641 dollars US (5000 HK$)  et un maximum de six mois de prison » sanctionne les contrevenants. Ces mesures désincitatives sont, sans aucun doute très sévères, mais elles font tout de même leurs preuves dans l'endiguement de la propagation du virus.

L'institut a fait remarqué que la possession d’un appareillage industriel autonome est aussi déterminante.  Le bilan de la Chine et du Japon, producteurs indépendants d’équipements médicaux : masques, respirateurs et kits de dépistage, démontre son efficacité. Cette relative indépendance leur permet d'ajuster leur production en fonction de l'évolution des situations internes.

Autoritaires ou démocratiques, les réponses de ces pays, parfois débattues comme pour le traçage numérique, font leurs preuves avec des bilans sanitaires relativement bas.  Sur 1,6 milliards d’habitants, seulement 105 000 cas sont confirmés et environ  5000 sont décédés (à noter que les chiffres officiels transmis par la Chine sont potentiellement incomplets).

 

En Occident : une gestion confuse et improvisée

Avec une population de seulement 780 millions d’habitants, les contaminations dans l’Union Européenne et aux États-Unis sont quinze fois plus élevées que dans les pays d’Asie analysés plus haut. Cette différence abyssale est sans doûte le symptôme d’une gestion tardive et désorganisée du combat contre la prolifération du virus.

 

 

COVID 19 : évolution du nombre de mort aux Etats- Unis, en Italie, en Espagne, en France, au Royaume-Uni, en Chine, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan depuis le 22 Janvier, 24 Avril 2020 © Our World in Data d’après les données de European CDC – CC BY COVID 19 : évolution du nombre de mort aux Etats- Unis, en Italie, en Espagne, en France, au Royaume-Uni, en Chine, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan depuis le 22 Janvier, 24 Avril 2020 © Our World in Data d’après les données de European CDC – CC BY

 

Les Etats-Unis, l’Italie, la France et l’Espagne sont les pays les plus touchés. Alors qu’au 24 janvier, l’Europe enregistrait trois cas (en France), il faut attendre le 8 mars pour appliquer des mesures de distanciation sociale et de quarantaine en Italie ; puis le 12 mars pour les premiers contrôles frontaliers. Pire en France, où le président Emmanuel Macron improvise un plan de confinement du jour au lendemain, le 17 mars.

Aux États-Unis, dès le 6 février, une Californienne décède du COVID-19. Toutefois, les premières mesures de confinement seront adoptées plus d’un mois après : le 19 mars en Californie, puis à New York le lendemain, suivis des autres États. 

Le manque de moyens a aussi été déterminant. Entre 2011 et 2018, « La Commission européenne a demandé 63 fois aux Etats de réduire les dépenses de santé » d’après Martin Schirdewa, eurodéputé. Malgré les aides européennes de « 37 milliards d'euros au titre de la politique de cohésion pour lutter contre la crise », des masques parfois périmés sont livrés aux médecins en France où plus de 6000 aides soignants sont contaminés.

Le manque de coopération entre les pays européens n'arrange pas les choses. Pour l’eurodéputé Raphaël Glucksmann « L’Union européenne n’existe pas encore ». En plus des stratégies sanitaires hétérogènes, certains pays de l’UE freinent les aides destinées aux pays européens les plus touchés : notamment l'Italie et l'Espagne. Les Pays-Bas, l'Allemagne ou encore l'Autriche jugent que les "coronabonds" qui consistent à mutualiser les dettes des pays en difficulté feraient plus de mal que de bien à l'économie européenne. Le principal argument qui pèse contre les pays qui demandent son application est la gestion laxiste de leurs budgets. 

À son tour, le 19 avril, Donald Trump a suspendu sa contribution aux fonds de l’OMS tout en l'accusant d'être responsable d'une mauvaise gestion de la crise. Son repli annonce une division politique qui risque de peser lourd sur la suite du combat contre la pandémie.

 

_______                                         

COVID 19 : nombre de morts confirmés dans le monde, pour un million de personnes, Our World in Data, mis en ligne le 22 Avril 2020, https://ourworldindata.org/grapher/total-covid-deaths-per-million (consulté le 24/04/20)

 

- Mathieu Duchâtel, François Godement, Viviana Zhu, « Covid-19 : l’Asie orientale face à la pandémie », Institut Montaigne, Note avril 2020, p20, p25, p26, p31.

 

COVID 19 : nombre total de mort liés au COVID-19(Chine, Japon, Corée du Sud, Singapour, Taiwan), Our World in Data, mis en ligne le 24 avril 2020, https://ourworldindata.org/coronavirus?country=CHN+TWN+KOR+SGP+JPN+HKG, (consulté le 24/04/20)

 

COVID 19 : nombre total de mort liés au COVID-19(USA, Italie, Espagne, France, Royaume-Uni, Chine, Japon, Corée du Sud, Singapour, Taiwan), Our World in Data, mis en ligne le 24 avril 2020, https://ourworldindata.org/coronavirus?country=CHN+TWN+KOR+SGP+JPN+HKG+FRA+USA+GBR+ITA+ESP , (consulté le 24/04/20)

 

- Agnès Faure, « Coronavirus : chronologie de la pandémie en Europe », Toute l’Europe, mis en ligne le 20 avril 2020, https://www.touteleurope.eu/actualite/coronavirus-chronologie-de-la-pandemie-en-europe.html (consulté le 24/04/20)

 

- Samuel Ravier-Regnat, « LA COMMISSION EUROPÉENNE A DEMANDÉ 63 FOIS AUX ÉTATS DE RÉDUIRE LES DÉPENSES DE SANTÉ » DÉNONCE L’EURODÉPUTÉ MARTIN SCHIRDEWAN », L’Humanité, mis en ligne le 2 avril 2020, https://www.humanite.fr/la-commission-europeenne-demande-63-fois-aux-etats-de-reduire-les-depenses-de-sante-denonce-687250 (consulté le 24/04/20)

 

- « Coronavirus : Des réponses économiques tardives, peu de concertation… L’échec de l’Europe sur la crise », 20 minutes,  mis en ligne le 12 mars 2020, https://www.20minutes.fr/politique/2738567-20200312-coronavirus-reponses-economiques-tardives-peu-concertation-echec-europe-crise (consulté le 24/04/20)

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.