Pistes de réflexions suite à des invectives entre monsieur Enthoven et madame Guien

Quelques références à une pensée en rapport avec des échanges d'invectives entre un certain monsieur Raphaël Enthoven et madame Jeanne Guien

Pour avoir écouté certaines de ces " morales de l'info " de Mr. Raphaël Enthoven (et accessoirement lu un pamphlet à son encontre https://blogs.mediapart.fr/jeanne-guien/blog/010618/je-nirai-pas-chez-enthoven,  ainsi que la contre attaque de ce dernier https://blogs.mediapart.fr/raphael-enthoven/blog/010618/jeanne-guien-n-aura-pas-lieu) , j'ai pu en retirer de jolis broderies illustrant des points de vue opposé au mien. C'est son point haut. Mais qui me rappelle que les philosophes/aristocrates ne devront jamais gouverner seuls.

 

« Le kantisme a les mains pures; par malheur, il n’a pas Le kantisme a les mains pures; par malheur, il n'a pas de mains.Victor-Marie, Comte Hugo (1910)Citations de Charles PéguyCharles Péguy » https://www.dico-citations.com/le-kantisme-a-les-mains-pures-par-malheur-il-n-a-pas-de-mains-p-guy-charles/

« La vérité est une immense verrière

 Tombée à terre éclatée en mille morceaux

Chacun se précipite, se penche

 Prend un éclat de verre qu’il brandit

Et dit « je tiens la vérité »

 

Ils se précipitent les uns sur les autres

Avec leur morceau de vérité en forme d’arme

Mais non !

Vous ne tenez qu’un morceau de vérité !

Il faudrait patiemment avec amour

Rassembler vos morceaux

Reconstituer la verrière

 Afin que de nouveau

Elle fasse chanter la lumière

 

 

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Jean Sulivan »

 Le bonheur des rebelles » https://lucialuz.wordpress.com/2010/07/01/la-verite/

 

Les morceaux de la verrière sont taillés en surin.

 

« Un remarquable Raphaël Enthoven qui explique d’abord qu’il est trop tôt pour prendre position, et qu’il y a une guerre des images de part et d’autre. Si Gaza a souffert du blocus israélien, il ne faudrait pas oublier les villages israéliens qui subissent les tirs de roquette palestiniens. Et quand Kouchner a dénoncé l’action israélienne, comme un « incident », il a réagi de façon trop hâtive. Enfin, lorsque Roland Dumas précise que le Hamas a été élu, Enthoven qui, quelques minutes plus tôt, s’indignait que Dumas renvoie les arguments d’autodéfense d’Élisabeth Lévy aux arguments de Hitler invoquant les Sudètes, lui réplique aussitôt : « Hitler aussi a été élu. » » http://www.acrimed.org/Raid-sanglant-de-l-armee-israelienne-informations-pointues-et-commentaires?recherche=.enthoven

Petite remarque être élu, ne signifie pas forcément que le processus ait été démocratique. https://www.arretsurimages.net/chroniques/arrets-sur-histoire/les-communistes-allemands-responsables-du-nazisme-allons-donc Il est expliqué que M. Adolf Hitler n'a jamais obtenu démocratiquement les pleins pouvoirs, qu'il ne l'aurait pas pu sans faire alliance.

« Le 7 décembre 2015, dans une chronique d’anthologie, Raphaël Enthoven avait déjà illustré la façon dont la philosophie peut nous aider à comprendre un phénomène social et à en analyser la complexité et les ressorts cachés. Le sujet du jour : l’abstention, ou plutôt les abstentionnistes. Enthoven commence par déplorer la coupable bienveillance dont on fait généralement preuve à leur égard. Grave erreur, nous dit le philosophe, car ce sont en réalité des «  fainéants et des ingrats », « des gagne-petit  » et « des malhonnêtes », qui « brandissent la nullité des politiques opportunément pour justifier leur flemme », des « irresponsables », des « enfants gâtés » et des «  snobs » qui ont « une tellement haute opinion de [leur] propre opinion » qu’ils auraient « l’impression de la souiller en la mêlant à la tourbe des autres ». En clair, «  leur comportement ne renseigne pas sur la nullité des élus, mais sur celle des électeurs ». Conclusion : « Abstention, piège à cons ». » http://www.acrimed.org/Raphael-Enthoven-ou-l-editocratie-a-coups-de?recherche=.enthoven

 

Et n'oublions pas le génial http://www.europe1.fr/emissions/la-morale-de-linfo/en-matiere-de-burkini-resister-cest-permettre-2828707

Où j'en arrive au même choix mais par la même logique. À noter que le vêtement tant décrié resemble au hidjab plutôt qu'à la burka.

«  Été 2016. La polémique autour du burkini fait rage, mais le sociologue Jean-Claude Kaufmann refuse de répondre aux médias car "la moindre analyse va être récupérée dans le sens du blanc ou dans le sens du noir". D’où sa frustration et son envie de comprendre. Deux idées anti-burkini se sont imposées : celle de l’ultra-droite, qui imagine une invasion (le "grand remplacement"), et celle de la gauche, qui voit dans le burkini un mauvais signe pour l’égalité hommes/femmes. Le mot burkini, mélange de burka et bikini, a été inventé par la styliste australienne et musulmane Aheda Zanetti et promu… par le gouvernement australien après les émeutes de Cronulla, dans la banlieue de Sydney, en 2005. Rien à voir avec un projet politique comme on l’a entendu en France l’été dernier.

[…]

Kaufmann explique : "les islamistes ne sont pas à l’aise avec la plage, et encore moins avec les femmes à la plage". Le burkini est donc très mal vu. En France, très peu de journalistes ont interrogé les femmes qui portent cette tenue (y compris le sociologue qui n’a pas mené d'enquête de terrain). Sur Youtube, la Marseillaise Asma Fares montre ses burkinis qui lui permettent de se baigner tout en respectant sa religion. Le sociologue rappelle que la France a été la risée de la presse étrangère après la bagarre de Sisco (Haute-Corse) mais aussi après la publication de photos de policiers armés verbalisant une femme sur la plage et lui demandant de se déshabiller. La plage est un espace d’expérimentation dans nos sociétés, assure Kaufmann, mais le burkini a heurté… ce qui a motivé des arrêtés de maires qui se sont lâchés. » https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/le-burkini-un-projet-politique-mais-on-a-tout-faux

 

« les abstentionnistes qui vont à la pèche quand Marine Le Pen est aux portes du pouvoir sont d’irresponsables feignasses (pour le moins)… Nul parti pris là-dedans ! Juste quelques banalités qui ne sont ni de droite, ni de gauche, mais (parfois, peut-être) de bon sens.  » https://blogs.mediapart.fr/raphael-enthoven/blog/010618/jeanne-guien-n-aura-pas-lieu

À cela on peur rappeler que la politique est affaire de rapport de force.

«

« Les abstentionnistes laissent les autres faire le sale boulot », ou l’anti-politique de l’isoloir

Assurément c’est l’argument qui tient la corde dans la chasse à l’abstentionniste : il se réjouira in petto que Le Pen ne passe pas mais pourra clamer post festum ne s’être « pas sali les mains ». Bref il se défausse du devoir de barrage sur les autres.

Un philosophe kantien qui passerait par-là ne manquerait pas d’évoquer l’impératif catégorique : une règle de comportement ne vaut comme maxime morale que si elle peut être universalisée. Or à l’évidence, l’abstentionniste escompte que les autres agiront différemment. Son choix individuel ne peut donc être converti en règle générale.

L’argument n’a pourtant rien d’irrésistible. D’abord parce qu’il s’agit ici de politique et non pas de morale. Or la politique n’est pas une affaire de maxime universalisable mais de conflits, donc de fragmentation et de rapports de force. Il est assez évident que l’argument de l’abstention ne s’adresse pas à tout le monde. Il ne fait sens (politique) que pour une fraction déterminée de l’électorat : de gauche, celle précisément qu’on tente de réduire à merci – au passage on observera que nul ne se met en peine d’obtenir des serments ou des abjurations de l’électorat filloniste, dont le taux probable de report sur le FN est pourtant le plus important et auquel on fout néanmoins une paix royale.

L’objection du free riding (« laisser les autres faire le sale boulot ») ne tiendrait que si la position abstentionniste se voulait universalisable. Mais, proposition politique adressée, elle n’y prétend en rien. C’est alors ici que s’éclaire du même coup une aporie fondamentale du vote.

Si Sartre déclarait l’élection « piège à cons », c’est parce qu’il voyait combien la politique, pratique fondamentalement collective, se trouve immanquablement dégradée quand elle se donne l’expression atomistique du vote. La politique se fait ensemble, le vote chacun par devers soi. Et l’on ne passe pas de l’un à l’autre sans solution de continuité. Mais la puissance de la politique comme activité collective est telle qu’elle cherche à toute force à réinvestir l’atomistique du vote : la pratique individuelle du « vote utile » ou les logiques spéculaires (c’est-à-dire le fait de stratégiser son propre vote en fonction du vote anticipé des autres) sont autant de tentatives de recréer de l’action coordonnée (donc du collectif) là où, par construction, n’existe aucune instance de coordination. De même, suggérer que l’abstentionniste « laisse les autres faire le sale boulot », c’est réintroduire subrepticement la grammaire de la coordination collective dans l’univers atomistique du vote, précisément agencé pour qu’elle en soit absente… c’est-à-dire objecter à un comportement individuel par un argument de logique collective dans un univers d’où cette logique est exclue et où, par le fait, les agents n’en ont aucun moyen. On peut le dire maintenant : c’est la même raison qui condamnait au statut de fiction l’idée de « faire élire Macron avec la plus décevante des marges ». Les deux idées sont d’ailleurs l’envers l’une de l’autre.

Le vote utile, comme symétriquement l’abstention stratégique, ce sont les tentatives désespérées d’un électeur de refaire de la politique (collective) dans l’univers anti-politique (atomistique) du vote – c’est-à-dire de faire face à l’absence d’instance coordinatrice… dans la situation où les aspirations individuelles à la coordination sont les plus impérieuses. Pas seulement parce que l’essence même de la politique, mutilée par le vote, c’est le collectif. Mais aussi parce que cette aspiration procède du désir de voir son vote accéder au seul moyen de peser : par inclusion dans une formation collective, quand, isolément, il n’est qu’une contribution infinitésimale, quasi-nulle, au résultat macroscopique. Chacun s’est dit au moins une fois que l’absence de son vote « n’aurait rien changé », et c’est vrai ! – quoique cet énoncé vrai au niveau individuel devienne faux par passage au niveau collectif, mais ça n’est là qu’un autre énoncé du problème même dont il est question ici.

Car en effet, pour peser vraiment, et contrebattre l’insignifiance qui frappe le vote individuel, il faudrait pouvoir trouver un lieu pré-électoral où se coordonner (à l’image, par exemple, des groupes à l’Assemblée nationale, qui coordonnent des votes collectifs, donc des votes qui pèsent). Mais précisément, pour l’électeur ordinaire, un tel lieu n’existe pas. A sa place, on a mis le fatal isoloir. Hors de toute possibilité d’action concertée ex ante, on ne sait qu’ex post si « on » a pesé et de combien – quoique en réalité ce « on » soit un pur artefact.

En tout cas, aussi bien le vote utile que l’abstention stratégique, comme également l’objection du free riding (« laisser faire le boulot… »), sont toutes rigoureusement équivalentes sous ce rapport : toutes expriment, sous des aspects différents, le même problème. Aussi celui qui veut dénigrer l’une depuis la position de l’autre est-il aussitôt frappé d’incohérence – et spécialement le moraliste : « laisser les autres faire le sale boulot », c’est l’injonction de se soumettre à une logique de la coordination que le vote exclut par construction. » https://blog.mondediplo.net/2017-05-03-De-la-prise-d-otages

 

 

 

 

 

 

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