Bénédicte Peyrol, VRP du macronisme

La députée LREM de Vichy poursuit droit devant, et à droite toute, ses tournées de promotion de la "start-up nation". Les votes, déclarations et silences ci-dessous compilés donnent une idée de l'inconscience du pouvoir en place et de l'ampleur de la catastrophe en cours.

Printemps-été 2019

Le 10 mars 2019, à l'occasion de la "restitution" de la contribution du parti présidentiel au "Grand débat", Bénédicte Peyrol twitte : « Pour une fiscalité qui RECONCILIE. » Il serait désormais question de réconcilier… Peut-être parce que, depuis l'été 2017, la politique fiscale du gouvernement qu’elle soutient a eu pour effet de fracturer le pays ?

Le 1er avril, Bénédicte Peyrol cite sur son compte twitter Alexandria Ocasio-Cortez, dont les mots de mars dernier (voir la vidéo ci-dessous) résonnent, au lendemain de la catastrophe de Rouen, avec une force toute particulière. Sur la liste des personnalités name-droppées par la députée de Vichy figurent aussi Hannah Arendt, Martin Luther King, Peter Sloterdijk ou encore Romain Gary. Surprise : nulle trace d’Antoine Pinay (qui faisait pourtant lui aussi de la traque de la dépense publique une priorité), ni de Friedrich von Hayek, le père du néolibéralisme, dont La Route de la servitude a « façonné et transformé la façon de voir le monde » du Premier ministre (il l’a encore rappelé le 5 mars dernier devant l’Autorité de la Concurrence).

"Quality of life issues", by AOC : South Bronx (NY), Flint (Michigan)... et Paris Centre (alentours de Notre-Dame), Rouen (Seine-Maritime)... et la Besbre (bassin de St-Priest-Laprugne)... et demain peut-être le Jolan (déchèterie de Leguègue-Cusset), Barrais-Bussolles (projet de porcherie géante)... © Chaîne youtube du Guardian

Au fil du printemps, on me rapporte à plusieurs reprises que Bénédicte Peyrol "se bouge" sur le dossier des mineurs isolés étrangers. Elle a pourtant voté la loi Asile et immigration de Gérard-“benchmarking” Collomb, qui a autorisé le fichage desdits mineurs isolés étrangers (lire notamment ici et ici). Ce printemps, dans le climat détestable installé par les autorités de ce département, je n’ai pourtant pas entendu Bénédicte Peyrol – ni d’ailleurs aucun.e autre personnalité bourbonnaise – rappeler publiquement, avec clarté et fermeté :

  • que ces jeunes relèvent du droit commun de la protection de l’enfance (ainsi que le rappelle par exemple La Gazette des Communes) ;
  • qu’il existe un principe de “présomption de minorité” (lire notamment ici) ;
  • que les actes d’état civil étrangers sont présumés authentiques (article 47 du Code civil) ;
  • que le principe d’égal accès à l’instruction (qui a valeur cons-ti-tu-tion-nelle, ainsi que l'a rappelé le Conseil d'Etat) est chaque jour bafoué dans l’Allier (lire ici, "thread n°2");
  • qu’un mineur ne peut faire l’objet d’une mesure d’éloignement (article L511-4 du CESEDA) ;
  • qu’entre cinquante et une centaine d’OQTF ont pourtant été délivrées pendant l’hiver 2018-2019 dans l’Allier à des jeunes dont la minorité avait été reconnue par le service compétent (lire ici et ici) ;
  • qu’un simple « avis défavorable » de la PAF, qui « ne conclut ni à l’illégalité ni au caractère frauduleux » des documents d’identité en question, n’était évidemment pas de nature à fonder en droit lesdites OQTF (cf. les conclusions d'arrêts rendus depuis le printemps par le TA de Clermont et la CAA de Lyon) ;
  • que, dans le cadre d’un apprentissage, les autorisations de travail sont de droit pour les jeunes mineurs en question (article L5221-5 du Code du travail) ;
  • que le passage de la majorité n’est pas de nature à constituer « une rupture du parcours », contrairement à ce que prétend (ici) la secrétaire générale de la préfecture (articles L311-3, L313-15 et L313-11-2e al. bis du CESEDA) ;
  • qu’il est troublant de constater qu’il est désormais nécessaire de pétitionner pour qu’une préfète se donne la peine de consulter la loi (lire ici et ici) ;
  • etc., etc., etc.

 © Alternatives Economiques (octobre 2019) © Alternatives Economiques (octobre 2019)

Le 24 avril, Bénédicte Peyrol déclare dans un entretien au quotidien La Montagne : « Je ne suis pas convaincue qu’un jeune qui sort de l’ENA et qui entre directement au Conseil d’État, ce soit une bonne chose. Il sera amené à prendre des décisions extrêmement fortes pour la collectivité France, mais ne sera jamais allé sur le terrain. » Bénédicte Peyrol, qui vote actuellement « des décisions extrêmement fortes pour la collectivité France », considère-t-elle quant à elle être allée sur ce fameux (et unique ?) « terrain » ? Et, si oui, le(s)quel(s) ? Considère-t-elle que son parcours, sa formation (droit fiscal) et ses expériences professionnelles furent tels, qu’ils l’autoriseraient à présenter sa vision du monde comme la seule qui puisse être ?

Podium à Gannat. © Compte twitter Bénédicte Peyrol (21.07.2019) Podium à Gannat. © Compte twitter Bénédicte Peyrol (21.07.2019)
 Le 20 juillet, Bénédicte Peyrol félicite les participants au Tour d’Auvergne cycliste en compagnie de la maire (LR) de Gannat, Véronique Pouzadoux. Les deux élues ne se quittent plus. Il faut dire qu’elles comptent un bon (et puissant) ami commun, en la personne du ministre du Budget Gérald Darmanin (un "goujat" pour son prédécesseur à Bercy, le d'ordinaire placide Christian Eckert : voir cette vidéo à partir de 20'50), qui fut, à la 25e heure du sarkozysme (1er semestre 2012) et avec Véronique Pouzadoux, le plus proche collaborateur d’un ministre nommé David Douillet. C'est le même Gérald Darmanin (ex-Jeunes RPR, ex-fondateur de l’antenne lilloise du club filloniste France.9, ex-homme de l’ombre du très droitier Christian Vanneste, aujourd’hui friand de « crise identitaire ») qui soutint dès le printemps 2017 (par l’intermédiaire de Madame Pouzadoux ?) la candidate LREM Bénédicte Peyrol, laquelle, si ma mémoire est bonne, se prétendait pourtant encore et de droite et de gauche.

L’obsession de la “création de valeur” pour les actionnaires et de la “réduction des dépenses publiques” pour tous les autres. © Capture d'écran du site du Figaro (17.07.2019). L’obsession de la “création de valeur” pour les actionnaires et de la “réduction des dépenses publiques” pour tous les autres. © Capture d'écran du site du Figaro (17.07.2019).

Le 23 juillet, Bénédicte Peyrol a voté pour le projet de loi « autorisant la ratification de l'accord économique et commercial global [dit "CETA"] entre l'Union européenne et ses États membres, d'une part, et le Canada, d'autre part, et de l'accord de partenariat stratégique entre l'Union européenne et ses États membres, d'une part, et le Canada, d'autre part ». Bénédicte Peyrol parle par ailleurs beaucoup de dérèglement climatique. J’en conclus que, pour Bénédicte Peyrol, de tels traités de libre-échange n’ont pas d’effet – en tout cas pas d’effets négatifs – sur le dérèglement climatique.

Le 15 août, Emmanuel Macron s’affiche à nouveau avec Nicolas Sarkozy, l’homme du « ministère de l’Identité nationale », l’homme qui fit entrer Patrick Buisson à l’Elysée, l’homme qui collectionne désormais les mises en examen (Bygmalion, Paul Bismuth…) et dont les liens avec feu le régime criminel libyen ne cessent plus d'interroger (lire notamment ce livre et ce livre). Bénédicte Peyrol n’a, à ma connaissance, pas fait de commentaires à ce sujet.

A la sortie de l’été, je constate que les « billets d’humeur » que j’avais découverts en mars dernier sont toujours en ligne sur le site de la députée. La lecture des deux derniers en date (signés en février 2019 et août 2018) me laisse de nouveau stupéfait. Chacun.e peut les lire (dans la rubrique « Tribune ») et se faire son opinion à leur sujet.

A suivre.

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