« Moi j’ai rien à voir / avec cette histoire »

Je n’ai rien à voir avec l’éditeur et écrivain Christian Giudicelli, ancien compagnon de voyage aux Philippines de Gabriel Matzneff. Je tiens à le préciser car il se trouve que mon père a noué ces dernières années d’étroites relations de travail avec M. Giudicelli et que j’ai travaillé par le passé dans la maison d’édition qu’il dirige toujours. Bref historique en forme de clarification.

Le titre de ce billet est tiré du titre « Autre espèce », de Disiz La Peste, paru en 2017 sur son (excellent) album Pacifique [1]. Extrait : « Je n’ai rien à voir avec eux, rien à voir avec vous, rien à faire avec eux, rien à faire avec vous / Appelle-moi comme tu veux, ça me va d’être fou / Moi j’ai rien à voir, avec cette histoire, j’étais même pas là, j’étais dans l’espace / Moi j’ai rien à voir avec cette histoire, avec ces types-là, je suis d’une autre espèce. »

« Autre espèce », de Disiz La Peste, sur l'album "Pacifique" (2017) © DisizOfficialVEVO

Je n’ai rien à voir avec l’éditeur et écrivain Christian Giudicelli, intime de Gabriel Matzneff depuis plusieurs décennies, qu’il présente dans son dernier livre comme son « très fidèle complice » [2]. Je tiens à le préciser car il se trouve que M. Giudicelli a récemment publié un ouvrage aux éditions Bleu autour, qu’a fondées et que dirige toujours mon père ; qu’il a préfacé deux autres livres aux mêmes éditions ; qu’il a aussi édité le premier livre de ma sœur (dans la collection qu’il dirige chez Gallimard) ; et qu’il est encore juré du seul prix littéraire de la ville où je réside. Etant "cerné", je souhaite clarifier.

Bref historique (2016-2020)

En mai 2016, M. Giudicelli, lauréat (en 1982) et juré du prix Valery-Larbaud, préface la réédition (« illustrée et commentée ») de Allen, de Valery Larbaud. Extrait du dernier paragraphe de ladite préface : « Maintenant à Saint-Pourçain-sur-Sioule, il existe un éditeur, très cosmopolite lui aussi (publiant notamment de remarquables œuvres turques), nommé Patrice Rötig. »

 © Editions Bleu autour © Editions Bleu autour

En mai 2018 paraît aux éditions Bleu autour, dans la collection Céladon, Juvenilia, de Christian Giudicelli, recueil de quatre écrits de jeunesse [3]. La couverture de l’ouvrage est ornée d’un dessin de Claude Verdier (1932-1997), qui fut le compagnon de M. Giudicelli (« la personne que j’aimais le plus au monde » [4]). L’image (« © Christian Giudicelli », est-il précisé) orne actuellement la page d’accueil du site des éditions Bleu autour.

En octobre 2018 paraît chez Gallimard Cargo, le premier livre de Marianne Rötig [5], dans la collection « Le sentiment géographique » que dirige depuis 2010 M. Giudicelli. Jusqu’en 2008, M. Giudicelli avait dirigé aux éditions du Rocher la collection « La fantaisie du voyageur », qui était née en octobre 1998 avec les parutions concomitantes de Boulevard Saint-Germain, de Gabriel Matzneff, et de Fragments tunisiens, de Christian Giudicelli [6].

En novembre 2018, l’une des « trois joies de l'automne » de Gabriel Matzneff dans sa chronique du Point [7] est la parution d’un nouveau titre de la collection Céladon « de l’éditeur de province » Bleu autour, par une autrice dont le précédent livre avait paru… dans la collection de M. Giudicelli. L’éditeur, qui s’en était d’abord enorgueilli, ne fait plus mention de ladite critique sur son site.

En octobre 2019 paraît Autre part, « livre d’artiste » de Luc Baptiste, avec une préface de M. Giudicelli. L’ouvrage fait bientôt l’objet d’une critique de Jérôme Garcin, patron du service Culture de L’Obs et juré (comme M. Giudicelli) du prix Renaudot [8] ; depuis leur création en 1997, le journaliste n’avait à ma connaissance jamais fait mention d’aucun titre paru aux éditions Bleu autour.

Les 11 et 12 février 2020 paraissent successivement les articles du New York Times (« Un écrivain pédophile ‒ et l’élite française ‒ sur le banc des accusés », par Norimitsu Onishi) et de Mediapart (« Affaire Matzneff : un éditeur de Gallimard lui aussi dans le viseur de la justice », par Fabrice Arfi et Marine Turchi). Extrait du premier des deux articles : « Son ami Christian Giudicelli, un écrivain maintes fois primé qui avait accepté de cacher chez lui [dans les années 1980] des lettres et les photos de Mme Springora qui étaient compromettantes pour M. Matzneff, relate [ce dernier]. »

© cavousf5

Dans les jours suivants, je lis les deux derniers ouvrages de M. Giudicelli parus chez Gallimard : La Planète Nemausa (janvier 2016) et Les Spectres joyeux (mars 2019). Dans le premier, je lis page 72 : « Mon cher Gabriel Matzneff [:] Eight o four dans certains de mes livres alors que je suis Eight one one dans les siens. » Norimitsu Onishi a précisé que 804 et 811 correspondaient aux « numéros des chambres que [les deux hommes] occupaient lors de leur premier séjour au Tropicana Hotel, à Manille ».

Le 7 mars prochain, le prix Valery-Larbaud sera remis à Vichy, pour la cinquième année consécutive, à un auteur Gallimard. Il se trouve que le président du jury et M. Giudicelli sont des piliers du comité de lecture de cette maison d’édition et qu’à ma connaissance, un seul des douze jurés n’a aucun lien avec la maison de l’ancienne rue Sébastien-Bottin.

Pages 68-69 du n°1196 du magazine “Marianne” (14-20 février 2020). Pages 68-69 du n°1196 du magazine “Marianne” (14-20 février 2020).

Bleu autour et moi

J’ai été salarié de la SARL Bleu autour du 13.10.2005 au 31.08.2011. J’ai cédé les titres que je possédais de la société le 31.03.2012.

Je n’ai plus de relations avec Patrice Rötig depuis mon départ de la société en 2011. Je n’ai jamais rencontré Christian Giudicelli, dont je n’avais jamais entendu parler avant 2018. « Je n’ai [donc] rien à voir avec ces [deux] types-là », pour reprendre Disiz, et je refuse d’être, d’une façon ou d’une autre, associé à eux. 


  • [1] Je recommande aussi le suivant, Disizilla (2018).
  • [2] Les Spectres joyeux, collection Blanche, éd. Gallimard, mars 2019, p. 21.
  • [3] A chacune de mes tentatives, le livre m’est tombé des mains.
  • [4] Les Spectres joyeux, p. 20.
  • [5] Le livre de ma sœur a reçu plutôt bon accueil dans la presse, par exemple dans Les Inrockuptibles.
  • [6] Cf. les catalogues des librairies en ligne (voir par exemple ici).
  • [7] Chronique que M. Matzneff a tenue sur le site de l’hebdomadaire à partir d’octobre 2014 (et jusqu’à décembre 2019) « grâce à Jérôme Béglé » : lire « Gabriel Matzneff : questions sur un prix Renaudot », par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin (Le Monde, 6.01.2020). En mars 2016, M. Béglé a signé dans Le Point un article titré : « Christian Giudicelli, nouvelle idole des lettres ! »
  • [8] Le prix Renaudot essais a été décerné en 2013 à Gabriel Matzneff (pour Séraphin, c’est la fin !) et, en 2019, à Eric Neuhoff (pour (Très) cher cinéma français ; lire notamment ici et ici).

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