La grande purge aura-t-elle lieu?

Alors que nous sommes sûrement à un moment décisif de la crise du coronavirus, le temps du bilan est encore pour plus tard. Cette semaine de grosses sommes d'argent ont été évoquées pour soutenir l'économie, ce qui rappelle bien évidemment la crise de 2008. Mais tachons cette fois-ci de tous ensemble faire preuve de la plus grande vigilance alors que chaque heure compte maintenant pour mille.

La situation actuelle est quasiment irréelle. Depuis environ la mi-janvier 2020, c'est à dire 2 mois, nous sommes au courant de l’épidémie de coronavirus qui a touché en premier la Chine. Certains expatriés, notre ambassade et les mieux informés le sont sûrement depuis la fin du mois de décembre 2019. Début février nous regardions la construction soudaine des 2 hôpitaux d’urgence de Wuhan avec un œil étonné, en nous demandant même parfois si ce n’était pas juste un coup de communication de la part du gouvernement central Chinois. Ironie du sort, notre armée construit maintenant un hôpital de campagne dans le Grand-Est. Puis nous découvrions semaine après semaine les images d’une Chine à l’arrêt. Nos grands médias nous tenaient régulièrement au courant de ce qui s’y passait, avec quelques coupures lors de la mise en place du confinement strict. Des coupures dans les chaines d’approvisionnement étaient évoquées, avec un début de remise en cause de la mondialisation sous se forme actuelle. A cette occasion on a d’ailleurs aussi appris que les entreprises qui y sont les plus exposées sont pleinement conscientes des risques d’approvisionnement lointain depuis l’épidémie de SRAS de 2002. Les marchés financiers et bourses mondiales mirent longtemps à intégrer la nouvelle, avec une dynamique haussière qui mis un certain temps à s’estomper, avant de maintenant plonger. À la fin janvier, sachant tout cela, déjà un conseil Européen d’urgence, le fameux conseil scientifique mis en place chez nous il y a quelques semaines seulement, aurait du être organisé afin, si ce n’est pas de prendre de décision, d’au moins évoquer le sujet pour le faire passer tout en haut de la liste de priorité que chacun d’entre nous se fixe. Chacun se fixe des priorités, dans le cadre d’une activité professionnelle ou de la vie privée, du citoyen dit « lambda » aux plus hauts responsables politiques. Lorsque nous sommes éventuellement matraqués de message publicitaires auxquels nous devons faire face chaque jour, dans les transports, les médias écris et filmés, sur les lieux d’achats, nos responsables, eux, ont l’attention et le temps occupé par les différents groupes d’intérêts, les fameux lobbys. Il y a 50 jours, notre armée, notre intelligence et le secteur médical, ont, j'imagine, sûrement alertés le pouvoir en place. C’est en tout cas ce que la ministre de la santé parachutée à Paris lors de la campagne des municipales a affirmé au journal Le Monde ce week-end. En sachant tout cela, les frontières aurait peut-être pu être fermées plus tôt, en concertation avec de reste des pays Européens bien évidemment. Rien ne sert de se prendre ses précautions et de se transformer en fourmi lorsque son voisin fait encore la cigale. Un autre pays, pourtant plus proche de la Chine géographiquement, la Corée du Sud, a adopté une autre stratégie, celle du dépistage massif parmi la population, le tout sans confinement, qui semble fonctionner. La Chine a adopté la stratégie du confinement, et nous nous dirigeons nous aussi vers celui-ci, au moins pour l’instant. Mais cet arrêt total de la société a un coup économique dans nos sociétés capitalistes, puisque pendant ce temps là, les Hommes, et avec eux l’argent, ne circulent plus. Les marchés financiers et les places boursières accusent le coup, et aussi bien évidemment les petites et moyennes entreprises, dont l’activité a souvent été rendu possible au prix d’un emprunt d’argent qu’il faut rembourser. La Chine a pu se permettre un confinement d’une province de plusieurs dizaines de millions d’habitants et d’autres grandes villes car sont économie est encore dirigée par un pouvoir central fort. Ce n’est pas le cas du monde dit « occidental ».

Mais le but de ce récit n’est pas de refaire le match, ou bien de jetter la pierre sur quiconque par rapport à ce qui est déjà arrivé, le temps du bilan viendra plus tard, mais plutôt de tenter de me mêler, comme un simple citoyen de 2020, de ce qui se passera demain. Un traitement devrait sûrement voir le jour bientôt, notamment celui à la chloroquine qui semble prometteur et peu onéreux. Car même si tout le monde s’excite d’un vaccin dont on imagine les retombées économiques qu’il puisse représenter, seul un traitement permettrait de revenir à une situation "normale" et à une levée du confinement. Mais en attendant nous nous dirigeons vers ce confinement dont personne ne sait combien de temps il pourrait durer. N’importe qui comprend plus ou moins la manière dont fonctionne notre économie sait qu’un arrêt de notre société peut avoir des conséquences lourdes s’il n’est pas organisé, encadré et planifié. Soudainement, en en surprenant plus d’un, l’un des dirigeants les plus libéral d’Europe, le président de notre pays la France, a été frappé par l’éclair et a affirmé l’importance de l’Etat, alors même qu’il n’a jamais cessé depuis son arrivée dans les cercles les plus proches du pouvoir de le détricoter au profit du secteur privé. Mais passons pour l’instant, car l’heure est de la plus haute importance. Ce même président a affirmé lundi que l’Etat allait employer tous les moyens nécessaires, quoi qu’il en coûte d’après ses termes, pour soutenir nos entreprises. Quelle bonne nouvelle! Mais nous ne sommes plus en 2008, au temps où une crise financière majeure a été une opportunité sans précédent de transférer la dette du secteur privé vers le secteur public. Nous sommes maintenant en 2020, avec ses réseaux sociaux, ses youtubeurs, mais surtout ces médias indépendants, dont bien évidement Médiapart fait partie, entre autres. Ces médias absolument libre face à aux puissances d’argent qui contrôlent toute pensée critique et toute remise en cause du système économique. Et puis, en 2020, il y a aussi eu des citoyens qui sont descendus dans la rue, ont occupé des ronds-points, se sont mis en grève aussi pour certains, l’une des plus longues de l’histoire moderne. Donc cette fois-ci, nous serons vigilants, certes avec des moyens qui ne sont pas les votre, mais encore plus vigilants car déjà prévenus et bien échaudés. Plus de 10 ans sont passés depuis la dernière entourloupe. Nous avons appris, voyagé, expérimenté, observé, discuté, ressassé, pensé, etc. Cette fois-ci la masse, éduquée, informée et hétérogène, vous observe, vous, les responsables politiques qui pensez êtres en capacité de diriger. Vous, nos serviteurs, payés par notre argent, celui de nos impôts, que vous souhaitiez il y a encore peu diminuer avant le tout récent incendie. Car un plan d’aide a été évoqué, de plus de 300 milliards au niveau national, et 750 milliards à l'échelle de l'Europe. Chez nos lointains cousins outre-atlantique, ce sont plus de 1000 milliards déjà mis sur la table. Mais cette fois-ci nous sommes au courant qu’une grande partie de l’économie, celle qui constitue la sphère financière, celle qui essaye d’aspirer tous les profits vers elle, est basée sur du vent. Du vide. Sur rien. Fugazi. Un grand maître du cinéma nous l’a soufflé à l’oreille il y a quelques années. Maintenant, on sait tout. Des personnes très sérieuses évoquent même le mécanisme dit de « Ponzi » pour décrire notre économie. N’ayons pas peur des mots pour parler d’une fraude, d’une escroquerie, encore légale dans certains Etats du monde dit "développé". On sait tout, on vous a à l’œil, et on se rappellera bien de tout vos faits et gestes. Peut-être même des plus courageux, il en est encore temps, malgré toutes vos casseroles et vos impostures récentes. C’est donc assez simple: les milliards mis sur la table pour s’assurer que nos entreprises ne mettent pas la clef sous la porte, doivent uniquement soutenir l’économie réelle, de la restauration, au tourisme et l'industrie, en passant par l’aviation, l'alimentation, et j'en passe. Certaines autres pouvoirs économiques prendront sûrement leurs responsabilités en acceptant de perdre un peu de leur rente. Vous leur expliquerez, car vous les connaissez bien assez. Par contre, tout le reste, lié à de la spéculation, tout ce qui enrichit un peu plus ceux qui ont déjà beaucoup, grace à de l’argent qui rapporte de l’argent, qui rapporte de l’argent, qui rapporte de l’argent, et qui ne représente plus rien de matériel depuis la fin de l'étalon-or, toute cette mascarade, doit s’effondrer et cesser, pour de bon. Ca va souffler fort et il faudra tenir bon, mais il semble que le temps de la purge de tout ce qui n’est pas fondamentalement saint soit arrivé, une bonne fois pour toute. Autrement le jour d’après sera exactement comme celui d’avant. Ou même bien pire, il risque même de ne pas être. Car nous sommes maintenant en 2020, et nous savons quasiment tout.

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