Le Défenseur. Sur un air de Boris VIAN

"Aujourd'hui je refais ainsi la définition de la révolution : une grande lumière mise au service d'une grande justice."*

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Monsieur le Président

je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps.
Je viens de recevoir
Le projet budgétaire
qui laisse dans sa misère
La justice des prétoires.

Monsieur le Président
Je ne peux plus me taire,
N’étant pas auxiliaire
Pour trahir mon serment. 

C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
On va vous assigner.

Depuis bien des années,
Je vois juges et greffières
Statuer dans la misère
Et pleurer mes clients.
Pour tous les justiciables,
Années de procédures,
Jusqu’à l’inacceptable,
Creusent encore les blessures. 

Et combien de confrères,
Dont on a volé l’âme,
Ont dû baisser les armes
Et cesser de plaider.
Demain de bon matin,
L’huissier à votre porte,
Pour tracer le chemin
D’une justice digne et forte.
Je plaiderai toute ma vie
Sur les routes de France
De Lyon jusqu’à Coutances.
Dirai à la justice
Il nous faut réagir
Refuser de nous taire,
De vous voir dépérir,
Plaidons notre colère.
Il nous faut être vaillants,
Et défendre les nôtres,
Le droit a ses apôtres.

Monsieur le Président,
Il faut nous écouter,
La justice on affame,
Nos maux se feront lames,
Car nous allons plaider.

Sofia SOULA-MICHAL.

Illustration de Louis TANDONNET, avocat au barreau de BORDEAUX.

*Victor HUGO

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