Covidou 31 teste le masque

Le 26 avril de cette année de malheur, j’ai évoqué dans un billet comment ma chatte rebaptisée Covidou 31 me gâchait la vie à loisir, profitant de l’actuelle folie humaine pour en rajouter une couche

Le 26 avril de cette année de malheur, j’ai évoqué dans un billet comment ma chatte rebaptisée Covidou 31 me gâchait la vie à loisir, profitant de l’actuelle folie humaine pour en rajouter une couche, surtout de nuit sitôt que des rêves lubriques m’assaillent. J’y peux rien, c’est pas moi qui commande. Bon, j’avais triché, inventant un soi-disant Marcel, un voisin propriétaire de Covidou 31. Il n’y a pas de Marcel dans mon village ou plutôt, Marcel, c’est moi, même si je me nomme Sokolo. Vous suivez ?

Figurez-vous que le masque obligatoire frappe toute la contrée. Le gouvernement dit blanc les jours pairs et noir les jours restants du calendrier. C’est la nouvelle mode. Le maire à qui ont a refilé la patate chaude peut à sa guise décider de qui se trimballe avec cet attirail, où et quand. Ça suscite des vocations, le penchant autoritaire de l’espèce humaine n’est jamais planqué loin et pas besoin de saupoudrer de nitrate pour qu’il se développe la nuit suivante. Aussi, ce fut tout un tintouin pour dégotter un masque pour Covidou 31 à cause de son nez en trompette. J’avoue, c’est ma première chatte avec un organe de cette forme mais, à la longue, je lui trouve du charme. C’est peu commun.

Toujours est-il, un masque adaptable… c’est introuvable. Tous sont identiques quand les humains se distinguent, si l’on néglige la silhouette, par l’infinie variété des visages, qui séduisent ou font fuir, chacun ayant son baromètre à soi. Chez les félins de même. Je sais l’inutilité, l’escroquerie qui consiste à refiler ce truc inutile devrais-je dire, à respirer avec cet accoutrement, imaginant qu’un virus respecterait un sens interdit de cette sorte, et c’est de suite ce que m’opposa Couvidou 31 quand je me suis approché d’elle, masquant, et oui, les élastiques pour ne point l’effrayer. Mais il se trouve , n’ayant pas la télévision de malheur qui sévit dans presque tous les foyer, ces clusters à décerveler, que ma chatte guette les informations à la radio… Et là, elle m’assène un cours de physique. D’après ses dires, la plupart des êtres vivants ont l’impératif besoin et de se nourrir par la bouche et par le nez, bien que pour accéder aux poumons ces deux organes servent d'une même façon de route à l’oxygène, grâce à une bifurcation. Elle ajoute qu’il est plus judicieux de respirer sans interruption que d’avaler nourriture et boissons. Cesse de manger, de boire et  de respirer de concert, ajoute-t-elle levant le ton, tant elle s’insurge que personne sur terre n’avance cet argument, au moins sur France-Inter et France-Culture, radios qu’elle m’impose n’aimant pas les niaiseries et goûtant guère la publicité envahissante sur la première. Ce qui l’exaspère, ce sont les interventions inopinées de la propagande pro-masque, pro-gestes barrière alors qu’elle considère que les humains devraient plus se garder de ceux qui les entourloupent à chaque élection. Je me demande parfois si elle n’a pas puisé un bouquin de Bakounine dans ma bibliothèque. Avec elle, on ne sait jamais, un tantinet sournoise. Elle embraye de nouveau sur les masques, infatigable, fastidieuse même… Si on a des difficultés pour respirer avec de tels engins, d’après elle, c’est que l’air, fluide fournissant l’oxygène, indispensable à la vie, et là Couvidou 31 prend son maître pour une andouille, l’air donc, fluide insiste-t-elle comme une maîtresse d’école à lunettes, aspiré se dirigera na-tu-re-lle- ment martèle-t-elle ( je sais c’est pas beau à l’oreille) en postillonnant, dans une direction où la résistance sera moindre. Et elle achève dans un accès de jouissance que je ne lui soupçonnais pas, étant opérée dès le plus jeune âge, le virus maudit se faufilerait par les bords flottants et non au travers d'un tissu non adhésif aux creux et bosses de chacun des visages sur lesquels on les cloque.

J’avoue mon impuissance à opposer quelque raison pour mettre à terre son discours. Vient le temps de l'expérimentation, elle enfile son bidule, coince les élastiques derrière ses oreilles.  Regarde, hurle-t-elle en plein désespoir, plaquant ses deux pattes avant et collant au plus près cette saloperie.  Je tente de respirer au travers!!! Ça, elle multiplie les efforts, ternit dans la seconde les yeux hors de tout, tangue, puis s’écroule. Ses pattes en l’air libèrent le masque détendu sur son nez en trompette, ses poumons se dilatent à mon soulagement, et elle murmure dans un dernier souffle : tu vois, on arrive pas à respirer, on veut nous tuer…

Faut pas la prendre au sérieux, elle exagère toujours.

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