Les deux pieds, les deux mains, les deux yeux, Monsieur...

  • 18 janv. 2019
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Ils ne sont pas djihadistes, ne connaissent de la Syrie que les images d’une guerre qui ne nous concerne pas mais qui défilent sur les écrans, ils n’ont déposé nulle part une bombe, n’ont nulle part arrosé des innocents avec des armes de guerre, n’ont poignardé personne et pourtant quelqu’un a donné l’ordre de leur tirer dessus

Ils ne sont pas djihadistes, ne connaissent de la Syrie que les images d’une guerre qui ne nous concerne pas mais qui défilent sur les écrans, ils n’ont déposé nulle part une bombe, n’ont nulle part arrosé des innocents avec des armes de guerre, n’ont poignardé personne et pourtant quelqu’un a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des armes jusqu’alors utilisées uniquement dans des dictatures. Notre pays n’est pas une dictature, ne l’était pas encore, mais l’une de ces armes, interdite, est toujours utilisée jusqu’à épuisement des stocks comme pour les soldes, comme ce fut le cas pour les mines anti-personnelles, et nous n’étions pas à l’époque non plus dans une dictature, seulement chez vous Monsieur, ceux qui se succèdent au Palais, Les affaires sont les affaires comme disait  Octave Mirbeau que vous ne perdez sans doute pas votre temps à lire, le business passe avant tout, qu’importe la piétaille, les victimes, innocentes, comme aujourd’hui, l’avenir de ces jeunes aux yeux tristes lorsqu’une caméra les surprend. Ils sont jeunes Monsieur, pour la plupart, et pensent à quoi derrière ces regards flous qui mettent mal à l’aise ? Êtes-vous mal à l’aise, Monsieur ?... De votre Palais et drapé de votre morgue, entendez-vous les cris de leurs regards perdus ? Imaginez-vous les jours, les années, les décennies qu’un tir dans une rue qui les aura atteints sur ordre de fermeté, un peu par hasard, pourquoi eux, pourquoi ces jours, ces années, ces décennies ne seront pas ceux auxquels ils avaient droit à la naissance, se servir de leurs deux pieds, de leurs deux mains, de leurs deux yeux, si le droit a encore un sens au Palais. Pourquoi ? Vous leur avez ôté définitivement ce droit, Monsieur, un caprice sans doute, le spectre de cette multitude vous conduisant à réquisitionner cet hélicoptère qui patientait un samedi dans les jardins du Palais prêt à favoriser votre fuite. Vous avez eu peur, Monsieur, de ces jeunes aux mains nues à qui vous avez ôté le droit de se servir de leurs deux pieds, de leurs deux mains, leurs deux yeux. Et vous avez, Monsieur, vos deux pieds, vos deux mains, vos deux yeux, et continuerez sans doute à pérorer. Votre monde est bien conçu et vous êtes en place pour le perpétuer conformément aux ordres… ce que l’histoire retiendra, les pieds, les mains, les yeux. Quel dommage que vous ne sachiez pas pleurer.

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