vocabulaire de campagne

«Vivement que la campagne présidentielle reprenne!», me disais-je la semaine dernière… Je n’en pouvais plus d’entendre ces mêmes mots «juif», «arabe», «terroriste», assénés du matin au soir, 10, 20, 30, -que dis-je?- 100 fois par jour au bas mot sur toutes les chaînes de radio et télévision.

«Vivement que la campagne présidentielle reprenne!», me disais-je la semaine dernière… Je n’en pouvais plus d’entendre ces mêmes mots «juif», «arabe», «terroriste», assénés du matin au soir, 10, 20, 30, -que dis-je?- 100 fois par jour au bas mot sur toutes les chaînes de radio et télévision. Impossible d’y échapper : ce meurtre raciste justifie de suspendre la campagne, nous dit-on. Et si Mohamed Merah n’avait été qu’un jeune schizophrène ? Je me souviens que mon frère, lors d’une légère crise provoquée par la prise de stupéfiants, se voyait menacé par des hordes de pédophiles nazis…Pas besoin d’être raciste pour convoquer les vieilles peurs de l’inconscient collectif ! Et plus besoin d’être musulman pour que la peur du juif s’invite à la table !...Parce que nos media – sous contrôle de notre cher gouvernement « démocratique » -se chargent de raviver, d’alimenter, de décupler même, ces vieilles peurs ancestrales. Le peuple n’est plus analphabète, qu’à cela ne tienne ! Allons-y de la façon la plus sournoise, rebondissons à pieds joints sur les faits divers, montrons comme ces juifs sont différents, comme ces arabes sont agressifs… C’est tellement pratique !

Après 1945, on a du faire preuve de retenue pendant de longues décennies, on ne prononçait plus le mot juif. Tout au plus, quand il le fallait vraiment, disait-on « israélite », en prenant précaution de ne faire d’amalgame avec « israélien » (ils avaient la côte en ce temps-là…).

Et puis voilà que d’un bouc-émissaire, on  a pu revenir directement à deux : les juifs et les musulmans ! En plus ils se tapent dessus à l’autre bout du monde : trop facile…

Prenez l’affaire qui a couvert –au sens propre- le démarrage de la campagne : la viande hallal. Partie d’un reportage d’envoyé spécial qui dénonçait simplement l’absence de traçabilité de la part des abattoirs auprès des consommateurs…Avez-vous entendu une seule fois le mot « traçabilité » ou le mot « législation » sur une chaîne de radio ou de télé pendant les quinze jours où l’on nous a asséné qu’il y avait  « scandale » ? Et combien de fois avez-vous entendu les mots « hallal » et «  musulman » ? Je n’ai pas de logiciel d’analyse sémantique sous la main mais je serai curieuse de voir le résultat.

Alors c’était quoi finalement ce scandale ? Ben, la faute aux musulmans, bien sûr, puisqu’ils sont partout ! Et celui de Toulouse ? vous avez le choix : la faute aux terroristes en puissance que sont tous les jeunes musulmans sans travail ou bien, ….celle des juifs… ! Ben oui, comme a dit ma collègue institutrice le jour de la minute de silence obligatoire : « Ils ne se gênent pas, eux, pour tuer des enfants à Gaza ! ». Parce que si on nous avait avoué qu’une balle française a forcément déjà tué un petit afghan, ça nous aurait soulagé de la mort des soldats de Montauban ?...Et si le tueur d’Oslo avait été daltonien, il n’y aurait pas à s’étonner qu’on massacre des petits daltoniens à l’autre bout du monde, alors !

Je vous en veux, M. Sarkosy. Je vous en veux d’avoir rendu ma collègue aussi bête et de l’avoir obligée à dire des mots horribles - et bien racistes- devant des enfants.

Je vous en veux de nous rendre tous idiots et paranoïaques et je ne vois pas quelle gloire vous pourrez trouver à régner sur un peuple imbécile.

D’ailleurs, je n’attends plus rien de cette campagne qui n’a toujours pas repris : l’actualité des juifs pratiquants à été remplacée par celle du juif « proxénète »…Tiens, une nouvelle définition ! Si le fait de participer à une partie fine avec des call-girls est du proxénétisme, j’en ai croisé un paquet de petits patrons « proxénètes », malheureuse invitée parmi leurs clients distributeurs de téléphones mobiles au Club de l’Etoile…(Rassurez-vous, j’ai vite changé de métier et oublié vos noms encore plus vite…et puis si vous n'êtes ni juif ni socialiste, vous n'avez rien à craindre). Ecoeurants !

Bref, je comprends maintenant pourquoi j’ai envie de vomir chaque fois que j’allume ma radio !

A quoi bon continuer à l’allumer ? aucune belle phrase, aucun slogan, rien qui mérite d’être retenu, ni même écouté…Point de « Yes we can », exit le « président du pouvoir d’achat », adieu «force tranquille » , aucun sujet de fond, oubliés les mots « finance », « emploi », « création », « investissement »… et « solidarité » ? : surtout pas ! Même dans la bouche de la gauche, ce mot-là est devenu le plus dangereux entre tous. Sur ce point là aussi, nous avons rattrapé notre retard avec les Etats-Unis…

Voilà une petite leçon de vocabulaire que je vais éviter de faire à mes élèves…C’est pas seulement la lettre A que nous avons perdu, c’est tout le dictionnaire ! Et ne me dites pas, M.Sarkosy, que tout cela est la faute des media. On sait bien que vous êtes derrière.

Vivement que la campagne présidentielle se termine !

 

Sophie Bernat

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