Gabon: Le naufrage d’un « universitaire » qui s’en prend à un ministre

Le site info241.com a encore fait des siennes en publiant un papier délirant et raciste, sous couvert de hauteur académique, contre Lee White cette fois. Ses maladresses révèlent une inaptitude à trouver de quoi reprocher aux gestions du membre du gouvernement. Développer une argumentation critique constructive pour le Gabon requiert un minimum d’honnêteté et de compétence...

Marc Mvé Bekale, un « universitaire et essayiste », a pris pour cible le « monsieur nature et environnement d’Ali Bongo », dans le journal numérique Info 241. Lee White est accusé de « néo-colonialisme » et de « négationnisme », rien de moins. Son crime, ses délits ? Etre né britannique et avoir la peau blanche, si l’on comprend bien le média en ligne et son polémiste. Le hic, c’est qu’à aucun moment, ils reviennent sur le parcours et les mesures prises par leur homme cible dans le cadre de ses fonctions publiques. Ce qui pourrait expliquer sa légitimité et, indirectement, confirmer l’incapacité pour l’opposition de proposer mieux pour s’occuper des richesses naturelles du Gabon.

Ledit ministre a pendant dix ans dirigé l’Agence nationale des parcs nationaux du pays. Sa nomination au gouvernement ne tient pas de l’envoutement des Bongo, comme l’insinue Marc Mvé Bekale. Elle tient de la compétence et de l’expérience de ce docteur en zoologie, point ! Se draper de références littéraires comme le fait son détracteur n’empêche pas d’éviter le ridicule de sa démonstration, bien au contraire.

Le papier dudit « maître de conférences » qui a officié à l’Université de Reims commence avec un « célèbre poème raciste » exaltant la colonisation. Il s’agit d’une œuvre justement controversée de Rudyard Kipling, « Le fardeau de l’homme blanc » (ou « The white man's burden » en version originale). Tiens, tiens, quand on google ce nom, on tombe immédiatement sur un autre article publié par dans un blog de Mediapart, en 2017. Son auteur est… Marc Mvé Bekale. Manque d’originalité et fixation monomaniaque sur l’ode de sept strophes publiée en 1899 ?

Mais passons, car il y a plus grave. Ledit critique acharné de Lee White choisit de citer cette injonction de l’écrivain britannique, par ailleurs célébrissime pour son « Livre de la jungle » : « Envoie au loin le meilleur de ta race ». Il s’agit du deuxième vers du poème s’adressant aux Occidentaux pour aller conquérir les terres d’autres peuples ; notamment aux Américains qui venaient d’occuper les Philippines. Mais en anglais, cela donne « Send forth the best ye breed », c’est-à-dire « Envoie le meilleur de ta descendance » pour être plus correct. Quelle crédibilité accorder à un soi-disant distingué universitaire qui n’a pas la nuance des mots ?

Mais peu importe pour Marc Mvé Bekale. Cela le booste pour multiplier les anathèmes contre Lee White, un « Européen [qui] acquiert un espace de pouvoir en Afrique par le soutien aveugle à la chefferie dictatoriale locale ». On lit aussi, à propos des Africains, « soumission à l’homme blanc, lequel nous astreignit à l’esclavage, puis aux travaux forcés ». Voilà pour le « néo-colonialisme ».

Le « négationnisme » est un terme utilisé par Info 241 en introduction, on ne sait pas trop pourquoi, mais c’est vrai que le polémiste y fait allusion. Parce que Lee White « perpétue l’idéologie de négation de ‘l’homme africain’», comme le conclue son article ? C’est ridicule, concernant un homme qui a embrassé la nationalité gabonaise après avoir passé beaucoup de temps aussi en Ouganda, en Sierra Leone ou au Nigeria.

Autre explication possible de l’emploi de « négationnisme » : car dans une interview récente de la BBC, le ministre de l’environnement a réfuté le terme de « dictature » pour qualifier « le régime liberticide de la dynastie des Bongo » ? C’est doublement grotesque, tout d’abord parce que le journal en ligne où Marc Mvé Bekale s’exprime ne pourrait pas opérer s’il n’y avait pas de liberté au Gabon. En outre, le « négationnisme » est un concept qui s’applique au déni de crimes de masse, comme le massacre des Tutsis en 1994 au Rwanda. Qui a vu ça, de Libreville à Tchibanga et de Franceville à Oyem ?

La diatribe publiée par Infos 241 ironise aussi sur Lee White et des supposées « mesures de gestion de la faune et de la flore peu respectueuses des traditions et des modes de vie des populations gabonaises ». Mais l’auteur de telles lignes n’a visiblement pas de quoi étayer ces accusations aussi gratuites que le fait de traiter le chef de l’état d’imposteur… Et puis quid des contrepropositions à formuler pour gérer mieux le pays depuis la France, où il semble résider ? Rien de tout cela !

Dans son « point de vue », l’universitaire gabono-rémois se réfère aussi au « Discours sur l’Afrique » prononcé par Victor Hugo en 1879, vingt ans avant le poème de Rudyard Kipling. « Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde, » a déclaré l’auteur des Misérables. Certes, il s’est fait l’apôtre de la colonisation, mais avec un appel que Marc Mvé Bekale se garde bien de citer. Victor Hugo a en effet ajouté : « non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce; non pour la bataille, mais pour l’industrie; non pour la conquête, mais pour la fraternité ». Cette supplique a été applaudie par Victor Schœlcher notamment, à qui l’on doit l’abolition de l’esclavage en France.

Il en est de même avec ledit poème anglais. Rudyard Kipling intime aussi à l'homme blanc de contribuer à lutter contre la maladie et la famine dans les terres colonisées. Mais c’est probablement trop difficile, quand on est motivé par la morgue et l’ignorance crasse des contextes historiques de l’époque, de montrer un minimum de finesse et de justesse. Une chose est sûre, Marc Mvé Bekale, par son hémiplégie intellectuelle et ses approximations, a moins de légitimité pour écrire sur la situation au Gabon que Lee White pour protéger et valoriser ses ressources naturelles au sein du gouvernement. La lourdeur de ses attaques pseudo-académiques ad-hominem en sont la preuve.

 

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