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Billet de blog 27 sept. 2019

Gabon : une presse qui gagnerait à être plus constructive

A l’heure où le pays d’Afrique centrale est salué dans le monde entier pour ses efforts contre la déforestation, des journaux se perdent dans des pathétiques attaques non fondées contre des hommes qui agissent pour leurs concitoyens. Les Gabonais méritent mieux, comme sources d’information.

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Charles-Maurice de Talleyrand, le diplomate napoléonien, est l’auteur d’une phrase qui a de quoi clouer le bec à une bonne partie de la presse gabonaise : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. » Ces mots très sages me sont constamment revenus à la tête en cette derniere semaine de septembre 2019, en parcourant deux hebdomadaires « d’informations » de notre bonne ville de Libreville. Les deux ont pris pour cible le Directeur de Cabinet du Président de la République, Brice Laccruche Alihanga, au moment où il finit sa tournée dans les provinces de l’hinterland gabonais… et où notre pays est mis en vedette du sommet climatique mondial.

« Echos du Nord » a lancé une première salve lundi en publiant une page une énorme, tant par la grandeur de la photo que du titre, « Tout sauf BLA ! », en grosses lettres. C'est du n'importe quoi. Pas besoin d’explications, ce numéro était une opération destinée à remettre en cause le travail du dircab, sans jamais apporter le moindre élément concret. Dans un texte couvrant toute la page 3, on essaye de nous faire croire qu’une « majorité silencieuse » du « Gabon réel » lui est hostile. En fait, il suffisait de se mêler à la foule sur place, de la Nyanga a l’Ogooué-Lolo, pour constater l’inverse.

Pour ne pas employer les méthodes hémiplégiques de cet hebdomadaire, je vais nonobstant lui reconnaitre un mérite. Il n’a pas sorti à ses lecteurs les arguments racistes habituels de certains opposants, disqualifiant BLA par principe, en se référant à sa couleur de peau. Cela étant, ledit journal fait à ce dernier un procès en légitimité, alors que c’est bien au nom du président qu’il a multiplié les rencontres sur le terrain. Les « Echos » n’avancent pas le début de commencement d’élément concret sur ce en quoi « l’idole de ces ‘messieurs et dames’ » peut avoir un rôle néfaste pour le pays. Notez au passage une reconnaissance voilée du succès de ces déplacements auprès de la population, qu’elle ait été composée de notables ou pas.

Le journal qui parait les lundi publie aussi un long papier révélateur. Placé à côté d’un éditorial dénonçant un « braquage à ciel ouvert de la République », il y dresse une liste de « fake news » qui ont pu marquer le Gabon ou le monde entier ces derniers temps. Il y a notamment l’infox consistant à faire encore passer les Fang pour des cannibales, ou bien les rumeurs sur les origines non américaines de Barack Obama. Par sa mise en page, « Echos » suggère que BLA est une « fake news » en soi, sans le préciser. La ficelle est un peu grosse.

« La Loupe » va plus loin dans l’excès qui aurait fait rigoler Talleyrand, en parlant carrément de « terreur » dans sa Une de mardi. Son éditorial fustige sans jamais donner le moindre exemple, là encore, « la violence, la cruauté et la barbarie dans l’exercice du pouvoir » en Afrique. L’image du DirCab est associée à celles de Mobutu et d’autres dirigeants ou hauts-fonctionnaires du continent « qui ont tué, torturé, humilié leurs propres compatriotes » dans le passé. Grotesque, ridicule ! Qui peut imaginer que BLA puisse faire partie de cette catégorie de leaders politiques ? Mais « La Loupe » avance une preuve, photo a l’appui : lors de son passage par Koulamoutou, le collaborateur du président « a arboré un tee-shirt avec l’image d’un chien enragé ». C'est du journalisme d’investigation ?

Pendant ces « débats oiseux », dont les « Echos » semble s’inquiéter tout en les alimentant, la terre tourne. Le Gabon se trouve même aux premières loges pour qu’elle respire mieux. Des médias internationaux comme CNN l’annoncent aussi, « urbi et orbi ». Notre pays va recevoir une aide historique de la Norvège contre la déforestation, à hauteur de 150 millions de dollars. Jamais en Afrique on a fait autant pour valoriser de tels efforts, au moment où se tient à New York le sommet Action climat. Jamais des opérations d’une si grande ampleur en faveur du « Gabon vert » n’ont été entreprises dans le pays.

Comme quoi, les instances internationales ne semblent pas éprouver un sentiment de « terreur » vis-à-vis des dirigeants gabonais actuels. Mais « La Loupe » a tourné cette annonce majeure en occasion pour douter de la crédibilité de Lee White, le ministre des Forêts et de l’environnement, signataire de l’accord en représentation d’Ali Bongo. Les arguments sont aussi convaincants que ceux du tee-shirt canin, car il se base sur deux tweets d’un écologiste et d’un économiste. Un peu trop léger.

Décidemment, « tout sauf ça », j’ai envie de répondre à ces médias malveillants, qui au mieux gaspillent leur énergie en cherchant la petite bête. « Il y a des montagnes qui accouchent d'une souris, et d'autres qui accouchent d'un volcan », disait aussi Talleyrand. Ces journaux font partie de la première catégorie, malheureusement. S’ils veulent fustiger des ministres ou BLA, qu’ils le fassent mais sans faire perdre du temps (et 600 FCFA) a leurs lecteurs avec des premières pages provocantes, fondées sur le kongossa de maquis. Le Gabon a droit à des journalistes critiques mais constructifs, aussi.

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