Assumés Insoumis

Nous sommes des humanistes. Et pour une fois, nous avons cru que cela deviendrait la priorité de la République française. Nous ne méritons pas d'être traités ainsi.

Détestés Insoumis

Les 15 jours du second tour de la présidentielle 2017 ont été d’une extrême violence. Nous avons été jetés dans l’opprobre. Une semaine après l’élection, c’est toujours le cas. Insoumis ou non, nous sommes devenus des pro-FN, des complotistes, des rageux, des gens dangereux.

 Nous avons seulement réagi aux incohérences flagrantes du système politique et médiatique qui s’est opposé à nous. Nous n’avons rien choisi de cela. Avant le premier tour, il n'y a pas eu une seule intervention de la Fi sans qu'il soit question de Poutine, Castro, du Vénézuéla et autres sujets de décrédibilisation. Seul Ruquier a invité Mélenchon en toute impartialité, une seule et unique fois avec une certaine bienveillance même. Le reste n'a été que mascarade. Sans compter les écarts énormes de temps de parole annoncés par le CSA après l'élection. Au second tour, nous sommes carrément devenus les suppots du nationalisme extrème, nazi.

Agir contre le FN, une priorité trois jours après l'élection ?

Pendant cinq années supplémentaires le traitement médiatique du FN fut complaisant, invitations hebdomadaires des cadres du parti, contagion de leurs petites phrases et réactions à chaud après chaque événement. Mais suite au premier tour, le FN est subitement devenu totalement infréquentable, antirépublicain, voire même fasciste.

Une chose est sûre désormais. Puisque le FN est à ce point un danger pour notre société, notre démocratie, notre République, nous interpellons les pouvoirs médiatiques, judiciaires et politiques pour entreprendre dès aujourd’hui un travail de destitution de ce parti.

Seulement, j’ai dès ce jour de gros doutes. Ce mercredi qui suit le dimanche de l’élection, la presse fait les gros titres, télévision et radio confondues autour d’une scène de peopolisation politique : le changement de carrière de Marion Maréchal Le Pen. Je ne comprends pas, il y a une semaine, le FN était une bande de nazis en puissance. Comment est-ce possible d’être aussi vite revenu à un traitement léger ? Le FN fait-il parti de la République et de son fonctionnement normal ? Il faudrait savoir et se positionner dès aujourd’hui. Nous ne lâcherons pas ce point.

Pour nous, énoncer vouloir s’opposer à EM, un mouvement aux antipodes de nos combats, interpeller la place publique pour demander comment faire pour ne pas devenir des adhérents d’EM en votant contre le FN a été incompris. Nous qui vivons pour beaucoup au sein de bulles légèrement à gauche, et qui avons été pris d’un sursaut de vie démocratique, d'espoir et d’humanisme, étions tous à la limite de nous retrouver reniés, conspués par nos amis, familles et collègues.

Alors non, ce ne sont pas les Insoumis qui ont contribué à faire grimper le FN. Absolument pas, c’est même l’inverse. Nous avons un discours. Nous ne voulons pas faire un « barrage » à 7 millions de personnes. Cette démarche est antirépublicaine, antidémocratique, antihumaniste. Qu’importe leurs opinions à cet instant, leur peur de l’étranger, leur peur de la mondialisation, nous voulons les convaincre, les emmener avec nous dans une vision positive, une proposition concrète d’  « Avenir en commun ». C'est un travail que les Insoumis ont opéré à grande échelle sur le terrain pendant cinq ans. Nous avons été les seuls à le faire.

Les médias tirent-t-ils vraiment les leçons ?

Depuis 15 ans, il s’agit de « tirer les leçons » de la victoire du Front National. Cela a-t-il déjà été fait ? Médiatiquement ? Politiquement ? Le terrorisme islamique est la cristallisation de la xénophobie en 2017. Les électeurs FN d’aujourd’hui sont ceux qui en ont peur. Les terroristes, aussi, sont des enfants de la République, ils viennent de nos quartiers, nos campagnes, pourquoi ont-ils pris ce chemin ?

A-t-on vu des émissions de débat, à heures de grande écoute animées par des intervenants qui soient autres que des grands intellectuels palabrant après minuit ? A-t-on laissé le temps aux musulmans de France, mais aussi aux chrétiens, mais aussi aux athées, mais aussi aux juifs de parler ensemble en prime time ? Nos voisins, nos amis, les membres de notre famille sont des gens modérés. Il suffirait peut-être que l’on multiplie ces discussions, que tout le monde puisse les comprendre, les écouter, leur répondre pour faire évoluer les mentalités, casser les bulles d’appartenance.

Education populaire et front anti-média

Nous sommes pour la culture, l’intelligence, l’éducation populaire, nous voulons compter sur une presse libre. Nous mènerons nous-mêmes nos enquêtes, nous diffuserons s’il le faut nous même nos résultats, nous matraquerons médiatiquement par nos propres moyens aussi. Sans rentrer dans aucun détail, les médias ont transformé la France en deux camps, ceux qui par confort collaborent, puis les autres, plus de la moitié qui sont subitement devenus défiants, des « complotistes » pour la simple et bonne raison, qu’ils remettent en cause l’impartialité de la presse en général. 

Seulement, des électeurs FN jusqu’à l’électorat de Fillon, la rumeur se propage. Que Fillon ait fait ou non ce qu’on lui reproche, son rapport au pouvoir était de toute façon immoral. Le problème n’est pas là. Si celui-ci et son électorat sont restés la tête haute tout au long de la campagne, c’est qu’ils étaient persuadés de l’injustice dont ils étaient frappés. Et pour cause, il n’est pas le seul à agir comme cela dans l’hémicycle et ailleurs. Et puis il a quand même été premier ministre, croyez-vous que personne n’était au courant ? L’injustice pour lui réside dans le fait que cette affaire tombe pile après avoir remporté les primaires. Et ce bon timing nous rappelle, le Sofitel de DSK, la candidature de Ségolène Royal plébiscitée par les médias quand elle-même ne la souhaitait pas, une campagne pour Sarkozy ressemblant en tous traits avec la promotion de Bienvenue chez les Chtis. Six mois avant, les médias affirment qu’il fera autant d’entrée que Titanic. Ah bon, Pourquoi ? Sa qualité, ses acteurs, son scénario ? Les médias ont fait de même avec Macron.

Nous retrouver

Nous sommes des humanistes. Et pour une fois, nous avons cru que cela deviendrait la priorité de la République française. Nous ne méritons pas d’être traités comme cela. Nous ne nous sommes pas jetés dans le combat à l’aveugle, sans raison, ni pour le spectacle, ni pour nous offrir un passe-temps, ni pour nous façonner une image. Nous savons pourquoi nous nous battons, ce en quoi nous croyons.

Aujourd’hui, à l’orée des législatives, la division semble au rendez-vous. Nous ne devons pas céder à cela ! Qu’importe les autres partis, les autres mouvements, les candidatures citoyennes, nous devons discuter avec tout le monde et nous accorder sur les idées, les valeurs, sur le fond. Si nous sommes Insoumis, c’est que nous voulons dépasser cette vision ancienne de la politique, des couleurs, des drapeaux, des partis, des mouvements descendants. Nous sommes en mesure, en tant que groupes de citoyens, de reconnaitre nos alliés, dès lors qu’ils partagent nos idées et nos projets. Face au nouveau président, à son mouvement et aux valeurs qu’ils incarnent, il ne nous sera pas difficile de savoir répliquer…

Travailler pour quoi ? pour qui ?

Nous sommes anti-libéraux. Nous n’aimons pas cette liberté-là. La liberté de l’individualisme, sauvage, celle de la jungle, de la loi du plus fort. De l’OPA carnassière à la cruelle délocalisation, de l’explosion des substances cancérigènes à l’accumulation des déchets. L’homme s’est dressé contre cette nature, la République a énoncé la liberté, elle se résume ainsi et pour toujours : « Ma liberté commence là où s’arrête celle des autres. »

Loi travail et Loi Macron, c’est la libération de l’entreprise et son autorisation à demander au salarié de travailler les week-ends, les jours fériés et d’effectuer des heures supplémentaires sans contrepartie. C’est tout bonnement une liberté qui empiète sur l’autre. Par la force de la crise, quel employé, salarié, ouvrier, profession intermédiaire osera refuser ? Il vendra encore un peu plus de son temps de vie pour si peu.

D’ailleurs, nous ne voulons plus travailler sans but. Nous jetons à la poubelle chaque année près d’un quart de ce que nous produisons en aliments. Nous remplissons des décharges à ciel ouvert, grandes comme des villes, de composants électroniques. Déchets provenant de nos appareils que nous consommons avec frénésie grâce à l’obsolescence programmée. Nous vendons des services qui deviennent de plus en plus futiles et inutiles. En marche la croissance ! 

Mais pourquoi donc ? Nous produisons cent fois trop de produits, en plus de cela, les robots et les ordinateurs peuvent désormais nous remplacer en grande partie. C’est illogique de vouloir trainer des humains à travailler encore plus, encore plus dur pour encore moins d’argent, de pouvoir d’achat, de pouvoir de vie. 

Les seuls services pour lesquels il faudrait que tout le monde travaille sont ceux qui ne rapportent pas, ceux qui ne feront jamais marcher la croissance, et qui ne devront jamais avoir à le faire : santé, éducation, médias, transports, gestion du territoire, organisation de la fraternité au sens large. 

On ne peut donc, à notre sens, ménager la chèvre et le chou. Vouloir la croissance, déréguler les économies, donner le pouvoir aux grands groupes ne peut forcément pas aller dans ce sens. Et c’est pourtant ce qui se fera pendant cinq ans, pas seulement en France d’ailleurs. 

Avoir le soutien du président acteur qui dirigea cinq années les Etats-Unis n’est en aucune manière une force. Le pays de la libéralisation, est celui des inégalités les plus fortes, des violences quotidiennes les plus extrêmes, de l’abêtissement d’une population développée la plus emblématique. Ils ne sont pas des exemples à suivre.

100% écologie !

Nous sommes écologistes. Cela fait combien d’années que nous sommes juste des moqués dans cette société, des dames aux lunettes vertes et des barbus trainassant au rayon bio. Pourtant le combat anti-nucléaire date des années 1950, les écologistes de la planète consacrent toute leur vie depuis plus de 50 ans à tenter de convaincre, et puisque c’est peine perdue, à agir de leur côté.

Pour une fois, il n’était plus question de nous renvoyer à nos décisions personnelles, à notre culpabilité. Choisir au quotidien ses modes de déplacement, son alimentation, son habitat, son mode d’existence au détail près est quasimment infaisable à l'échelle d'un citoyen ou d'une famille. Vouloir approcher le 100% écologiste demanderait de travailler à ce sujet à plein temps. Et puis, après voir dit cela, je n'irai pas démanteler tout seul une centrale. Nous avons besoin de l’Etat pour nous aider. Cela a failli être possible aussi.      

Nous allons nous battre. Et contrairement au mensonge d’En Marche persuadé que la politique ne se composera plus de blocs ou d’opposition, mais que tout le monde sera finalement du même avis, nous nous positionnerons. Em et Fi sont aujourd’hui les blocs modernes de la droite et de la gauche : libéral / antilibéral, croissance / décroissance, CETA, TAFTA, Fermes aux milles vaches, nucléaire / 100% écologie, efficacité / harmonie, alliance américaine / indépendance pour la paix, etc …

Nous finirons par gagner. Le plus dur sera pour nous de rester unis alors que nous sommes insultés et invités à nous diviser de mille manières.

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