Amilcar

1 

Lundi 7h30 du matin.

Le réveil sonne, il est temps de quitter le lit pour aborder une nouvelle semaine de travail, temps de se raser la barbe chose qui l'agace plus que son job.
Alité, sa main gauche émerge discrètement de la couette cherchant à « snoozer » le réveil qui émet un son rasant. Il la passe au dessus de la table de nuit, sur les côtés, touche le réveil sans réussir à l'éteindre. La repasse encore une fois et hop il fait tomber une bouteille de Celtia 1. Il ôte brusquement la couette, quitte son lit, prend la direction des toilettes pour ramener une serviette.

Accroupi, il s'est mis à nettoyer le carrelage : Il n'est pas question de laisser la bière sécher. Mis à part l'odeur nauséabonde qui va le hanter, la persistance d'une tâche jaunâtre serait une source de conflit avec le propriétaire des lieux.

2

La tête chauve, une longue barbe rosie de henné et un gros ventre dépassant ses orteils, c'est comme ça qu'on reconnaît Am Essadek 2.

Am Essadek est un réac, conservateur, qui, au lendemain de la révolution n'a pas hésité à imposer le voile à sa fillette de 10 ans, couvrir sa femme de burka, laisser pousser sa barbe et raser sa moustache signant son appartenance au courant salafiste.
Sa djellaba grise, ne le quitte que le jour où sa femme fait linge et ménage : Le vendredi, jour de la grande prière

Le vendredi est un jour sacré qui lui est cher : Hanté de spiritualité il prend un hammam, sort le plus beau de ses habits et met du musc. Ce rituel est d'ailleurs  derrière sa bonne humeur, et si l’on veut demander un service à Am Essadek c'est un vendredi qu'on doit le faire!

3                                                    

Il tire un caleçon de l’armoire, se dirige vers la cuisine afin de régler la température de l’eau .

Il ouvre le mélangeur, tape de sa main gauche le chauffe bain.

L’évier étant rempli de verres aux couleurs pourpres et d'assiettes sales, où sont collés les restes d'amuse gueule.

Il faut faire la vaisselle ! Mais pas tout de suite, se débarrasser de cette maudite gueule de bois étant sa priorité ! Deux comprimés d'antalgique et une demi bouteille d'eau n'ont pas suffit…

4

Quelqu’un sonne à la porte…

Il se précipite de régler son nœud de cravate, prend sa valise et met du parfum : Une bouteille de 75 ml offerte par son ex, achetée pour quelques dizaines d'euro pas loin de Barcelone.
À travers l'œil magique, il aperçoit un homme barbu.
- Pitié! Pas toi!

Il ouvre la porte, la claque tout en se mettant devant. Il n'est pas question que Am Essadek aperçoive la maison dans cet état: Vaisselle pas faite, salle de bain inondée et salon paré de bouteilles de vins et de bières.
- Bonjour Am Essadek, comment allez-vous?
- Tu sais bien pourquoi je suis là fiston! Cela fait deux mois que tu n'as pas payé le loyer et je t’ai pas connu mauvais payeur !
- Je passerai vous donner un chèque ce soir Am Essadek, pour les deux mois passés et le mois à venir, comme ça on est quitte!
- D’accord fiston, mais il faut que je jette un coup d'oeil à la maison!
- Je suis désolé Am Essadek mais là je suis pressé, je suis déjà en retard et ça ne va pas plaire à mon boss ! Que serai-je sans travail Am Essadek ?

5

- Salut beau gosse! Ce n’est pas trop tôt hein? Fidèle à tes habitudes, tous les lundis tu nous fais ça toi, la réunion a été décalée à cause de toi !
- Salut toi! Pitié il n'est pas temps de reproches là!
- Faudra que tu trouves une excuse à avancer au boss!

Brune, aux yeux bleus, une coupe de cheveux carrée, cela fait des mois qu'elle essaye de conquérir son cœur. À chaque fois qu'elle le croise, elle sort ses atouts, son regard revolver, son large sourire gingivale.

Mais en vain ! Lui il a la tête ailleurs, le fantôme de son ex le hante...

6

Des cheveux teints en noir camouflant des racines grises, une cravate défaite reposant sur une chemise en rayures. Il tient de sa main droite une vapoteuse, de sa main gauche baladeuse, il passe d’un clic d'une photo à une autre contemplant les filles qu'il a réussi à avoir sur Facebook : Lui c'est le boss et il est en pleine crise de cinquantaine.

Soudain, une voix qui ne lui est pas étrange le perturbe. D'un geste brusque, il ferme son laptop et se met à fumer à petites aspirations, tout en fixant un regard dans le vide.
- Bonjour boss, je suis désolé pour le retard. Mais comme vous le savez nous sommes lundi et les bouchons s'étalent sur des kilomètres! 
- Alors toi, écoute-moi ! Nous habitons tous loin d'ici, il est lundi pour nous aussi, mais on arrive à l’heure. Il est question de ponctualité et de discipline. Certes tes ventes sont en hausse, mais cela  ne justifie en rien tes retards.
- Vous avez raison, je ferai plus attention.
- Va chercher le data show, la réunion commence dans quelques minutes.

"Va chercher, va chercher, je ne suis pas ton chien voyons ! Tout ce qui t'intéresse c'est la courbe exponentielle des ventes ! C'est orgasmique pour un impuissant comme toi" chuchotant, il quitte le bureau du patron.

7

La gueule de bois le hante…

À la réunion, toujours le même constat : Des courbes sinusoïdales pour quelques uns, en plateau pour d’autres et exponentielle pour lui.

Lumière éteintes, un spectre grisâtre atteint à peine le fond de la salle. Toutes les conditions sont réunies pour qu'il continue son sommeil.

Le timbre des voix le berce, il s'est assoupi.

Un coup de pied interrompt son rêve : On a fini, tu peux te réveiller là!

- Tu peux être un peu plus douce et raffinée toi?
- Ok fils à papa, mais là on doit quitter!
Ensemble, ils empruntèrent le couloir, lui la tête ailleurs, elle, le fixe d'un regard malicieux mais plein d'amour.
Dans l'ascenseur, il l’évita du regard tout en fixant le plafond.
- Tu connais la chanson '' En apesanteur" de Calogero? demanda-t-elle
- Non je ne connais pas, j'écoute du Barbara…

Arrivés au sous-sol, ils se séparent.

Elle monte dans sa voiture, jette son sac et claque violemment la porte.

Elle éclate en sanglots: Mais pourquoi il m'évite? Suis-je moche? Tous les mecs me courent après, mais lui qu'est ce qu'il a lui?

Le parfum de sa collègue de travail l'a perturbé : Le même que mettait son ex !

Il démarre sa voiture, un son s'élève du poste : "Face à la mer j'aurais dû grandir, face contre terre j'aurais pu mourir, je me relève je prends mon dernier rêve». Et oui il connaît Calogero, mais il a voulu éviter cette discussion avec elle, il ne veut pas et il n'a pas la tête pour une conversation stérile selon lui. Lui dire qu'il préfère "Face à la mer " plutôt que " En apesanteur" n’est pas constructif en soi, toujours selon lui!

8

- Deux bières s'il te plait et un peu de tapas! Tu me gaves avec tes olives et tes carottes!
Calme et souriant, le barman lui ramène des bretzels et du pop-corn.
- Bof, merci quand même ! Répliqua-t-il.

Puis il se tourna vers son ami de toujours.

- Alors quoi de neuf de ton coté? L'accouchement, ta femme et le petit chou?
- Ouais, nickel! Elle s'en est bien remise, c’est un peu compliqué une césarienne !
- Tant mieux, content pour vous! Et pour le nom?
- Kenza! 
- Joli prénom, en vogue ces derniers temps !
- Merci, sinon toi, c'est pour quand ? As-tu trouvé l'âme sœur, celle qui partagera ta vie, ton lit, qui ramassera tes bières ?
-  Tu sais bien que je n’aime pas aborder ce sujet poto, et arrête de réduire les femmes au ménage.
- Mais je suis féministe, demande à Faurest ! Un peu d'humour ne fera de mal à personne!
- Mouais c'est ça ! Fais à manger pour ta femme, elle allaite et elle en a besoin.
- Je suis féministe certes, mais nul en cuisine !  Ma belle mère s'en occupe, elle est venu en conquistador conquérir cuisine, salon et chambre d'invités!
-C'est le genre de choses que je hais dans l'institution du mariage!
-Qu'est que tu viens de dire là?
-Rien,  oublie.

9

L'ascenseur est en panne.

Il prend les escaliers, en chantant à voix basse " The man who sold the world" de Bowie.

À chaque étage il s’accorde une petite escale pour reprendre ses souffles et compenser sa dette d’oxygène au camp de base : Atteindre le K2 est loin d'être son rêve !

Une vingtaine de minutes plus tard, il atteint le toit de l'immeuble : Six étages étant pénibles pour un ivrogne.

Il cherche dans son blouson les clés de l’appartement, ouvre la porte, se déshabille et allume sa smart tv.
-Quel film pour ce soir? Ah tiens espèce d'alcoolique! On va partir sur '' le parrain’’ pour dormir sur les paroles sages de Don Corleone.

Ah Vito, si tu savais combien je t’admire ! J’ai  même utilisé ta fameuse réplique « je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser »lors d'un entretien! Mais écoute je ne suis pas d'accord là où tu dis « un homme qui ne passe du temps avec sa famille n'est pas vraiment un homme», enfin ça ne sert à rien la famille, c'est de la merde comme disait Depardieu!  Tu sais que la famille occupe une place importante chez les méditerranéens mais pas pour moi ! Que faire des oncles, tantes, cousins et cousines, et bah rien du tout ! A part le fait de se voir occasionnellement quand il est question de mariages, funérailles…Mais bon là je vais être sage, dormir comme un gentil petit écolier, mais pas dans ma chambre, ce soir ça sera le salon ! Allez tout le monde le salon ! Le salon ! Le salon !

10

Il se réveille de bonne heure, prend sa douche et prépare son sac.

Pas grandes choses à y mettre: Des  sous vêtements, une trousse de toilette, un jean et un pull.

Cela faisait des lustres qu’il n’a pas visité ses parents. Passer un week-end avec eux lui fera du bien…Et il en a besoin.
Besoin de se ressourcer auprès de son père, plus qu’un père un ami, sa source d’inspiration, sa référence pour toujours ! Besoin de dormir auprès de sa mère, elle qui lui caressait les cheveux jusqu’à ce qu’il dormait. Elle qui l’a élevé, éduqué et surtout appris à prendre ses responsabilités depuis son jeune age.

11

Il arrête un taxi, éteint la cigarette et prend le soin d’enrouler le mégot dans un mouchoir, qu’il met par la suite dans sa poche.

- Bonjour jeune homme, vous allez où ?
- A la gare place Barcelone s’il vous plait monsieur.
- Bon écoute fiston, je vais te déposer près du ministère de l’intérieur, il n’est pas question que je perde du temps dans les bouchons.
- Faites comme vous voulez monsieur.

Un silence s’installe, le chauffeur allume le poste radio.

Les news sont au menu, des brèves pour rappeler de la crise que traverse le pays : Des menaces terroristes, une courbe de chômage qui continue sa progression et une impasse politique qui handicape le parti au pouvoir.

- Que Dieu bénisse la Tunisie mon fils ! Maudite de révolution !
Il l’ignore, contemple le paysage urbain, les grues en mouvement érigées pour hisser des bâtiments : Crise ou pas on continue à bâtir !

Le compteur est à cent à l’heure, se prenant pour Ayrton Senna aux manettes de sa McLaren, il double et redouble : Faire le maximum de courses étant son comble, la sécurité des clients passe au second plan ! Et il est loin de faire l’exception parmi les chauffeurs de taxi sur la terre d’Hannibal !

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-Bonjour, votre ticket s’il vous plait monsieur.
-Bonjour, tenez.
-Alors vous prenez le quai numéro six, le train ne tardera pas à quitter les lieux.

Il s’installe près de la fenêtre, sur un siège pas aussi confortable que celui qu’on voit dans les spots publicitaires de la SNCFT. 
Un demi-wagon avec une dizaine de sièges, l'autre moitié abrite une cafétéria.
Un accoudoir bloqué, une têtière mal réglée et un chauffage étouffant: Il s'agit bien de la classe "confort"!

Lui et le voyage en train, une histoire d'amour qui date d’antan : La locomotive qui rugit à l'approche d'un croisement, les roues qui frottent sur les rails et le son au tempo des tambours de guerre le fascinaient depuis son jeune âge.

Un quinquagénaire s'installe près de lui, manipule l'accoudoir, bouge de partout, fouille dans ses bagage, sort le quotidien «  Essarih ». Il est dérangeant !
-Monsieur on peut permuter de sièges si vous voulez. Je vais souvent à la cafétéria pour fumer, et je risque de vous gêner avec mes déplacements?
-Ok fiston, pas de soucis.

Il sort son paquet de cigarettes et prend la direction de la cafétéria. Lance un sourire au passage à une jeune maman allaitant son bébé au biberon.
Il s'offre un café trop dilué au goût amer mais indispensable pour les quelques caféines qu'il contient.

13

A la sortie de la gare, les gens se bousculent comme des piranhas affamés: Leur proie? Les quelques taxis garés à une dizaine de mètres.
Il décide alors de marcher jusqu'à la station de taxis de groupe.

Il profite de cette balade urbaine pour contempler les vieux bâtiments construits par les colons et délaissés de nos jours, pour dévisager les passants et essayer de démystifier les secrets qui se cachent derrière chaque regard.

Il prend un taxi, s'assoit près d'un vieillard armé de sacs de courses.
Quelques secondes plus tard un jeune aux cheveux gominés en crête de coq vient ouvrir la porte, s'installe en écartant ses jambes au point de gêner son voisin. Ah le « manspreading » !

14

-Mon petit chou d'amour! Ah si tu savais combien tu m'as manqué! 
-Toi aussi tu m'as manqué maman!
- Installe-toi dans le salon, le temps que je prépare le déjeuner, je vais faire du couscous aux poissons!
- C’est cool ! Et papa il est où maman?
-Il est allé faire quelques courses, il sera de retour dans pas longtemps.

Il allume la télé, un western spaghetti est au menu.
Voilà que le générique de la fin est lancé qu'il s'est assoupi, quand soudain une voix grave interrompt son sommeil:
- Fiston! Cela faisait un bail! Toujours aussi élégant comme ton père! Mais on enlève ses chaussures quand on s'allonge sur le canapé !
- Salut papa ! Comment vas-tu?
- Comme d'habitude, je me lève, je prends mon petit déjeuner, je navigue sur Internet, je fais les courses, je déjeune, je matte des films, le quotidien d'un retraité quoi!
- Des bons films à me conseiller Spielberg ?
- Toujours ! Alors tu as " The Hateful Eight" un chef d'œuvre de Tarantino, un western filmé aux techniques des années 60. On parle aussi de " The revenant" que je n’ai pas regardé, y en a plein sur la clé USB.
-Ok, merci père !

Ils s'assoient tous les trois autour de la table de la cuisine, prennent du plaisir à déjeuner ensemble, chose qu'ils font occasionnellement, débattent sur tout et rien.

Au moment où ils prennent le dessert, le téléphone sonne. Sa mère décroche, parle à voix basse et revient vers eux:
- On doit partir au village, mon oncle est décédé.

15

Son village, la terre de ses ancêtres, est une petite commune connue pour ses oliviers située à une dizaine de kilomètres du centre ville.

Arrivés à destination, père et fils prennent la direction du cimetière tandis que sa mère a rejoint les femmes restées pleurer le mort à la maison.

Après avoir présenté leurs condoléances, ils se séparent: Le père décide de rendre visite à la famille, alors que lui il a préféré siroter un thé dans le café du coin.

Arrivé au café, tout le monde le dévisage ! Ce petit gamin gâté tiré à quatre épingles, arrogant et qui semble avoir oublié ses origines.

Une bande de vieux colonisent l'entrée du café.

Le ton se hausse, des voix s'élèvent, se mixent et se remixent où "atout" et injures y sont identifiables, des maestros bruyants et sans baguettes dont les mains suivent une symphonie de "Dubstep" : Le débriefing d'une partie de belote ce débat éternel où chacun prétend avoir raison, où chacun défend sa stratégie et n'hésite pas à employer une panoplie d’injures et de mots crus pour insulter son partenaire, mais toujours dans la joie et la bonne humeur.

Un doigt d'honneur par ci, un rictus maléfique par là, et l'autre ras le bol du débat quitte les lieux, ramène son pick up pour faire le ramassage.

 

****

 Il s’installe sur une table isolée et commande un thé.

Quelques minutes plus tard, Ali le maçon le rejoint.
Bronzé, aux cheveux courts et gominés à la Travolta, un beau sourire malgré ses dents jaunâtres et chevauchées, une cigarette tenue entre pouce et la moitié de l'index (l’autre moitié a été amputée suite à un accident de travail). Il lui manque un stetson et une moustache et la ressemblance avec Lee Van Cleef serait encore plus frappante.

Jeune adulte il a érigé la majorité des nouvelles constructions du village en extension. Connaisseur des lois de la physique classique et connu pour ses idées ingénieuses, il est physicien et architecte autodidacte (Newton et Foster seraient fiers de lui).

Comme tout être humain il a ses propres tics qui l'identifient, les siens sont symptomatiques d'un traumatisme qu'il a subit à son jeune âge : Jouant avec son frère près des rails de la voie ferrée située à une dizaine de mètres du nid familial, ils avaient mis le feu à une grenade, vestige de l'ère coloniale, un fait qui a coûté la vie à son frère Hammadi.
Des troubles psychologiques l'ont traqué plusieurs années, s'en suivent ensuite des nettes améliorations. Maçon de profession et franc pour son franc parler : Il dit ce qu'il pense et il pense ce qu'il dit.
Il est cultivé bien que l'air débile qu'il donne en dit le contraire.
Il ne rate aucune occasion pour évoquer ses références de Disney et Warner, pour décrire une situation particulière.
Oui il est doué, oui il est intelligent, oui il pouvait faire carrière d'acteur mais le destin en a décidé autrement.
Un café avec Ali c'est toujours un régal, un régal sans égal ! 
Quand il quitte avec sa bécane bleue en toute fierté, tu vois en lui le cow-boy des temps modernes.

16

- On sort faire la fête demain soir, tu veux te joindre à nous?
- Vers quelle heure? 
- Aux alentours de vingt deux heures nous serons au Lounge Mohamed V.
- Ok ça marche.

Elle n'arrive pas à réaliser qu'il ait accepté sa demande: Pourquoi ne pas être directe dès le départ ? Pourquoi passer par des impasses? Et pleines d'autres questions traversèrent son esprit le long du chemin qui la mènait à sa voiture.

17

À vingt trois heures, il arrive au bar.

Vêtu d'une chemise bleue, d'un blazer et d'un jean. Il a laissé pousser sa barbe, naissante elle lui va bien.

Une robe légère épouse ses formes généreuses, des escarpins rouges, du glosse et un trait discret d'eye liner mettant en valeur le bleu océan de ses yeux. Elle se lève de sa chaise, se dirige vers lui.
- Toujours en retard toi!
- Toujours fidèle à moi-même !

Après avoir échangé les bisous, ils se mettent à table.

Les présentations sont faites : Elles sont charmantes ses deux copines, mais elle, elle a l'allure d'une star de cinéma.

- Tu es splendide, tu sens bon !

- Merci jeune homme, toi aussi. T’es bien comme ça avec la barbe, laisse la pousser.
- Tu connais les règlement intérieur, un jour de plus avec une telle barbe et je suis viré.

Elle commande un mojito, lui une bière, tandis que ses deux copines ont opté pour un " sex on the beach" sans alcool.
Ils parlent du travail, de la crise économique qui secoue le pays, des cocktails, de tout et de rien…

Au fond du bar, une bande de musiciens joue du Ray Charles.

 Il la regarde, lui tend la main et l’invite à twister.

Des pas synchros, de la sensualité, et de l’alchimie étaient bien perceptibles.

Il lui souffle dans l’oreille :
- Tu ressembles à Marilyn Monroe mais en brune.
- Arrête ! C’est trop flatteur !
- T'as les yeux d'Angelina Jolie en plus!
- Oh t'es têtu toi!

18

Arrivés aux pieds de l'immeuble, il descend de la voiture, ouvre la porte, la soulève délicatement du siège passager et l'accompagne jusqu'à son appartement.

- Tu passes la nuit chez moi? Après tout t’habites à l'autre bout de Tunis, tu vas mettre beaucoup de temps pour arriver chez toi?
- Merci c’est gentil mais je dois quitter, bonne nuit et prend soin de toi.
- C’est comme tu veux, bonne nuit.
Elle se jette au lit.

D’un air perdu, elle contemple le plafond de sa chambre, se met à se poser des questions : Pourquoi a-t-il refusé de passer la nuit chez elle? A quoi il joue ?

19

Après deux heures de ménage, pénibles et lassantes, une bière s’impose histoire de se rafraîchir.

Son téléphone vibre. Il décroche :

- Salut toi, alors t’as reconnu l’immeuble ?

- Ouais salut ça va ? C’est Amilcar non ?

- C’est bien ça oui. Prends l’ascenseur pour le sixième étage.

Un abat jour en plein milieu de la table remplaçant les bougies : Un dîner aux chandelles avec les moyens du bord. Mais qui pouvait s’attendre à un dîner à l’abat jour !

***

 Le dîner était presque parfait : Des sushis commandés chez le restaurant du coin, du bon vin blanc, de la soupe aux poissons, de l’harissa et un peu de salade tunisienne !

 Après avoir pris une douche, elle se jette à ses cotés.

- Jeune homme mystérieux ! Pourquoi t’as refusé de monter chez moi l’autre fois ?

- T’étais torchée...

- Oh quel gentleman !

Elle se rapproche doucement, lui caresse les cheveux, passe son visage sur sa barbe piquante, frôle avec ses lèvres pulpeuses son menton, puis les passe délicatement sur les siennes, sa bouche est devenue entrouverte : La voie est libre pour un french kiss !

Elle passe sa langue un peu partout. Lui il suit.

La chaleur commence à monter d’un cran, la libido est à son comble.

Il l’embrasse au cou, explore sa nuque puis le lobule de l’oreille. Elle commence à gémir.

Il passe ses mains pour caresser son dos, déboutonne sa chemise puis dégrafe le soutien gorge…

Orgasme atteint il la fait descendre, la regarde dans les yeux.

Son téléphone s’allume avant de vibrer.

Il reçoit un sms : «  Tu me manques »

FIN

1: La Celtia est une bière tunisienne.

2: Am Essadek : Oncle Sadok. Am (oncle) est une forme de politesse utilisée quand on s'adresse à quelqu'un plus âgé que nous.

Une nouvelle, fiction de Soukaier Soudani


 

 

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