S’engager pour l’intérêt général

D’aucuns ont désappris le chemin de l’isoloir par fatalisme. Ne pourrait-on pas reconsidérer notre manière d'appréhender le bien commun afin d’hisser sur le pavois notre participation, une des conditions du contrat social rousseauiste ?
  • Propédeutique à un changement de paradigme

L’irruption de nouvelles formes de contestation nées des réseaux sociaux démontrent, si besoin était, la vitalité du débat politique qui pouvait paraître atrophié ou à tout le moins diminué. Cette tendance participative se rapprocherait de la conception rousseauiste de la démocratie qui devait s'accomplir par un mandat impératif pour établir une souveraineté populaire.

Entendons-nous bien, cette conception est anticonstitutionnelle puisque la Constitution de 1958 consacre le mandat représentatif partant la souveraineté nationale. Pour illustrer le propos, l'abbé Sieyès l'a emporté sur Jean-Jacques Rousseau. Néanmoins, les réseaux sociaux, et plus largement Internet, ont bousculé l'esprit grégaire de ce que Voltaire appelait « les gueux ignorants » quand il estimait que « lorsque la populace se mêle de raisonner, tout est perdu »

Responsabilité collective avant le confort individuel

Certaines manières patelines de candidats peuvent rebuter et pousser le citoyen à désapprendre le chemin de l'isoloir. Néanmoins, il convient pour chaque choix personnel, a fortiori ceux qui concernent le bien commun, de circonscrire ses affects et d'arbitrer entre responsabilité collective et confort individuel. S'abstenir de voter est contre-productif car cette désaffection ne pouvant être totale, il subsistera toujours un corps d'électeurs actifs, fût-il réduit à peau de chagrin, qui validera l'élection, aucun quorum n'étant défini constitutionnellement.

Ainsi, le pouvoir que nous possédons de jure sera dévolu de facto à des représentants que nous n'aurions même pas choisis ? On conviendra que c'est là une aporie donquichottesque ; cette offre moins-disante ne peut trouver preneur. Comment alors faire en sorte de continuer à voter sans ressentir ce sentiment de confiscation de souveraineté que beaucoup d'abstentionnistes peuvent légitimement ou non invoquer ?

Renverser l'expression « Ah ! le bon billet qu'a La Châtre ! »*

Le choix d'un candidat ne doit pas être synonyme de blanc-seing accordé. D'aucuns ressentent ce qu'a dû ressentir La Châtre avec son billet inopérant en songeant au bulletin glissé dans l'urne. Ne laissons pas nos élus se muer en une Ninon de Lenclos désinvolte et sarcastique car la vigilance est ce qui rend la liberté inamissible, vigilance dont le fameux Alain décrétera qu'elle « ne se délègue pas » en concluant sur un aphorisme sapientiel : « Tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire. »

Montesquieu aussi intronisait le primat du contre-pouvoir sur le pouvoir dans De l'esprit des lois : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». Si pour lui, le contre-pouvoir peut être efficacement réifié par un pouvoir de nature différente, pour d'autres penseurs d'horizons aussi divers que Platon, Tocqueville, Marat, Gandhi ou Aldous Huxley, ce sont bien les citoyens eux-mêmes qui doivent s'intéresser au bien commun afin d'accompagner utilement leurs dirigeants.

Si les citoyens combattent « l'inertie du peuple » que louait Machiavel dans son miroir des princes, l'expression « Ah ! le bon billet qu'a La châtre » sera plus prédicable aux élus qu'aux électeurs, eu égard à la valeur toute relative du suffrage qui s'indexera sur un programme défini et précis.

Votons donc en nous investissant pour l'intérêt général de manière pérenne car comme le rappelait Platon :
« La punition des gens bons qui ne s’intéressent pas à la politique, c’est d’être gouvernés par des gens mauvais. »

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