Bêtise ordinaire « LA HONTE », ou « Le retour des chaussettes à clou ».

Un ami m'écrit son désarrois : Gare de Redon, le 11 juin vers 16h25 Je viens d’assister ici à une scène peut-être banale pour certains, mais peu commune dans notre Bretagne rurale. Il n’y a pas de sang, pas de scandale, juste un exemple de bêtise ordinaire (enfin un peu plus profonde que l’ordinaire)…

Gare de Redon,

le 11 juin vers 16h25

Bonjour,

Je viens d’assister ici à une scène peut-être banale pour certains, mais
peu commune dans notre Bretagne rurale. Il n’y a pas de sang, pas de
scandale, juste un exemple de bêtise ordinaire (enfin un peu plus
profonde que l’ordinaire)… mais armée et assermentée ! Ça pourrait
s’intituler « LA HONTE », oui en majuscule, ou bien « Le retour des
chaussettes à clou ».

 

Ça se passe à Redon, une ville où il y a beaucoup de structures de prise
en charge des handicapés, et par conséquent dans les rues beaucoup de
gens aux silhouettes non calibrées, aux démarches étonnantes, et aux
comportements décalés.

Sur le quai de la gare, il y avait un petit groupe de gendarmes. L’un
d’eux, rigolard, interpelle un petit homme clopinant, le raille
ouvertement, tenant des propos franchement outrageux, le faisant
connaître à la cantonade comme idiot, fainéant et ivrogne … S’adressant
à lui en le tutoyant, sans le minimum de retenue qu’on attendrait d’un
professionnel en service, sans même parler d’un fonctionnaire assermenté.

C’est assez facile, quand on fait 2 têtes de plus que la moyenne, qu’on
a une arme imposante à la main, plusieurs collègues dont l’un avec un
chien, de se sentir supérieur … Et de le faire savoir !

Le petit bonhomme s’en va clopinant, personne ne moufte. Évidemment nous
avons peur : plusieurs uniformes, une (grosse) arme au poing, un chien …
Et le sentiment que dans « l’ordre républicain », ça doit maintenant
être accepté. C’est eux qui sont du bon côté du fusil, il vaut mieux
nous taire … circulez …

Il y a quand même un courageux : c’est un jeune homme qui était pendant
cette scène agenouillé près d’une poussette, s’occupant de son enfant.

Il fait remarquer très poliment au représentant (de la loi ???) que ce
petit homme aurait plutôt besoin d’aide que de moquerie. Ce à quoi le
colosse répond :

« Brillant est un bon à rien, il est tout le temps bourré, on le renvoie
chez lui pour le protéger. Circulez, nous on met pas du haschisch sur la
tétine du bébé »

Ah oui, je n’ai pas encore précisé : l’homme, en plus d’être jeune,
était « typé » comme on dit politicorrectement. Alors forcément !

On parle souvent des « outrages à agent », ceux qui en sont accusés
prennent cher, sans qu’il soit nécessaire de prouver sérieusement
l’outrage ...

« L’outrage d’agent », lui, devrait être accepté … circulez !

 

Cerise sur le pompon : pas un ni une de ses collègues pour remettre à sa
place celui qui commettait quand même indiscutablement une faute
professionnelle, devant plusieurs dizaines de témoins !

Voilà l’honneur de la gendarmerie nationale, la splendeur de la brigade
de Redon. Hissez les couleurs, vive la France et dormez tranquille.

 

Je n’ai rien osé faire de plus qu’aller assurer le jeune homme et sa
petite famille de ma sympathie, afin qu’il ne se sente pas isolé. Je ne
suis pas journaliste ou comédien pour porter ce témoignage sur la place
publique, je ne peux guère faire plus que l'envoyer en espérant que
quelqu’un saura lui donner de l’écho. Alors à faire suivre, publier … il
n'y a pas de copyright

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