Les droits des animaux

Du droit de manger les animaux : l’approche évolutionniste

C’est un débat très important dont je me félicite qu’il vienne enfin sur la table. J’ai beaucoup d’affection pour les animaux moi-même (souvent plus que pour les humains) et j’aurais fait économiquement un très mauvais éleveur car j’aurais été incapable de tuer mes propres productions.

Sur le bien-être de la cause animale, il n’y a pas débat car globalement tout le monde est d’accord qu’elle doit être prise en compte et grandement amélioré ; et pas seulement pour les animaux d’élevage mais aussi pour certaines maltraitances d’animaux de compagnie qui devraient être beaucoup plus sanctionnées (par exemple ceux qui coupent les oreilles des chiens avant de les abandonner pour éviter toute identification). Il y aura toujours malheureusement un nombre irréductible de psychopathes dans l’espèce humaine qui n’auront jamais d’empathie pour les animaux, mais à présent, au moins ne peuvent-ils plus le faire ouvertement.

Non, le débat qui est agité par les Vegans actuellement est d’ordre philosophique : avons-nous moralement le droit de manger des animaux, et plus généralement de les exploiter à notre propre service comme bête de somme par exemple ?

Ceux qui défendent cette thèse ne répondent pas néanmoins à des réalités matérielles posées justement par la domestication des espèces depuis des siècles et la prolifération de l’être humain :

  • Par exemple certaines espèces comme les vaches laitières, sont obligées de produire du lait, et sont obligées de dépendre de l’être humain pour les traire tous les jours : que faudrait-il donc faire les concernant ? toutes les exterminer ? ou les laisser à des souffrances atroces en ne pratiquant pas la traite ?
  • Idem pour la plupart des espèces d’élevage qui ne pourraient pas survivre seules dans la nature : si on refuse de les manger, qui va s’en occuper pour les nourrir par exemple ? Donc est-ce qu’on va les laisser mourir de faim, ou payer de la poche de la communauté pour les nourrir à perte ?
  • Et il y a aussi tout le gibier dont s’occupent les chasseurs, cervidés et sangliers en particulier : or dans nos pays, nous n’avons plus de prédateur naturel pour réguler leur population, type loup ou ours. Et il serait bien entendu impensable de réintroduire partout ces prédateurs dangereux pour l’homme : donc d’une manière ou d’une autre, nous sommes obligés par la force des choses de tuer régulièrement le gibier pour réguler cette population. Après la méthode peut se discuter, mais en tout cas, nous devons le faire sauf à risquer la destruction de bon nombre de terres agricoles…

Ces quelques cas montrent que de toute façon, l’être humain est obligé d’agir, et d’interagir avec bon nombre d’espèces animales qu’on ne peut plus laisser se « débrouiller » toutes seules dans la nature.

J’ai une approche un peu particulière, qui n’est pas dans décrite dans les médias qui présentent tout en blanc ou noir, et que j’ai nommé « l’approche évolutionniste »

C’est une approche qui consiste à regarder ce qui se passe dans la nature, et à extrapoler à l’homme.

Et quand on regarde ce qui se passe dans la nature, on ne peut que constater un fait évident : c’est que plus les prédateurs sont intelligents, plus ils vont faire preuve d’empathie à l’égard de leur proie.

En effet, quand on observe des proies se faire manger par des prédateurs primitifs, tels les araignées, les serpents, ou les insectes carnassiers, on voit que celles-ci se font dévorer et même digérer vivantes.

Quand on regarde à l’inverse des prédateurs plus intelligents, c’est différent : chacun a le souvenir de reportages télé filmant des fauves africains chassant une gazelle.

Bien entendu dès qu’ils la rattrapent, ils la mettent à terre. Et là, il se produit quelque chose de très surprenant : l’un des fauves serre la gorge de la gazelle jusqu’à ce qu’elle meure, et tous les autres … attendent tranquillement que les choses se passent en s’allongeant autour, presque en prière !

Nul ne les oblige à faire cela : car avec leur force, ils pourraient tout à fait décider de déchiqueter la gazelle encore vivante en lui sautant tous dessus. Or ils n’en font rien et de mon point de vue pour une raison simple : c’est qu’ils ont suffisamment d’intelligence pour avoir de l’empathie pour leur proie, pour la tuer rapidement et surtout attendre qu’elle soit morte pour la manger.

Eh bien je pense que c’est le même raisonnement que nous devons faire pour l’être humains :

Car nous faisons parti d’une chaîne alimentaire, où je considère que nous avons le droit naturel de manger d’autres animaux (et parfois les rôles sont inversés quant de grands prédateurs s’octroient eux aussi le droit de manger ici ou là quelques humains)

Et point important : si nous n’avions pas usé de ce droit, nous n’en serions pas là actuellement. Car les Vegans raisonnent sur une situation aboutie, sans voir ce qui s’est passé précédemment, et qui se passe encore dans certains pays en voie de développement. Or durant les temps préhistoriques, l’homme a végété pendant des milliers d’années, avec une population humaine extrêmement restreinte et vulnérable, quand il n’était que chasseur-cueilleur. Inutile de dire que s’il avait renoncé à l’époque à son statut de « chasseur » pour n’être plus que « cueilleur », il n’y aurait même plus personne pour en parler !

Plus sérieusement c’est lorsque l’homme a commencé à être sédentaire et à se créer des abris de plus en plus complexes, dans des groupements de plus en plus nombreux, que l’humanité a réellement pu commencer à se développer sur tous les plans : technologique, culturelle etc.

Or la condition sine qua non pour que l’homme puisse survivre en tant que sédentaire, c’était … l’élevage ! Donc la civilisation n’a pu démarrer réellement qu’avec l’élevage, pas avec la roue, pas avec l’écriture, AVEC L’ELEVAGE : c’est aussi simple que cela !

Pour autant, je considère que notre degré d’intelligence doit nous conduire à des exigences supérieures quand nous élevons et tuons des animaux pour les manger ; des exigences qui doivent être d’autant plus importantes que notre degré d’intelligence est important par rapport aux autres espèces animales.

Nous devrions donc être obligés (juridiquement, moralement et à tout point de vue) de garantir le bien-être de nos « proies » non seulement en terme d’absence de souffrance, mais également en terme de « qualité de vie », bien entendu pas seulement sur un plan matériel, mais également psychologique.

Notons que dans mon approche des choses, le résultat ne serait pas si éloigné que cela de celui des Vegans. Car les coûts pour élever et tuer un animal dans ces conditions seraient tels que le prix de la viande animale serait exorbitant, démultiplié au moins par 10, voire 50.

Et dans ces conditions bien évidemment beaucoup moins de viande serait consommée à l’échelle de la planète. Et incidemment, le bien-être de l’animal serait lui aussi assuré, car le prix d’un animal serait tel, que celui qui l’élèverait le « chouchouterait » comme la prunelle de ses yeux !

Je pense que c’est une approche qui a le mérite de réconcilier les réalités naturelles (que nous sommes des prédateurs et que nous n’avons pu survivre qu’en défendant ce statut) et le bien-être animal ; et qui a aussi le mérite de proposer une solution à tous les animaux qui sont obligés de dépendre de l’homme tel que je l’ai expliqué précédemment.

Pour finir je dois néanmoins soulever un paradoxe qui interpelle quant à l’attitude des Vegans, c’est la faune marine. Car contrairement aux animaux d’élevage ou au gibier, nous ne sommes pas obligés de nous en occuper pour qu’elle survive, ni de la réguler car elle le fait toute seule. Par ailleurs certaines espèces comme les tortues ou les cétacés sont déjà protégés et nul n’accepterait que l’on traque les baleines comme on le faisait au XIXe siècle pour leur huile. Donc il est beaucoup plus discutable sur un plan logique et éthique, de consommer du poisson, plutôt que des animaux terrestres. En ce qui me concerne, même si j’aime bien le poisson, cela ne me choquerait pas qu’on décrète un jour que seule la pêche privée pour sa consommation personnelle est autorisée.

Sauf qu’il est curieux que les Vegans n’en parle jamais, pas davantage que la manière dont on pêche les poissons et les crustacés qui n’a rien à envier à certains abattoirs ; et il est curieux au final que les Vegans attaquent les boucheries, et non les chalutiers ou les bateaux usines !

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