L’affaire Lubrizol

Où l’application du syndrome Mégret

Une fois n’est pas coutume, je fais un petit blog à chaud sur un événement d’actualité où j’ai observé assez ahuri une scène concernant ce que j’ai justement décrit dans mon premier blog : le syndrome Mégret.

Pour mémoire, c’est la dérive de notre société visant à dénigrer tout ce qui fait la valeur objective d’un individu : son niveau d’études, ses diplômes, son expérience, sa formation. Pour ne retenir au final qu’un jugement basé sur les apparences et le ressentiment qu’on a de la personne : en gros ce que l’on appelle vulgairement « la tête du client ». Et j’avais dénoncé que notre société commençait comme toujours à vendre le procédé sur les personnes envers lesquels il y a un consensus important de détestation (comme Monsieur Mégret mais on pourrait en trouver beaucoup d’autres), pour au final l’appliquer à n’importe qui ! Et j’avais surtout dénoncé ce qui se passait derrière ce procédé et pourquoi certains l’utilisaient …

Et bien c’est exactement ce qui s’est passé dans une émission de télévision (BFMTV le mardi 1er octobre) portant sur l’affaire Lubrizol. Zappant machinalement sur les chaînes télé d’information pour me réveiller le matin le café à la main, je tombe sur l’émission en question et je vous décris la scène :

On a une journaliste animatrice peu connue, entouré de personnes sur le plateau peu connues également, qui donne la parole en duplex à un expert dans un laboratoire. Bien entendu le sujet, c’est l’absence totale de confiance dans la parole caricaturale du gouvernement, lequel nous dit par préfet interposé « dormez braves gens tout va bien » ; contre l’évidence des faits. Et l’expert en question rappelle en substance que la liste des substances chimiques, qu’il attend toujours de voir communiquer par le gouvernement, n’est pas exhaustive, car sous l’effet des fortes températures de l’incendie, ces composés chimiques déjà toxiques à l’origine, vont se recomposer pour donner d’autres composés encore différents et potentiellement plus toxiques. Il rappelle l’évidence que les conséquences à craindre ne sont pas la mort immédiate, mais bien sûr le risque cancérigène dans plusieurs années. Tout cela relève donc du bon sens et ce monsieur conclut qu’il est grand temps que le gouvernement donne la liste des produits chimiques, afin que les experts indépendants puissent faire toutes les extrapolations de ce qui a pu en ressortir sous l’effet des très fortes températures. Personnellement, il m’a fait une très bonne impression, sachant encore une fois que tout ce qu’il disait, j’y avais déjà songé moi-même car c’était le pur bon sens.

Et là, il se produit une scène surréaliste :

Car à peine l’expert a-t-il fini de parler que se manifeste sur le plateau une sorte de singe : je l’appellerai « l’homo étronus macronus » (littéralement « l’homme étron de Macron »). Manifestement un rien du tout que le système macronien a déguisé en petit minet bien propret, coiffé au carré et rasé de près, avec costard cravate impeccablement repassé. Et voilà-t-il pas que cette « chose » se met à vitupérer sur l’expert, quasiment sur le mode de l’insulte, parlant de ces pseudos experts dans leur bureau loin du terrain qui n’y connaisse rien : heureusement pour lui que ce n’était pas moi l’expert car j’aurais sauté aussi sec dans ma voiture pour venir lui casser la gueule sur le plateau de télévision. La scène était telle que même la journaliste qui animait les débats en a été gênée en lui rappelant qu’il parlait quand même un vrai expert.

Donc nous avons ici la caricature de l’exploitation du syndrome Mégret par le système. Un vrai professionnel pose problème parce qu’il n’est pas d’accord avec la manipulation du gouvernement. Donc on procède d’un dénigrement gestuel et verbal visant à nier tout ce qui fait sa valeur, pour le présenter comme un pseudo professionnel terré dans un bureau obscur loin des réalités qu’il ne connaîtrait pas : exactement comme on l’a fait avec des personnalités qui ne nous plaisent pas ! Et bien entendu à contrario, on tente de présenter comme le vrai expert qui saurait de quoi il parle un représentant de la parole macronienne qui lui en revanche est réellement « un rien du tout » : exactement comme avec Benalla qu’on a présenté comme un expert en sécurité, alors que c’était une petite frappe de videur de boîte de nuit dont le seul talent était celui de tailler sa barbe !

Voilà, c’est tout ce que j’avais à dire sur cet exemple caricatural de l’utilisation en direct du syndrome Mégret à des fins de manipulation.

Si des lecteurs ont vu l’émission en question dont je parle, je serais très intéressé d’avoir leur avis et leurs commentaires sur la scène dont j’ai parlé …

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