ROSALUX | Henriette Asséo / Jeannine Thoral - Des Tsiganes ou des Roms : un peuple pourchassé

Ecoutez la conférence sur "Des Tsiganes ou des Roms : un peuple pourchassé" iciRosalux : un autre monde est possible... écoutez-le !Roms, gyspsies ou gitans, tsigaris, bohémiens ou manouches : tous des tsiganes (la plus grande minorité d’Europe).Le terme de Rom est un terme politique qui a été construit par les institutions européennes pour développer le programme d’ « émancipation sociale des tsiganes d’Europe ». La dénomination de « Rom » est donc une simple classification créée par l’administration européenne et qui englobe un ensemble de populations bien différentes entre elles.

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Rosalux : un autre monde est possible... écoutez-le !


Roms, gyspsies ou gitans, tsigaris, bohémiens ou manouches : tous des tsiganes (la plus grande minorité d’Europe).

Le terme de Rom est un terme politique qui a été construit par les institutions européennes pour développer le programme d’ « émancipation sociale des tsiganes d’Europe ». La dénomination de « Rom » est donc une simple classification créée par l’administration européenne et qui englobe un ensemble de populations bien différentes entre elles. Ce terme de Rom a été repris par des leaders de cette communauté présents alors à Strasbourg. Le terme de tsigane est celui de la culture savante. Les tsiganes forment une communauté extrêmement variées et correspondent à des diversités aussi variées que le sont les français, les anglais, les allemands, les tchèques, les Italiens, les roumains ou les espagnoles et les autres peuples. Les tsiganes sont enracinés depuis des siècles dans chacun de ces pays et ils ont d’ailleurs des noms qui correspondent à la langue nationale. En France on a longtemps employé le terme générique de bohémien jusqu’à une période très récente. On parle aussi de manouche ; En Espagne on utilise le terme de gitan ; En Italie on emploie le terme de tsigaris, gyspsies en Angleterre, et dans l’ensemble de l’Europe centrale et orientale on emploie le vocable de rom. Et Il y a aussi les dénominations internes aux différentes communautés.

Aujourd’hui, le problème des roms d’Europe centrale et orientale est social et économique lié à la décomposition de l’industrie et de l’agriculture après la chute du communisme. On a remplacé l’économie communiste par un ultra-capitalisme qui broie la population et qui a laissé en pleine déshérence les Européens d’origine tsigane regroupés dans des ghettos. C’est donc un problème d’émancipation sociale, ce n’est pas un problème ethnique.

Ainsi, sur le plan européen, les expulsions mutualisées entraînent une véritable « dénationalisation » des tsiganes qui sont pourtant des migrants comme les autres. Ils n’ont même pas le droit au respect des lois intra-européenne, ni le droit d’être aidés comme les autres migrants. Ils se trouvent dans une situation de fait d’apatride. Alors qu’il s’agit de citoyens européens.

Il faudrait aussi laisser tranquilles ces habitants d’Europe centrale et orientale là où ils habitent. Car à l’heure actuelle, il y a un processus de partition ethnique et de harcèlement qui est en train de s’opérer dans cette partie de l’Europe et qui est extrêmement dangereux. Les « contrôles » se font par l’intermédiaire de mafia et d’élites corrompues auquel s’ajoute le retour des mouvements fascistes.

Les roms sont-ils primitifs ou juste pauvres ? (titrait en octobre 2013 le New York Times)

La pauvreté des tsiganes européens résulte clairement d’une politique économique et donc relève d’une large responsabilité collective. Et pourtant aujourd’hui « La minorité Rom » reste la dernière minorité sur laquelle des spéculations du genre : –sont-ils primitifs ou juste pauvres ?- sont encore possibles et donc très dangereuses. Par ailleurs, en créant « l’épidémie Rom », on crée une « impossibilité » d’imaginer que ce qui arrive aux tsiganes européens puissent arriver aux autres peuples européens. Une stigmatisation largement exploitée aujourd’hui, qui nous rend complice d’une négation collective des vies humaines de la plus grande minorité d’Europe.

En Bulgarie par exemple, le ramassage et le traitement des déchets domestiques sont des services assurés quasi-exclusivement par des tsiganes (Roms). Personne à Sofia ne s’interroge ou ne remarque ce fait. Pour les tsiganes eux-mêmes comme pour les autres Bulgares, cela semble être une évidence, une « normalité ». Ainsi, ces Roms- là « ne posent pas de problèmes ». Ils sont invisibles et n’existent pas dans l’opinion publique, pourtant ils sont les plus représentatifs. Les médias ne parlent pas de la majorité des gens d’origine tsigane qui travaillent et entretiennent leurs familles comme n’importe quel autre citoyen européen. Les médias « préfèrent » des faits divers où sont impliqués une minime partie des Roms bulgares. (Lire Elana Resnick, anthropologue doctorante à l’Université du Michigan)

Ainsi par cet exemple Bulgare, le cliché largement diffusé du tsigane « voyageur dans l’âme », incapable de tisser des relations sociales à travers le travail, en prend un sacré coup ; Il reste l’autre cliché, du tsigane malveillant vis-à-vis de la propriété d’autrui, parasite des aides sociales, vivant comme un « assisté » ; mais ce cliché-là on le connaît bien malheureusement, et il n’est pas réservé qu’aux tsiganes, mais à l’ensemble des humains nés ou devenus pauvres.

Évelyne Leveque


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