La candidature de Mélenchon est une bonne nouvelle

Ce dimanche 8 novembre 2020 lors du 20H d'Anne-Claire Coudray, Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature pour la présidentielle de 2022. Une bonne nouvelle dans le climat politique qui sévit.

Elle se faisait attendre cette candidature, tout du moins pour moi qui ne voit pas d'autre alternative à gauche que celle de Mélenchon. Car en dépit de tout ce qu'on peut lui reprocher (cf. les nombreux portraits brossés par les éditorialistes à son encontre) j'ai bien du mal à voir qui, dans ce qu'on appelle la gauche, pourrait endosser le costume de candidat avec un programme radicalement de gauche, sans complaisance pour le néolibéralisme qui coule le pays dans une situation dont il sera bien difficile de se relever, de surcroit en pleine pandémie.

Mélenchon est un homme entier, parfois colérique, combatif. Un tempérament qui lui joue des tours dans un paysage médiatique truffé de mines et de chausses-trappes où l'on aime guère ceux qui parlent fort. On préfère les entretiens feutrés et courtois quand bien même la politique et le discours sont d'une violence sans nul pareil. Les interviewers le savent et ne manquent pas de jouer la carte de la provocation. Pour les questions intelligentes on repassera, bien souvent.

Non le pire ennemi de Mélenchon ce n'est pas lui-même mais les médias qui préfèrent dérouler le tapis rouge au Rassemblement National et à ses idées. En conditionnant et en abrutissant insidieusement la population par des grilles de lectures étriquées et binaires, ils espèrent obtenir une fois de plus le scénario de leur choix : un duel Macron-Le Pen se concluant par un odieux chantage à faire barrage à l'extrême droite. Si la ficelle est désormais grosse, elle continue malheureusement à être efficace. Pourtant, à observer les coups de canifs portés par la macronie à nos libertés (en particulier dans la piteuse gestion de la crise sanitaire), la multiplication des violences policières et la logorrhée verbale sur le "séparatisme" et la stigmatisation des musulmans dès lors qu'on parle de terrorisme, on peut bien se demander si Marine Le Pen aurait fait pire. Mais ne nous y trompons pas. Si l'extrême droite passe, ce ne sera pas la faute de Mélenchon qui aurait refusé de faire union au sein de la gauche, mais bien aux médias qui persistent à jouer avec le feu depuis plus de 10 ans. Cette sempiternelle injonction de faire union sert surtout de prétexte aux détracteurs qui ne souhaitent surtout pas que cette union se constitue autour de lui et de la France Insoumise. Mais honnêtement, avec qui faire union ? Ce qu'il reste du P.S. dont on connaît toutes les trahisons et ses porosités avec LaREM ? EELV et les discours lénifiants de Jadot qui croit encore qu'on peut concilier libéralisme économique et écologie ? Le PCF ? qui s'illustre davantage par son opportunisme électoral au détriment des convictions politiques ? Si union il pourrait y avoir, c'est selon moi à la gauche de la gauche, c'est à dire avec le NPA. Ce dernier, hélas se déchire sur la question.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser en lisant ces lignes, mon opinion n'est pas exempte de critiques à l'égard de Mélenchon ou de la France Insoumise. Je pourrais évoquer quelques difficultés avec le caractère "gazeux" du mouvement ou des positions qui manquent de clarté sur les questions européennes. Car oui, les traités vont être un obstacle non négligeable pour être en mesure d'appliquer un programme qui va à l'opposé de la philosophie des traités de l'Union européenne. Et la sacro-sainte "Europe sociale" prônée par Manon Aubry n'est qu'utopie. Pour couper court aux politiques néolibérales et antisociales, au capitalisme ou au lobbying des multinationales il faudra rompre avec les traités. Pour cela il n'y pas dix mille solutions : Soit il faudra forcer la main aux partenaires européens (notre statut de contributeur net nous le permet) afin d'obtenir l'unanimité permettant l'élaboration de nouveaux traités (ce qui n'est pas sans conséquences sur nos bonnes relations avec nos voisins), soit il faudra envisager un scénario à l'anglaise et quitter le navire avant qu'il ne sombre de toute façon.

Ici ou là sur les réseaux sociaux, certains regrettent qu'on n'ait pas laissé la place aux plus ou moins jeunes pousses de la France Insoumise. S'il ne fait aucun doute des nombreux talents qui demeurent dans le mouvement, pourquoi se priver de l'expérience d'un Mélenchon, capable de naviguer dans les milieux les plus hostiles ? N'est-ce pas surtout un prétexte pour nuire une fois de plus aux chances de réussite du mouvement et de remettre sur le tapis l'union de la gauche ?

Elle est là la réalité et en dépit des réserves que je viens d'exprimer, le programme l'Avenir en commun est notre planche de salut. La plus à même de répondre aux urgences écologiques, économiques, sociales et désormais sanitaires. Qui d'ailleurs, alerte, implore depuis des mois à l'Assemblée de planifier face aux risques d'une seconde vague de Covid-19 ?  Gouverner c'est prévoir, et il n'est plus à prouver que les insoumis ont une longueur d'avance sur les catastrophes qui se succèdent. Pour finir donc, je ne peux que vous recommander de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

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