Désirs d'exil

L'atmosphère pesante et l'actualité toujours plus consternante aussi bien en France que dans le monde me poussent à ce billet d'humeur.

Il faut l'avouer, de moins en moins de choses me font croire en un avenir prometteur en France. Voyant mon exaspération, un ami venu me rendre visite et qui a quitté la France depuis 3 ans me disait que la vie n'y était pas si mauvaise. Que nous avions des produits et des services de qualité, des infrastructures fiables et que nous n'en avions peut-être pas suffisamment conscience.

Mais il me semble que les mouvements de grève qui paralysent le pays n'ont pas pour seul dessein de vouloir préserver des intérêts particuliers. C'est un modèle social et une qualité de vie qui sont ici défendus. De cet équilibre dépend nécessairement le bon fonctionnement des entreprises et des services publics. Mais le vilain mot de compétitivité étant lâché, il faut tirer un trait sur ces acquis pour s'aligner sur des États où l'on est pas loin d'ignorer ce qu'est le droit social ou le code du travail.

On aura beau s'acharner à mégoter sur les aberrations de certaines branches ou dénoncer des avantages qui n'auraient plus lieu d'être notamment dans la fonction publique, ce genre d'argument sert la plupart du temps de dérivatif pour esquiver ce qui pose fondamentalement problème. Et on aura raison de contester les méthodes employées par les médias dans le traitement de l'information. Ces derniers privilégiant la forme au fond, on en arrive à des amalgames plus qu'hasardeux comme confondre grève et terrorisme ou imputer les récentes innondations à François Hollande ! Il faut tout même comprendre que le doute puisse planer dans le second cas...

Cessons de nous cacher derrière notre petit doigt, il ne s'agit que d'épiphénomènes. La délinquance en col blanc et l'évasion fiscale font bien plus de mal que les primes de charbon versées aux conducteurs de trains. Mais dans ce monde où l'individualisme règne, il est plus aisé d'imputer ses problèmes à un voisin syndiqué à la CGT ou de confession musulmane. Ces salauds !

Beaucoup ne se cachent plus pour afficher leur mépris de classe ou leur islamophobie décomplexée. C'est pourtant un auteur très critique des pratiques religieuses qui tient à souligner ce phénomène. Sur le mépris de classe, une certaine bourgeoisie -ou qui voudrait s'y apparenter-, ne se gêne plus pour faire montre de vulgarité en défendant le libéralisme le plus infâme qui soit. Un libéralisme qui paradoxalement menace à la fois leurs idéaux conservateurs et désirs d'homogénéité ethnique. Un libéralisme d'État mais qui n'en demeure pas moins du libéralisme. Car n'en déplaise aux plus libéraux, l'État maintient la paix sociale au service du libéralisme même si les plus libéraux des libéraux préféreraient s'en affranchir et régler eux-même leurs comptes à qui viendrait gêner leurs affaires. Sur l'islamophobie, on peut désormais se lâcher depuis la fusillade de la boîte gay d'Orlando. Le plus stupéfiant étant de voir des individus à la fois homophobes et islamophobes récupérer le drame pour assouvir leur islamophobie. N'y a-t'il pas de mal à se faire du bien ?

Étrange climat aussi en cette période d'Euro de Football avec ces fan-zones qui ressemblent plus à Guatanamo qu'à des aires de jeux. Des policiers mal aimés, poussés à bout, qui parfois dérapent et trouvent la mort... aussi. Une fête en demi-teinte tant l'air du temps peut laisser percevoir les prémices d'une guerre à la fois civile et mondiale.

Avec et malgré toutes ses contradictions, la France se rebelle quant il s'agit de préserver ce qui en a fait une grande nation. Aussi, faut-il croire malgré tout aux hommes de bonne volonté. Ils existent. Dans cette société malade, rongée par ce cancer qu'est le règne du fric à tout prix, à l'obsession de la croissance, il y a des hommes porteurs d'espoirs. Et malgré ses désirs d'exil il faut savoir rester optimiste et ne faire aucune concession aux ennemis de la paix et de la justice des hommes !

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