LFI : L'étrange perquisition

Scène spectaculaire ce mardi 16 octobre 2018 chez Jean-Luc Mélenchon et au siège de la France Insoumise. Cet événement doit-il nous sembler anodin ou nous faire réagir ? Faut-il relativiser et minimiser ou est-ce faire preuve de mauvaise foi que de s'offusquer ?

Jean-Luc Mélenchon à l'Assemlée le 16 octobre 2018 © PDN/SIPA Jean-Luc Mélenchon à l'Assemlée le 16 octobre 2018 © PDN/SIPA
Il ne manquait plus que la BRI pour que l'opération s'apparente à la neutralisation de dangereux terroristes. Scènes hallucinantes de policiers en gilets pare-balles venus saisir tous azimuts disques durs et on ne sait quoi d'autre, jusque dans l'intimité du domicile du chef de file de la France Insoumise. On pourrait me soupçonner aisément de prendre la défense de Mélenchon et de LFI en consultant ma tribune enthousiaste "Pourquoi j'ai choisi la France Insoumise". Mais depuis cet été, je suis bien moins enthousiaste à l'égard du mouvement en raison du flou qu'il entretient autour de la question européenne. Néanmoins je l'affirme, ce billet à vocation à soutenir la France Insoumise et d'alerter sur ce qui me semble être de graves dérives. Des dérives qui pourraient à terme menacer "l'écosystème" politique et plus généralement la démocratie.

Mélenchon, LFI, ne sont guère au dessus des lois mais l'ampleur et les motifs de l'opération peuvent légitimement interroger et interpeller sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans des subtilités juridiques. Le jour même d'un remaniement, les circonstances sont d'une étrange coïncidence. Mais n'allons pas nous embourber dans des théories du complot fumeuses et être accusé de répandre des "fake news" ! Soit, mais les circonstances sont là et je l'affirme, on est en droit de poser la question du simple hasard sans la brandir comme vérité accablante. Quand on observe la malhonnêteté manifeste de ce gouvernement, on est bien en droit de se la poser, de surcroît s'agissant d'un gouvernement issu d'un mouvement politique pouvant détenir illégalement en ses murs une arme de poing. De surcroît d'un gouvernement dont le président peut faire usage d'une police parallèle, elle-même capable d'aller casser du manifestant. Oui, rappelons-le. Ces faits sont graves. Très graves.

Quant aux motifs de cette perquisition, ils me semblent comparativement assez minces pour faire la démonstration d'un tel dispositif. Une enquête qui repose sur des accusations fantaisistes d'emplois fictifs et de comptes de campagne validés qui ne seraient finalement pas valides ne justifie pas, me semble-t-il un tel aréopage. Surtout quand d'autres comptes de campagne révèlent des anomalies bien plus flagrantes, avec des levées de fonds spectaculaires et une plainte déposée pour détournement de moyens publics. La justice semble plus lente à digérer les encombrantes casseroles de LREM au même titre que d'autres affaires qui n'ont pas l'air de gêner outre mesure leurs protagonistes, ces derniers pouvant continuer tranquillement d'occuper leur poste et gérer les affaires courantes... je pense notamment à une célèbre commune de l'ouest parisien. Dans ce domaine on ne peut d'ailleurs être à court d'exemples !

On peut bien sûr critiquer l'attitude quelque peu lyrique et grandiloquente de Mélenchon, mais n'a-t-il pas raison de saisir l'occasion pour se défendre et démontrer un deux poids - deux mesures flagrant ? Il faut être de mauvaise foi (surtout venant de journalistes) pour ne pas comprendre le sens des mots déclamés : "Je suis la République, on ne me touche pas, ma personne est sacrée !". La scène est théâtrale, mais Mélenchon évoquait non pas sa propre personne, mais le parlementaire qu'il représente et dont l'immunité est garante de la démocratie dans sa pluralité en particulier des oppositions plus que nécessaires dans un temps où le pouvoir veut injecter dans la Constitution son venin libéral, où l'on inverse la hiérarchie des normes en droit social, que l'on privatise à tour de bras au détriment de l'intérêt général et que l'urgence écologique se fait plus que pressante...

Au regard du traitement de l'affaire dans les médias ce mardi soir, je trouve assez mesquin de la part des rédactions (qu'on savait certes déjà majoritairement acquises à la macronie) de focaliser sur les applaudissements des députés RN à l'Assemblée (et qui ont flairé le bon coup) dans le but de renforcer l'idée d'un concept grotesque et soutenu par les macronistes, établissant désormais deux fronts : l'un progressiste, sage et raisonnable et puis les populistes- nationalistes sans distinction aucune. Une manipulation qui vise à cantonner toute opposition au rang d'épouvantail utile au maintien du nouveau régime en place : le grand parti unique ultra-libéral-antisocial. Rôle qui n'est désormais plus exclusivement réservé au FN qui a d'ailleurs toujours été toléré pour le tenir, en dépit des incitations à la haine et de sa xénophobie manifeste.

À titre personnel, je suis inquiet de l'aveuglement général d'une part face à la fragilisation de l'opposition parlementaire mais aussi vis-à-vis des grands enjeux défendus en particulier par la FI qu'ils soient sociaux ou environnementaux. Enjeux méprisés et piétinés par le gouvernement, raillés par les députés godillots de la majorité. Ne pas prendre parti dans ce cas précis pour LFI, c'est se faire complice de la macronie, c'est voir et laisser faire. Peut-être n'ai-je pas bien conscience de la colère qui monte en France, mais si celle-ci est bien réelle, elle doit se manifester par une sanction sans appel aux prochaines élections européennes !

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