Nous sommes tous responsables !

Les évènements du 7 janvier 2015 n'étaient hélas qu'un prélude. Ils étaient plusieurs à nous alerter. Je pense à des personnalités comme l'ancien juge du pôle anti-terrorisme Marc Trévédic, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin ou l'ancien général Desportes. Leurs interventions vidéo ont d'ailleurs refait surface sur les réseaux sociaux.Tous nous avaient mis en garde des risques d'attentats de grande ampleur qui pesaient sur nous. En vain, on les a peu écouté jusqu'à ce 13 novembre 2015. Il aura fallu 129 morts et 352 blessés pour prendre les mesures qui s'imposaient.

Revenir sur l'atrocité des événements n'aura que peu d'utilité. Il appartient à chacun de surmonter à sa manière le choc et la tristesse. Daech prospère depuis trois ans déjà. Trois ans que cette multinationale de la terreur nourrit l'actualité de ses exactions, de ses décapitations et macabres mises en scènes. On s'y serait presque habitué et ce malgré le premier coup de massue qui frappait la France avec les attentats de Charlie Hebdo et l'Hyper Casher. Nous avons (presque) tous été Charlie. Parfois à reculons à la vue des chefs d'État en tête de cortège qui défilait le 11 janvier dernier. Coûte que coûte, malgré les incohérences il fallait faire front et jouer l'unité nationale. Le traumatisme n'aura pas été suffisant pour invoquer l'état d'urgence et ne pas prendre les mesures qui s'imposaient : perquisitions, suivi des personnes fichées et contrôles aux frontières. Trop connoté d'extrême-droite ? Tout simplement peut-être des mesures d'urgence temporaires qui auraient pu au moins nous éviter ce nouveau carnage. Temporaires car sur le long terme, des lois liberticides peuvent être la porte ouverte au totalitarisme. Quid de la loi renseignement du 24 juillet dernier ? Nous a-t'elle évitée nos morts ?

Après le choc, réflexion et cohérence

Ce vendredi 13 novembre, la France est de nouveau tombée dans l'horreur et c'est avec la gueule de bois que Paris s'est éveillé. Cloîtré, un oeil sur les chaînes info, l'autre sur les réseaux sociaux, chacun y allait de ses analyses, de sa vérité en cherchant tour à tour à enfoncer le clou. Il serait pourtant bien prétentieux de prétendre la détenir cette vérité. S'en approcher n'est déjà pas si mal.

La faute à qui ?

Au grand sujet qui brûle les lèvres de revenir dans les conversations : l'islam. En période de crise ou de guerre, qu'il peut être tentant de trouver le bouc émissaire idéal, les musulmans par exemple. Et au piège de se refermer, celui du repli, de l'instinct communautaire, du besoin d'identification et in fine de la division. L'objectif de Daech, rallier tous les musulmans du monde à leur minable cause en instrumentalisant des paumés, des esprits faibles et meutriers. Chaire à canon persuadée d'aller retrouver 72 vierges...

Daech est un cancer. Le cancer des sociétés ultra-libérales et capitalistes. Un monstre sans foi ni loi. Alors on peut débattre de tout et n'être d'accord sur rien. On peut penser que la gauche est trop laxiste et culpabilisante dans le sens où elle formate chacun dans ce que la droite conservatrice nomme la bien-pensance. On peut penser que la droite est trop autoritaire agitant toujours les peurs et jouant sur les thèmes sécuritaires, stigmatisant de façon biaisée les musulmans. On peut aussi penser que c'est à cause de l'Europe. Acculées par le contexte, gauche et droite finalement se rejoignent pour tenter de faire front. Faire front à plus de trente ans d'erreurs et de compromissions douteuses. Car finalement la religion n'est qu'un prétexte. On ne règlera pas la menace terroriste en ne tapant que sur les symptômes du problème. Le radicalisme n'est qu'un symptôme du problème et il est désolant de voir que ceux qui s'expriment dans les médias à ce sujet ne soient pas théologiens. Chaque religion détient, dans des proportions différentes, sa part d'absurdité. À chaque croyant de savoir faire la part des choses sans chercher à influer sur les libertés individuelles. La foi ne devrait servir qu’à son épanouissement personnel et spirituel. Quand celle-ci s’exerce à des fins politiques, il faut se poser des questions. 

« Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt » 

Alors la faute à qui ? Au gouvernement Hollande ? Sarkozy ? Aux « racailles » de banlieue ? Et si l’on prenait le problème par un autre bout ? Ne serait-ce pas l’ensemble des français les responsables ? Nos choix, nos comportements, l’individualisme ambiant ne seraient-ils pas la cause de nos problèmes ? Nous élisons des responsables politiques qui commercent avec des dictatures pétrolières. Nicolas Sarkozy, qui s’érige en chef de gouvernement bis (a-t’il oublié qu’il n’était plus président ?) entretient des connivences avec l’Arabie saoudite, notamment en y donnant des conférences généreusement rémunérées. Le roi Salmane -qui a défrayé la chronique cet été- bénéficie de tous les égards lors de ses vacances en France. Nous bradons pour l’Union européenne le peu de souveraineté qu’il nous reste et qui, nous le voyons en cas d’attentat, est pourtant bien utile pour prendre des mesures d’urgence. Notre économie est chancelante à cause du chômage, de la concurrence déloyale de pays où les droits de l’homme ne sont que des options mais aussi, là encore par nos choix égoïstes, acheter toujours moins cher au détriment de nos emplois sur le sol français. Établir des frontières et privilégier la production française n’implique pas nécessairement de s’isoler et d’être xénophobe. La France bien avant Schengen a toujours fait du commerce extérieur.

S’il faut nommer et sanctionner très sévèrement le mal qui frappe -le salafisme et l’islam radical-, il faut peut-être réfléchir à ce qui en fait le terreau : le chômage, la précarité, la ghettoïsation. Des ingrédients qui, -on l’observe en prison-, sont le cocktail idéal pour la radicalisation. Et ces ingrédients sont les autres symptômes qui touchent l’ensemble de la société, radicalisant aussi les français dits de souche tentés par les extrêmes. Il ne faut pas se tromper de peur. On doit davantage avoir peur de tout ce qui nous livre à un libéralisme effréné, mondialisé et dénué de toute morale. On aura beau frapper et frapper sur l’ennemi désigné à coups de missiles et flamber notre budget défense, cela ne résoudra pas sur le long terme le problème. La riposte aux attententats parisiens en Syrie ont fait 33 morts. Combien de morts en une soirée à Paris le 13 novembre ? Ce n’est pas en chantant la marseillaise et en se bandant les yeux avec le drapeau français que l’on parviendra à vivre paisiblement et harmonieusement ensemble ni en ayant une émotion sélective. Toute l’année, tous les ans la guerre fait des milliers de victimes notamment dans les rangs de notre armée forcée d’éteindre les incendies dont nous sommes en partie responsables.

Qu’attendons-nous pour agir concrètement par nos actes, par nos choix ? Car nous avons le choix de mieux vivre en refusant de soutenir des entreprises politiques qui pillent l'honneur de la France. Des entreprises politiques qui depuis des années nous trompent par de fausses promesses et nous leurrent. Des responsables politiques qui ne rêvent que d'une chose : de pouvoir pour le pouvoir et qui font risquer par leurs erreurs la vie d'hommes et de femmes qui la vouent à la France.

La France doit retrouver de l'indépendance et de nouveaux partenaires. Retrouver le rôle d'équilibre qu'elle jouait auparavant entre les États-Unis et la Russie. Cela passera par une refonte en profondeur des institutions européennes. Cela passera par notre capacité à ne pas nous laisser guider par nos peurs mais plutôt couper l'herbe sous le pied du pouvoir en déjouant toutes les statistiques et sondages. En boulversant l'échiquier politique. On le peut encore.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.