L'acte II de la France Insoumise

La France Insoumise repart en campagne, encore un peu groggy des résultats décevants aux dernières élections européennes et d'événements qui n'ont pas contribué à arranger les choses. Après un week-end d'assemblée représentative, quels en sont les points positifs et que faut-il espérer pour l'avenir ? Quels débouchés pour LFI ?

Après une campagne aux européennes laborieuse et douloureuse, la sortie de crise n'était pas garantie pour la France Insoumise.  Ce week-end fût l'occasion de revenir sur les erreurs commises et d'envisager l'avenir.

En écoutant les différentes prises de paroles lors de cette assemblée, beaucoup de remarques ont fait écho aux observations que j'aurais pu soumettre si j'avais eu à m'exprimer. Néanmoins, les attentes en terme de démocratie interne ont été sujettes à des propositions qui me semblaient parfois absconses. Sujet dont l'équilibre idéal est difficile à établir mais essentiel pour faire vivre un programme sans pour autant le dénaturer ou nous paralyser face à un gouvernement particulièrement dévastateur.

Mais avant de parler de démocratie interne, peut-être faudrait-il mettre le doigt sur les particularités de la France Insoumise qui font d'elle un mouvement et non un parti. Car je doute que beaucoup de monde ne soit capable d'expliquer précisément ce qui nous différencierait d'un parti politique traditionnel. L'expliquer est le moyen aussi de justifier son fonctionnement parfois unilatéral. D'emblée, on pourrait évoquer l'absence de cotisation pour intégrer le mouvement faisant de la France Insoumise un lieu où il est à la fois facile d'entrer ou de sortir. Aux antipodes d'une secte donc. On pourrait également souligner que les groupes d'action, qui fonctionnent de façon autonomes et créés à l'initiative des militants caractérisent également cette particularité. Des groupes d'action qui sont en quelque sorte les cellules de la France Insoumise. C'est principalement de l'adhésion au programme "l'Avenir en commun" que tient leur existence. Autre particularité, la gestion des groupes d'action via une plateforme en ligne qui permet à la fois une gestion relativement autonome, la diffusion du matériel militant ainsi que la coordination des campagnes. Voilà déjà quelques éléments qui aident à mieux saisir la nuance entre parti et mouvement. Forcément, ce type de structure présente des limites en terme de démocratie interne et implique un fonctionnement relativement centralisé.

Néanmoins, si on considère que les groupes d'action doivent leur existence à l'adhésion au programme de La France Insoumise -en l'occurrence celui des dernières élections présidentielles-, en faire bouger les grandes lignes comme aux dernières européennes peut s'avérer risqué d'où l'importance de disposer d'outils efficaces et plus transparents pour mieux consulter et considérer la base militante. Des réglages sont certainement nécessaires sur ce point.

Je suis d'ailleurs assez satisfait qu'on ait abordé à plusieurs reprises lors de cette assemblée le discours devenu incompréhensible sur l'Union Européenne, le fameux plan A/B. Point que j'avais déjà abordé dans un billet du 11 septembre 2018 insistant sur la nécessité de clarifier notre position sur l'Europe au risque de perdre en crédibilité. Je ne partage pas en totalité l'analyse de Martine Billard qui à ce propos écrivait sur son blog le 4 juin dernier : "La stratégie du plan A/plan B nécessite d'être au pouvoir pour pouvoir s'appliquer. Cela ne pouvait donc être le mot d'ordre central d'une campagne pour élire des députés européens. Au passage l'UPR avec son message central sur le frexit n'obtient que 1,17% des voix et Florian Philippot qui comptait surfer sur l'abandon de la sortie de l'euro par le RN s'écrase à 0,71%.". Si la position sur l'Europe n'était pas centrale, les élections européennes devaient  nous servir de rampe de lancement en vue des prochaines présidentielles en rappelant nos intentions, notamment sur notre appartenance à l'UE.

Concernant l'UPR, il faut reconnaître que François Asselineau est à l'avant-garde sur les questions institutionnelles européennes. Ses analyses sont mêmes prophétiques quand il énumère le 23 avril 2017 devant David Pujadas et Léa Salamé, la réforme du code du travail, les déremboursement de l'assurance maladie, la réforme du chômage, la mise en pièces des professions réglementées... Les principaux handicaps de l'UPR sont selon-moi dus à une quasi totale absence dans les médias et effectivement, un programme centré sur le Frexit, se gardant de trop s'étendre sur ce qu'il appelle "les sujets clivants". Hors, si la sortie de l'UE est une question fondamentale et un préalable pour retrouver tous nos leviers d'action, elle ne peut se suffire à elle-même. En cela, le programme de la France Insoumise est le plus à même de répondre aux enjeux de notre époque et elle dispose en ce sens d'un boulevard.

Après ces européennes, les tensions internes étaient donc inévitables. Et si cette échéance n'aura pas servi de rampe de lancement pour 2022, elle aura peut-être au moins permis de remettre les pendules à l'heure. En cela, les nominations d'Adrien Quatennens à la coordination des groupes d'action et de Mathilde Panot à la vice-présidence du groupe parlementaire sont une bonne nouvelle, mettant un terme espérons le, à la fracture qui s'esquissait entre les partisans d'une union de la gauche (ou d'un "big-bang de gauche") et les partisans d'une souveraineté populaire, hostiles aux alliances hasardeuses. Jean-Luc Mélenchon doit s'entourer de responsables loyaux, fiables et compétents pour espérer remporter la bataille de 2022, si tant est qu'il décide d'y aller.

Les gilets jaunes doivent réellement nous interroger sur notre incapacité à mobiliser les électeurs. Ces derniers illustrent la perte de confiance à l'égard des partis politique qui est colossale. Se poser la question de savoir s'il faut ou pas s'unir avec des gens qui se complaisent dans un folklore de gauche mais ne s'attaquent pas en réalité au coeur nucléaire de l'ultra-libéralisme me semble une question vaine voire suicidaire. Le programme de la France Insoumise est intrinsèquement de gauche : social, humaniste et écologique. La psychanalyse à ce sujet n'est donc pas de mise.

Par ailleurs, un des problèmes majeurs auquel nous sommes confrontés -et il faut aller tracter sur les marchés pour en prendre conscience-, c'est que beaucoup de gens ne s'intéressent plus à la politique ou sont dans la confusion la plus totale. Sauf lorsqu'il s'agit de nous invectiver à l'aide d'anathèmes entendus sur les chaînes d'infos en continue, il est souvent difficile d'avoir des échanges constructifs ! La reconquête ne pourra se faire qu'au prix d'un minutieux travail de pédagogie en donnant au plus grand nombre les armes intellectuelles nécessaires pour mieux cerner les menaces qui nous entourent. Le temps dont ne dispose plus une bonne part de la société pour s'intéresser à la politique, il faut nécessairement et de toute urgence le compenser par un travail de vulgarisation efficace. À suivre...

 

 

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