Ce n'est qu'un aurevoir cher Médiapart

Faut-il nous quitter sans espoir, Sans espoir de retour, Faut-il nous quitter sans espoir, De nous revoir un jour ?

J'aurais pu intituler ce second billet de l'affaire LFI : L'étrange perquisition - Acte II. L'épilogue de cette semaine folle pour la France Insoumise qui a défrayé la chronique.

Une semaine folle qui s'achève par ma décision de résilier mon abonnement au journal. Il y a encore une semaine, je n'aurais pas imaginé devoir prendre une telle décision, mais si j'ai fait le choix en 2015 de m'abonner à Médiapart, c'est pour soutenir une certaine idée de la presse, le choix courageux de l'indépendance et tant que faire se peut de l'honnêteté intellectuelle de la presse. C'est aussi le souhait d'y voir défendues un certain nombre de valeurs qu'on pourrait dire "de gauche" mais finalement universelles comme la défense de l'intérêt général, l'humanisme, le progressisme. En tant que militant de la France Insoumise, j'avais fermé les yeux sur quelques articles qui me déplaisaient. Je savais que vous n'étiez pas les plus grands admirateurs de Mélenchon et de son mouvement, mais quelle surprise ce 19 octobre de lire ces lignes sur les "premières découvertes des perquisitions Mélenchon". Le malaise ressenti à lire des "révélations" publiées à la hâte et qui relèvent, qu'elles soient vraies ou fausses de la vie privée; et qui à ce stade de l'affaire ne présentaient aucun intérêt si ce n'est que de participer au climat de suspicion et au lynchage médiatique à l'égard de ce qui reste de plus vaillant à gauche dans l'échiquier politique. Vous aviez là une responsabilité. Vous auriez dû prendre toutes les précautions nécessaires avant de jeter en pâtures des détails qui s'apparentent plus à des rumeurs du café du commerce que de l'information sérieuse et fiable. En tant que journal d'opinion, vous auriez dû penser aux conséquences néfastes qu'elles auraient non pas pour la France Insoumise, mais pour la démocratie à l'heure où la macronie détruit tout sur son passage et sape le moral des français en leur pourrissant la vie.

Si je n'ai pas d'autre choix que de payer la redevance audiovisuelle pour faire vivre des journalistes qui ont activement participé à l'élection de Macron et nous servent chaque jour une soupe infâme, j'ai encore le choix de ne pas consacrer mes derniers deniers pour permettre à d'autres de continuer le travail. Car j'aurais aimé autant de pugnacité et d'acharnement de votre part sur les comptes de campagne de LREM qui rappelons-le sont aussi visés par des irrégularités (et pas des moindres), de conséquentes ristournes et de mystérieux donateurs sans parler de la calamiteuse perquisition Benalla dont on ne sait toujours pas où s'est volatilisé le contenu de son coffre. Qu'à l'heure actuelle, des militants comme moi pourraient se retrouver fichés suite à la saisie des disques durs au siège de la France Insoumise.

Après plusieurs heures d'audition, Sophia Chikirou qui s'est admirablement défendue malgré la malveillance de Ruth Elkrief (elle aussi plus prompte à dérouler le tapis rouge pour LREM) a pu enfin mettre cartes sur table, et les griefs plus que légers à l'encontre de LFI sont en train de voler en éclats. Vous auriez pu vous distinguer de la meute en ne hurlant pas avec les loups. Vous avez préféré céder à la tentation du scoop et prendre le parti de vos confrères sur toutes les télés et radios, ce qui pourrait bien se retourner contre vous. L'avenir nous le dira, mais que cela vous permette au moins de vous remettre un minimum en question.

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