La Kanaky ne sera pas indépendante après le référendum du 4 novembre

Devant les sénateurs, Édouard Philippe a réaffirmé mardi 16 octobre l’impartialité de l’État quant au référendum d’autodétermination prévu le 4 novembre. Une position confortable dans la mesure où le résultat est couru d’avance : la Kanaky ne sera pas indépendante au lendemain du référendum. Un résultat déjà contenu en creux dans les accords de Nouméa en 1998, et de Matignon en 1988.

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« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » C’est la question à laquelle devront répondre, par oui ou par non, quelque 174 154 électeurs le 4 novembre prochain. Le dernier sondage disponible prévoit une large victoire du non qui l’emporterait avec 66 % des suffrages exprimés contre 34 % pour le oui. Un résultat dont la compréhension est inséparable de la répartition ethnique de la population de l’archipel. Sur les 268 500 habitants que compte la Nouvelle-Calédonie, seulement 39,1% se déclarent Kanaks, contre 40,3 % cinq ans plus tôt. Viennent ensuite les Européens (27,1 %), puis des populations océaniennes originaires de Wallis-et-Futuna, du Vanuatu ou de Tahiti (11,4 %) non acquises à la séparation avec la France. Enfin, 8,6 % des habitants se déclarent de plusieurs communautés.

L’idée d’un référendum est évoquée pour la première fois en 1983 lors de rencontres entre l’État français et une délégation politique kanake, indique Daniel Guerrier. Pour l’ancien coprésident de l’association information et soutien des droits du peuple kanak (AISDPK), la délimitation du corps électoral est déjà un des nœuds du problème. « Les kanaks font preuve d’une grande ouverture d’esprit, ils acceptent l’idée qu’au référendum pourront participer les victimes de l’histoire : les descendants des bagnards, leurs gardiens et les agriculteurs des premières colonies de peuplement. » Mais les négociations s’enlisent et ouvrent une crise politique à partir de la fin 1984 avec le boycott des élections territoriales et la proclamation par le FLNKS d’un gouvernement provisoire de Kanaky présidé par Jean-Marie Tjibaou. Elle durera quatre années jusqu’au massacre de la grotte d’Ouvéa et aux accords de Matignon en 1988.

 

Corps électoral bloqué

 

Les accords de Matignon du 26 juin 1988 prévoient l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans les dix années qui suivent. Mais le scrutin est repoussé par les accords de Nouméa en mai 1998 qui prévoient entre temps un transfert progressif de compétences de l’État en dehors des pouvoirs régaliens. Les deux accords acceptent l’idée d’un corps électoral bloqué pour cette consultation. « Il est moins bloqué que ne le souhaitaient les Kanaks. Les populations qui ont afflué sur le territoire lors du boom du nickel dans les années 60 et 70 ont été incluses dans le corps électoral. Cela noie les Kanaks dans leur propre pays », explique Daniel Guerrier qui évoque une circulaire de Pierre Mesmer en 1972 donnant instruction au haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie de « faire du blanc ».

Finalement sur un collège électoral global en Nouvelle-Calédonie de 210 105 personnes, 174 154 pourront voter le 4 novembre. Pour les non-Kanaks, il faut résider dans l’archipel de façon continue depuis au moins le 31 décembre 1993. Ainsi, les métropolitains arrivés pendant la période du boom du nickel ne sont pas exclus du vote. « Si ne pouvaient voter que les autochtones et les victimes de l’histoire, le référendum serait gagné », considère Daniel Guerrier. Mais le militant anticolonialiste estime que « l’inclination naturelle de l’État français est de garder la Nouvelle-Calédonie pour des raisons stratégiques ». Il est vrai que ce territoire concentre un quart des réserves mondiales de nickel et participe à faire de la France la seconde puissance maritime mondiale, derrière les États-Unis.

Si les résultats du vote du 4 novembre confirment les sondages, les indépendantistes pourront réclamer un second et même un troisième référendum d’ici 2022. Mais sans changement du corps électoral, ils n’auront pas plus de chance d’aboutir, fermant la porte à une indépendance par des voies pacifiques, négociée par les accords de Matignon et d’Ouvéa.

Extrait de l'interview de Daniel Guerrier, ancien coprésident de l'AISDPK, en fin d'article

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