LE SOMMET RHETORIQUE DE LA PERVERSITE JUDICIAIRE

Les structures perverses pullulent dans la Cité. Certains métiers en accueillent plus que d’autres. Le monde de la justice est à ce égard fort gâté.

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Les structures perverses pullulent dans la Cité. Certains métiers en accueillent plus que d’autres. Le monde de la justice est à ce égard fort gâté.

Aujourd’hui, j’aimerais faire comprendre à Constance, qui me suit avec grand intérêt, ayant été l’une de ces victimes malheureuses de l’institution judiciaire, de certains avocats et d’un grand établissement bancaire de chez nous, jusqu’où peut se faufiler la perversité dans la rhétorique judiciaire.

Lorsqu’un justiciable, un avocat – ou un magistrat – est confronté à une multitude de faits concordants laissant penser que ses allégués relèvent au mieux de la pitrerie, au pire de la crapulerie, il a tout d’abord une pensée émue pour la technique du déni : l’autre dit que le  plafond est blanc, moi je dis que c’est faux. Comme cet être humain sait que le plafond est blanc, avec cette technique, il va privilégier le transfert du doute chez celui qui doit finalement décider.

Il peut aussi utiliser la technique du mensonge, laquelle peut prendre diverses formes. Par exemple, il peut affirmer que le plafond est noir, espérant que son assertion sera crue. Il pourra ainsi par exemple miser sur l’argument d’autorité : c’est vrai, parce que c’est moi, avocat, juge ou noble dans la cité qui l’affirme; qui osera donc me contredire. L’autre technique serait, dans le même acabit, de faire venir toute une série de témoins qui, sous la foi du serment naturellement, avoueront avoir  bien vu la blancheur du plafond d’une chambre dans laquelle ils n’auront jamais même mis les pieds. Dans la même veine, la construction de faux dans les titres pour prouver ses dires est souvent une méthode tentée par les malfrats.

Mais le luxe suprême de la rhétorique de la perversité est situé dans une autre extrémité. Il s’agit de dire que l’autre, que je veux détruire, avec les indices qu’il met en avant et les preuves qu’il dépose pour fixer à jamais la véracité de ses dires, ne sont qu’une apparence de réalité. Voici la phrase type que je conseille à tous les avocats d’utiliser, car elle paraît ne déclencher aucune réaction de rejet dans les hautes sphères de la justice de chez nous :

C’est tellement beau que je vais l’écrire en caractères bien gras et bien gros :

Je ne peux que réaffirmer, une fois encore, que ces allégations sont mensongères, et ont pour seule finalité de créer une apparence trompeuse (1) sans lien aucune avec la réalité.

Nul besoin de vous dire que celle qui émet cet écrit n’a jamais cherché à démontrer les mensonges auxquels elle se réfère, puisque ceux-ci sont tous documentés par pièces, par témoins et par démonstration logique. Il s’agit ici simplement de faire croire à celui qui devra décider que tout est faux et que l’apparence doit être combattue sans même avoir à discuter l’argument de l’autre.

La technique peut être illustrée par cet exemple culinaire. Je vais à Conthey acheter mon repas valaisan du soir, des pommes de terre, de la viande séchée, du fromage mi vieux et des oeufs. Je prends une photographie du plat finalisé. Et la réthorique judiciaire en exercice de dire : la viande séchée n’est pas valaisanne, les œufs viennent d’Espagne, le fromage, c’est du camembert mou et la photographie est truquée. Lorsqu’est montrée à ce phénomène humain le ticket d’achat correspondant à ce qui a été ingurgité, la réponse fuse : il s’agit d’une vraie fausse copie, volée à un promeneur solitaire au moment où celui-ci cueillait des champignons en forêt.

L’invocation de l’apparence trompeuse peut aussi être savoureuse lorsqu’elle est invoquée pour s’opposer à une demande de récusation, Pourquoi ? Parce que le Tribunal fédéral lui-même indique alors que l’apparence de partialité suffit pour exclure un magistrat d’une décision dans laquelle ses conflits d’intérêts apparaissent aussi gros qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Si l’on poursuit dans cette voie de la perversité la plus absolue, on dira que la sincérité de ce témoin est mensongère, que cet écrit signé et légalisé par un notaire n’a aucune valeur probante par rapport au résultat souhaité par les dominants, que l’afflux d’indices attestant la réalité d’un crime n’est qu’un amont d’imaginations fausses devant aboutir à un asyle psychiatrique ou que les évidences résultant des analyses ADN doivent être minimisées par la probabilité non nulle de substances mélangées à mauvais escient.

Finalement, à bien peser le pour et le contre, on devrait, tous ensemble, procéder à l’enfermement à vie de Gabriel Luisier, coupable d’avoir inventé des pièces, d’avoir imaginé des décisions d’organes communaux, d’avoir matérialisé des propos dans une clef USB perdue et d’avoir refusé d’accepter son licenciement sans faire de bruit, puisque les intérêts financiers de la collectivité étaient d’accepter tous ces actes d’illicéité.

La justice perverse, c’est ce qui me débecte le plus.

Il semblerait pourtant que certains en jouissent au plus profond de leur corps.

Bonjour à tous les créatifs vrais qui s’opposent au mensonge, à la fausseté et aux ordures ménagères.

 

 

(1) Est-il besoin de dire que la tromperie n’est pas même esquissée !

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