Catalogne, 9 Novembre : les raisons de la colère

(Par BEATRICE RIAND)Pour quelle raison s’entêtent donc ainsi les Catalans ?Au-delà de la discrimination culturelle, au-delà de la catalanophobie, au-delà de la spoliation fiscale, au-delà d’un passé qui a vu l’Espagne les soumettre par la force, il y a un présent politique qui les insupporte.

(Par BEATRICE RIAND)

Pour quelle raison s’entêtent donc ainsi les Catalans ?

Au-delà de la discrimination culturelle, au-delà de la catalanophobie, au-delà de la spoliation fiscale, au-delà d’un passé qui a vu l’Espagne les soumettre par la force, il y a un présent politique qui les insupporte.

IMG_1806Il y a quelques jours, lors du dîner de gala offert par Madrid en l’honneur de la présidente du Chili, la reine d’Espagne, la très belle Letizia, portait un diadème de diamants. Une guirlande de feuillages et de fleurs en diamants. Un cadeau de Franco.

Un passé toujours présent. Toujours honni par les Catalans.

Lundi 27 octobre, ainsi que le révèle elSingular.cat, le gouvernement espagnol a permis à un parti nazi, Aube dorée, de s’inscrire au registre des partis politiques du Ministère de l’Intérieur.

Le fascisme est toujours présent. Toujours honni par les Catalans.

Comment vivre dans un pays qui admet la légalité de l’existence d’un parti ouvertement fasciste et interdit les urnes ?

Mas9NAujourd’hui, le Président Artur Mas s’est exprimé pour la première fois publiquement après la suspension de la participation citoyenne décrétée par le Tribunal Constitutionnel : « Nous ne sommes pas en train de faire un référendum pour déclarer l’indépendance dans les 48 heures. Nous convoquons à un processus participatif pour connaître l’opinion des citoyens sur le futur politique de la Catalogne. Si cela ne peut se faire dans la normalité, les citoyens espagnols doivent aussi réfléchir sur la qualité de la démocratie en Espagne ». Le Président de l’exécutif catalan souligne par ailleurs que non seulement il a reçu un mandat clair du peuple catalan, via les élections de 2012, qui ont conduit une forte majorité de députés indépendantistes au Parlement, mais qu’il s’appuie également sur la base d’un ample consensus social, ainsi que l’ont démontré les immenses manifestations des trois dernières années. S’appuyant sur cette base sociale, politique et institutionnelle, Artur Mas rappelle qu’il a envoyé 23 propositions à Madrid, dont 22 sont restées sans réponse. Face à un Etat central qui ne dialogue pas, mais interdit tout, le Président en appelle à la dignité : « Un pays (la Catalogne) qui a réussi à maintenir bien vivante son identité tout au long des siècles, et de plus un pays à la mentalité ouverte … ce pays ne peut se laisser ainsi humilier ». Pour Artur Mas, le gouvernement espagnol défend abusivement son territoire, alors que la Catalogne défend le droit de ses citoyens à l’autodétermination, quel que soit le résultat du vote. Selon lui, le gouvernement espagnol ne comprend pas ce qui se passe en Catalogne, « parce que celui qui est habitué à commander voit les relations sous la seule forme de la subordination ».

Sur les raisons qui poussent le gouvernement catalan à s’engager dans cette lutte contre l’Etat espagnol, Artur Mas s’engage clairement  : « Pour développer notre propre projet de paix, et de société. Nous voulons construire une Catalogne meilleure, et nous pouvons le faire ».

Soyez assurés que dans ce pays, ce très vieux pays, aucun parti fasciste ne sera toléré. Et la figure de Franco, responsable de la mort de dizaines de milliers de Catalans, torturés, fusillés, jetés dans des fosses communes qu’aujourd’hui encore l’Espagne du XXIe siècle se refuse à ouvrir pour leur offrir une sépulture digne de ce nom … la figure du dictateur sanglant qu’il fut sera bannie de la vie politique, pour se transformer en un sujet d’étude pour les historiens.

Pour qui voteront-ils ?

Les Catalans, pour ouverts qu’ils soient à l’avenir et à ses multiples opportunités, n’oublient pas le passé.

Non, aujourd’hui encore, ils ne pardonnent pas 1714, ou la guerre civile.

S’ils voteront pour eux, pour l’avenir de leurs enfants, ils le feront aussi par respect pour tous ceux qui ont perdu la vie dans la lutte pour l’indépendance, et pour tous ceux dont la voix s’est tue.

votare« Je voterai pour toi » est la dernière vidéo publiée dans le cadre de la campagne, «Maintenant il est l’heure », initiée par l’Assemblée nationale catalane et Omnium Cultural.

Vingt personnalités, actives en politique ou dans le monde de la culture, ont ainsi été filmées, une photo à la main. La raison de leur vote. Ceux qui leur rappellent la valeur du mot engagement.

Le Président Artur Mas a choisi Pau Casal, violoncelliste, chef d’orchestre et compositeur, reconnu mondialement pour son engagement en faveur de la paix puisqu’il a été proposé comme Prix Nobel de la paix en 1958 et recevra en 1963 la Médaille de la Liberté par le Président des Etats-Unis, puis la Médaille de la Paix par les Nations-Unies en 1971. Ce défenseur acharné de la Catalogne a fait du Chant des Oiseaux, une chanson populaire catalane, un hymne personnel.

Le leader de la Gauche républicaine catalane, Oriol Junqueras, rappelle le souvenir de Lluis Companys, président catalan livré par la Gestapo à Franco, qui le fera fusiller.

Muriel Casal, présidente d’Omnium Cultural, met en avant le socialiste Antonio Gutierrez Diaz, personnage-clé de la lutte contre le régime franquiste en Catalogne, ce qui lui vaudra d’être emprisonné à plusieurs reprises.

Carme Forcadell, présidente de l’Assemblée Nationale Catalane, pense à Marti Gasull, né en 1969, qui s’implique dans la défense et la promotion de l’usage de la langue catalane dans tous les milieux.

Eduardo Reyes, président de Sumate, montre la photo de Paco Candel, écrivain d’origine espagnole, mais résidant en Catalogne depuis son enfance. Le livre qui l’a rendu célèbre s’intitule « Les Autres Catalans ».

Les Catalans voteront le 9 novembre, à moins que le gouvernement espagnol ne leur interdise par la force l’accès aux urnes.

Et leur ironie, en ces temps difficiles, demeure aussi mordante : dans une vidéo, c’est la voix de Rajoy qui les encourage à voter sur leur futur.

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