Catalogne, le "pendant" 9N : "J'ai vu cette terre !"

(Par BEATRICE RIAND)

Durant la journée d’hier, les Catalans n’ont cessé de twitter, et de relayer non seulement l’information, mais aussi ce qu’ils pouvaient ressentir lors de ce scrutin historique.

Il y a eu les réactions des dirigeants, comme celles d’Artur Mas : « Je regrette que les premières réactions de Madrid soient encore pure myopie politique ».

De la lassitude face à l’attitude méprisante du Ministre de la Justice, qui disqualifie publiquement la participation citoyenne, et la dévalorise. Francesc Codina ne s’y trompe pas quand il analyse cette prise de position : « Grande stratégie anticonsultation de la part du nationalisme espagnol : d’abord je te casse la jambe pour que tu marches de travers, et ensuite je te critique parce que tu marches de travers ».

De la lassitude encore face à l’attitude menaçante adoptée par le Ministre de la Justice, qui promet des poursuites pénales à tout va, ainsi que le démontre Marta Niubo : « Bla bla bla … REBELLION … bla bla bla … SEDITION … bla bla bla … PEINE DE PRISON … ha ha ha ! Vous me faites de la peine ».

Et puis des constatations ironiquement lucides, ou lucidement ironiques, à votre convenance, à l’image de celle de Yesca Castilla : « Deux millions de votes ne sont rien comparés aux millions de votes qu’a reçues la candidature de Felipe VI pour le poste de chef d’Etat ».

taxilIl y a eu aussi de la pure ironie, du grand Léo Taxil : « Alicia Sanchez Camacho (leader PP) dit que les Espagnols sont nos frères. Et c’est là que me vient en mémoire la Bible … ».

Et toujours de l’ironie, avec un rappel mordant du passé, en relation avec le moment présent, de la part de Anacleto Panceto : « Il est incroyable que les Catalans, qui s’unirent à l’Espagne dans une guerre pacifique, veuillent se séparer par le biais d’un violent référendum ! ».

Parfois pointe un certain étonnement indigène, relayé par Veronica : « Ils nous ont toujours traités de Polacs, et maintenant ils nous rappellent que nous sommes Espagnols ? ». Ou étranger, comme le rapporte Carles Porta : « Un chauffeur de taxi à Londres m’arrête et me demande pourquoi il y a des queues ? Nous sommes des Catalans en train de voter. Réponse : Et vous devez venir jusqu’à Londres pour voter ? ».

 

Ou apparaissent des plans sur la comète formulés par des Espagnols , dont Dieu se fait l’écho : « Le plan est le suivant : d’abord la Catalogne s’indépendantise, puis nous nous y rendons tous. Et que Rajoy reste seul ! ».

Il y a eu des  conseils pratiques … comme par exemple celui donné par Liz Castro : « Ceux dont le DNI est caduc (et vous n’êtes pas peu dans ce cas), allez demain au Palais Robert pour voter. Appelez le 012 pour plus de renseignements ».

Et des prévisions … comme celle de Benegre.cat : « le baby boom du 9N garantira les pensions d’une Catalogne indépendante ».

Sans oublier les constatations pragmatiques  ou franchement dépitées de certains volontaires, rapportées par Salvador Cardùs Ros : « Mon compagnon de table (électorale) a défini la situation : c’est une démocratie IKEA : nous devons la monter tout seuls ! », ou Andreu Cabré : « Je dois admettre que je suis un volontaire un peu pathétique : j’ai laissé tomber un biscuit dans l’urne ».

Il y a eu la franche rigolade de Silvia Bel, venue voter dans un établissement scolaire : « Ma petite fille me dit qu’elle n’avait jamais vu tant de gens contents d’entrer dans une école ! ».

Il y a eu les messages de soutien d’autres provinces espagnoles, tel celui de Vincent Flor : « Que voulez-vous que je vous dise ? Comme valencien, je ressens de l’admiration, et un peu d’envie, face à la capacité d’organisation et de lutte pour la liberté de la Catalogne ».

Il y a eu les cris du cœur venus de l’extérieur,  comme celui de Michel Laurence : « On a beau dire que le vote en Catalogne est symbolique, rien n’est plus fort qu’un symbole ! Vive la Catalogne libre ! ».

 

VieuxIl y a eu beaucoup d’émotion … comme celle suscitée par ce vieux monsieur, venu voter avant de se rendre à l’enterrement de son épouse : « elle aurait été la première à le faire ».

Emotion partagée par les anciens, venus en grand nombre, et par les plus jeunes.

Emotion qui surgit en souvenir des temps passés, des temps terribles, ou qui remonte face à un enfant de quinze jours, photographié par son père alors que sa mère glisse son bulletin dans l’urne.

Emotion face à un peuple qui s’unit, qui s’unit réellement pour un projet commun … et qui permet à des Catalans d’horizons différents de se réunir autour d’une table, dans un restaurant, et de partager cet espoir commun.

Emotion face à la conscience d’être à un tournant, de participer à quelque chose qui nous dépasse tous, mais qui perdurera.

Emotion et fierté, parce qu’il s’agit là d’une révolution exemplaire par son pacifisme, et les valeurs de paix et de démocratie qu’elle véhicule.

Comme Frédéric Mistral, je remercie les Catalans, « de loin, ô frères », et « pour la gloire du pays »,  demande à la coupe, la sainte coupe : « Verse-nous les espérances, et les rêves de la jeunesse, le souvenir du passé, et la foi dans l’an qui vient ».

Comme Salvador Espriu, hier, « he mirat aquesta terra », j’ai vu cette terre, j’ai vu ces gens.

Comme Artur Mas, je le dis, je le pense, je suis orgueilleuse d’être Catalane.

Comme le disait Francesc Homs ce matin, « le succès d’hier n’est pas dû au gouvernement, c’est le succès d’un pays ».

Et quel pays !

 

Gracies

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.