L'ultime recours de la Catalogne : des élections plébiscitaires !

(Par BEATRICE RIAND)Le refus réitéré de Madrid : il n’y aura pas d’accord avec BarceloneLe Président du gouvernement espagnol a donné aujourd’hui une conférence de presse, durant laquelle il réaffirme son refus à une quelconque négociation sur une consultation souverainiste en Catalogne, au nom de la Constitution, que par ailleurs il se refuse à réformer. Concernant la demande de dialogue initiée par le Président Artur Mas, à qui il reproche une déloyauté institutionnelle, Mariano Rajoy ne compte pas y donner suite : « On ne peut dialoguer sur ce qui est impossible».

(Par BEATRICE RIAND)

Le refus réitéré de Madrid : il n’y aura pas d’accord avec Barcelone

Le Président du gouvernement espagnol a donné aujourd’hui une conférence de presse, durant laquelle il réaffirme son refus à une quelconque négociation sur une consultation souverainiste en Catalogne, au nom de la Constitution, que par ailleurs il se refuse à réformer. Concernant la demande de dialogue initiée par le Président Artur Mas, à qui il reproche une déloyauté institutionnelle, Mariano Rajoy ne compte pas y donner suite : « On ne peut dialoguer sur ce qui est impossible».

Pour l’Espagne, il n’y a pas eu « de consultation » ce 9 novembre, mais un « simulacre électoral ». Cette journée ne serait donc pas un succès, mais au contraire aurait vu « l’échec profond du projet indépendantiste », avec des chiffres « qui n’ont aucune crédibilité ».

sorayaHier déjà, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, avait repoussé la demande du Président Mas : « S’ils veulent l’indépendance, nous arriverons difficilement à un accord ».

Le Partido Popular, qui craint sans doute les élections de fin d’année 2015, et la perte du pouvoir, ne veut pas perdre ses voix. Et s’entête donc dans une attitude rigide, qui ne fait qu’aggraver les tensions. Et servir les intérêts de ceux-mêmes à qui il dénie l’accès aux urnes.

Le temps des représailles

Avant le 9N, il y a eu des menaces, puis des manœuvres d’intimidation, avec la venue d’une frégate militaire à Barcelone, trois jours avant la consultation. Sans compter la colonne de blindés, sur l’autoroute en direction de la capitale. Ou encore les jeeps militaires qui parcouraient les villages. Et des entraînements militaires suspects.

Puis, durant le 9N, les attaques informatiques contre la Generalitat se sont multipliées par 60’000 par rapport à un jour normal. Il s’agirait là d’attaques organisées, qui ont mis en péril des services sensibles, comme ceux permettant l’accès aux services des urgences médicales. Selon le Président Mas, il s’agirait là d’un fait inusuel, qui démontrerait à quel point le 9N a été sujet à des tentatives d’entrave à son bon déroulement. La Catalogne diligentera une enquête afin de trouver les coupables.

Mais l’après 9N voit une escalade dans les tensions entre les deux gouvernements. La Fiscalia Superior de Catalunya, l’organe représentant la justice espagnole en Catalogne, prévoit de déposer des plaintes à l’encontre d’Artur Mas pour avoir autorisé la tenue du 9N, ainsi qu’à l’encontre de la vice-présidente catalane, Joana Ortega, pour avoir expliqué à la presse le décompte des votes. Irene Rigau, conseillère en charge de l’Enseignement, et un autre conseiller, non encore explicitement nommé, seraient également visés.

Que leur reproche-t-on ?

Notamment, un acte de désobéissance (sédition), ainsi que la malversation de fonds publics, en relation avec les dépenses liées à l’organisation de la consultation symbolique. Rappelons ici que cette dernière s’est tenue grâce surtout à la mobilisation de plus de 42’000 volontaires, qui en aucun cas, n’ont été défrayés par l’exécutif catalan …

MOssosPar ailleurs, les Mossos d’Esquadra, la police catalane, à qui la Fiscalia a demandé d’identifier les personnes responsables de l’ouverture des centres publics qui ont servi de bureaux de vote, s’est limitée à remettre au Ministère Public une lettre de Joana Ortega, dans laquelle cette dernière ne transmet aucun nom mais réaffirme que le gouvernement catalan assume toute la responsabilité liée à l’ouverture de ces centres publics.

« Moins de tribunaux et plus de politique », demande Artur Mas

L’Espagne judiciarise encore et toujours un conflit politique, preuve en est que c’est Alica Sanchez-Camacho, présidente du PP en Catalogne, qui, mardi, annonçait sur Télécinco les poursuites judiciaires initiées à l’encontre du gouvernement catalan, ce qui lui a valu les foudres de Madrid, qui ne souhaitait certainement pas que se dévoile ainsi la parfaite perméabilité existant entre les pouvoirs politiques et judiciaires.

L’Espagne politise donc encore et toujours ses tribunaux, puisque ce n’est pas la Fiscalia qui annonce ses poursuites, mais la représentante de Rajoy en Catalogne.

Face aux plaintes qui s’amoncellent, et qui visent sans aucun doute à l’inhabiliter, à le destituer, Artur Mas reste serein, et, durant la session parlementaire de ce matin, avertit l’Espagne de l’ « image dramatique » qu’elle donnera au monde si elle poursuit un gouvernement pour avoir installé des urnes.

Nul doute en effet qu’un tel acte permettrait à toute la communauté internationale d’évaluer enfin à sa juste mesure la qualité démocratique de l’Espagne.

Précisons enfin que ces dérives autoritaires n’ont guère impressionné les Catalans qui, sur Twitter, « s’autoinculpent » à tout va. De multiples usagers, spontanément, délivrent leur nom, à l’image de cette journaliste : « Je m’appelle Pilar Rahola et je m’accuse d’un grave délit : avoir voté », y adjoignant une photo d’elle en train de déposer le bulletin de vote dans l’urne.

Le 9 N, il y avait des urnes en carton. Mais force est d’admettre que les Catalans ont une volonté de fer !

Des élections plébiscitaires inévitables !

Le Président Mas l’avait dit : elles sont l’ultime recours, celui qui prévaudra après que toutes les tentatives aient échoué.

RajoyNous y sommes. Madrid ne joue que sur un seul registre : le théâtre du NO, datant des 14e et 15e siècles, au jeu très codifié. Ces pantomimes dansées, aux costumes somptueux, n’en sont pas moins des drames.

Les partis politiques vont désormais se réunir, afin de décider s’ils vont se présenter sous une liste unique, avec un seul point au programme, l’indépendance (ce que n’écarte pas Oriol Junqueras, leader du second parti catalan, ERC) ou se présenter sous des listes différentes.

Quant au calendrier … étant donné les élections autonomiques (municipales) catalanes durant le printemps et nationales à la fin de l’année 2015, elles ne pourront qu’avoir lieu en tout début d’année.

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