Que visca Dinamarca !

(Par BEATRICE RIAND)Le droit à l’autodétermination demandé par les Catalans s’invite dans le Parlement danois, qui demande à  l’Espagne d’initier un dialogue avec la Catalogne 

(Par BEATRICE RIAND)

Le droit à l’autodétermination demandé par les Catalans s’invite dans le Parlement danois, qui demande à  l’Espagne d’initier un dialogue avec la Catalogne

 

L’Assemblée Nationale Catalane danoise a réussi à convaincre les députés danois de se pencher sur la question catalane

L’appel au débat a été initié par le député du parti Endhedslisten (Alliance rouge et verte), Nicolaj Villumsen, par le biais de la question suivante : « Comment le gouvernement danois demandera que soit respecté le droit des peuples à l’autodétermination, considérant la large majorité du Parlement catalan, de la société catalane et du gouvernement catalan, qui veulent que soit organisé un référendum sur l’indépendance ? ».

Interviewé par Vilaweb le  lundi 27 avril , le député danois S. Skaale, membre du Parti Social Démocratique, se montre favorable au droit à l’autodétermination des Catalans. Il explique qu’il est originaire des Iles Féroé, qui bénéficient d’un statut spécial : « Nous appartenons au Royaume du Danemark, mais nous sommes une nation sans état. Nous avons notre pays, notre système fiscal, notre langue, notre Parlement. Il n’y a aucune loi qui s’applique dans les Iles sans avoir été approuvée par les Iles. Nous avons le droit d’autodétermination, et nous pouvons convoquer un référendum et choisir notre destin quand nous le voulons. Et je crois que c’est une honte que certaines nations sans état ne puissent avoir la possibilité de choisir le leur ».

Un débat de 45 minutes au Parlement danois

Sept des huit partis politiques, de tous horizons,  ont donc débattu, avec le Ministre des Affaires Etrangères, Martin Liedegaard, sur la question catalane. Selon Carlos Villaro, membre de l’ANC danoise, le débat s’est révélé être très « intéressant ». Il soulève que par ailleurs le Parlement danois a exprimé son admiration pour le peuple et l’histoire de la Catalogne, et proposé que la Catalogne et l’Espagne dialoguent d’égale à égale, et négocient une solution, pacifiquement et démocratiquement.

Interrogé par Vilaweb mardi 12 mai, Nicolaj Villumsen s’explique sur les raisons qui l’ont conduit à s’impliquer pour la cause catalane : « Je crois que le droit à l’autodétermination est une question importante pour tout un chacun. Au Danemark, nous avons une tradition de trouver des solutions démocratiquement. Par exemple, en 1920 il y a eu une votation démocratique pour savoir où devait se situer la frontière avec l’Allemagne. Les îles Féroé et le Groenland ont aussi voté et maintenant font partie du Danemark. C’est cela, le droit à l’autodétermination, et devenir indépendant ou pas le décide la population ». Il espère par ailleurs que le message  envoyé par le Danemark à l’Espagne sera entendu, et que d’autres parlements européens prendront aussi position sur cette question.

La résolution votée le 19 mai

Le texte, voté par la majorité des députés danois présents (64), n’a rencontré aucune opposition, même s’il convient de relever que 41 députés se sont abstenus.

En voici la teneur : « Le Parlement danois prend note de l’explication du gouvernement sur les aspects juridiques, historiques, politiques et internationaux en relation avec la situation de la Catalogne et adopte l’opinion que la question de l’indépendance de la Catalogne est un sujet de dialogue pacifique et démocratique entre la Catalogne et le Gouvernement espagnol à Madrid ».

La Catalogne dans l’agenda européen !

Concernant la résolution danoise, Albert Royo (Diplocat) relève que tant le Parlement que le Gouvernement catalan cherchent à dialoguer avec l’Espagne depuis déjà trois ans, en vain, mais relève le fait que la question catalane est bien inscrite  désormais dans l’agenda européen.

En effet, pour la première fois, un gouvernement et un parlement de l’Union européenne refusent de cautionner l’argument massue de la diplomatie espagnole, à savoir que la question catalane relève des « affaires internes » de l’Espagne. Ainsi, le Danemark n’a pas fui ses responsabilités et ouvre une brèche dans la stratégie élaborée depuis longue date par l’Espagne : instrumentaliser la justice pour interdire les urnes, se référer à une Constitution obsolète car votée dans la précipitation d’un post-franquisme qui ressemblerait plutôt à un néo-franquisme défroqué puisqu’aujourd’hui encore une certaine forme de dictature persiste et interdit à tout un peuple de se déterminer démocratiquement sur son futur … L’Espagne a mal à sa démocratie, c’est ce que souligne la résolution danoise, qui refuse ainsi d’avaliser l’intransigeance ibère.

 

La Catalogne poursuit  son bonhomme de chemin, s’insinue dans les pensées comme dans les parlements, par la force de sa société civile qui poursuit un rêve, un rêve légitime.

La Catalogne votera le 27 septembre de cette année … et espère qu’elle pourra déclarer unilatéralement son indépendance si elle gagne ces élections. Ensuite, elle aura 18 mois pour créer un Etat, rédiger une Constitution, faire ratifier tout cela par sa population. Encore faut-il que l’ONU, l’Union européenne et l’Espagne acceptent de dialoguer pacifiquement et démocratiquement …

En attendant … que visca Danamarca !

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