Sur la route de l'indépendance de la Catalogne. De quoi Pep Guardiola est-il le nom ?

Pep Guardiola sera inscrit en dernière position de la liste unitaire conduite par Raul Romeva sur laquelle figureront les représentantes des associations de la société à l’origine des grandes manifestations du mouvement indépendantiste de ces dernières années, Carme Forcadell pour l’ANC, et Muriel Casals, pour Omnium Cultural, ainsi que les deux leaders de la droite et de la gauche, Artur Mas (droite libérale) et Oriol Junqueras (gauche républicaine). Que signifie le surgissement dans le champ politique du coach catalan ?

 

La politique dans la démocratie d’aujourd’hui ne peut s’extraire des champs de la publicité, du marketing et du spectacle. Le mouvement indépendantiste le sait. Dans ce cadre il a été décidé en vue des élections plébiscitaires de construire la liste la plus convaincante possible pour atteindre une majorité devant conduire à une déclaration unilatérale d’indépendance. Le FC Barcelone, une association qui n’a pu être détruite par le franquisme, est l’un des symboles les plus forts en Catalogne du combat politique indépendantiste. Par exemple, à la 17ème minute et 14 secondes de chaque match à domicile du Barça, et lors de chacune des deux mi-temps, les supporters et socios réclament dans un mouvement concerté et réfléchi l’indépendance pour la Catalogne. Nou Camp exprime alors un NON ferme à la politique madrilène et un OUI au destin catalan si cruellement frappé le 11 septembre 1714, un jour de deuil devenu jour de fête nationale.

 

Pep Guardiola de par ses succès à répétition avec le Barça de Puyol, Xavi et Iniesta, a acquis une notoriété nationale et internationale incontestable qui en fait le porte-parole de la réussite catalane à travers le monde. De plus, politiquement, au sens large. Pep Guardiola est aussi légitimé de par sa double appartenance à l’ANC et à Omnium Cultural, auxquelles il a apporté publiquement son soutien ces dernières années.

 

Pep Giardiola véhicule de même l’idée des compétences exportatrices de la Catalogne. Voilà un technicien catalan qui travaille aujourd’hui à l’intérieur même de l’Allemagne conquérante au sein de son plus prestigieux club de football, le Bayern Munich. Voilà un homme qui se remet en question à l’étranger, dans un pays qui n’est pas le sien, dirigeant des hommes d’une autre culture, convaincu pourtant de pouvoir transmettre à l’extérieur quelque chose appartenant en propre à l’âme catalane.

Pep Guardiola transporte avec lui également quelque chose qui a affaire avec la bienveillance et la fermeté catalanes. Je vous respecte, mais je sais aussi qui je suis. Je suis tolérant avec autrui, mais j’entends que l’autre comprenne d’où je viens et m’écoute aussi dans un souci de juste réciprocité.

En acceptant d’être le dernier de liste, Pep Guardiola sait que les signifiants de son prénom et de son nom peuvent convaincre à l’intérieur des terres catalanes tous ceux, et ils sont nombreux, qui admirent chaque week-end la qualité du football présenté par le FC Barcelone. En se positionnant ainsi, il veut peut-être également dire au peuple catalan qu’il ne doit pas avoir peur de s’engager, qu’il ne doit pas avoir peur d’affronter le débat en Europe, de convaincre à l’extérieur de ses frontières comme il aura convaincu à l’intérieur de la Catalogne si la liste unitaire parvient à dégager une majorité des citoyens sur la route de l’indépendance de la Catalogne.

Pep Guardiola emporte sur son nom également pas mal de haine et d’incompréhension, la haine de Madrid pour tout ce qui vient de la Catalogne, l’incompréhension de tous ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse aujourd’hui à ce point mélanger la politique et le sport. Pourtant lorsque l’Espagne, composée de 7 Catalans, remporta la Coupe du Monde, personne ne put ou n’osa rien de dire de sérieux contre Xavi qui défila avec le drapeau de la Catalogne en lieu et place de celui de l’Espagne. L’union n’était que de façade, la Catalogne insolente se félicitant quatre ans plus tard de l’élimination au premier tour de la troupe du Madrilène Del Bosque qui avait relégué sur le banc des joueurs du Barça. Le sport est un atout politique que le mouvement indépendantiste veut s’adjoindre. Pep Guardiola devient alors un capitaine de la politique catalane.

Pep Guardiola, en figurant sur la liste unitaire, dit enfin qu’il convient de faire confiance à cette improbable alliance de la société civile, de la droite conservatrice et libérale et de la gauche républicaine. Le Barça devient alors la métaphore de l’équipe indépendantiste, dans laquelle il faut composer avec des caractères opposés, comme l’a su si bien faire l’entraîneur avec les stars de sa formation.

Pep Guardiola est empreint à n’en pas douter d’un esprit d’ouverture. Si tel n’était pas le cas, comment comprendre que lui, le Catalan, ait fait venir au Bayern Munich, xXvi Alonso, la star et milieu de terrain du Real Madrid ? Pep Guardiola a dit alors à la face de l’Allemagne dominante que lui, le Catalan, appréciait les hommes de l’autre camp avec qui il était prêt à construire un monde meilleur. Le mouvement indépendantiste saura prendre appui sur les intelligences les plus constructives de l’Espagne. La revendication indépendantiste ne doit pas être comparée à un mouvement nationaliste intégriste et fasciste comme veulent le faire croire certains esprits d’une crasse mauvaise foi des partis totalitaires espagnols.

Pep Guardiola sait qu’il n’échappera pas à des critiques virulentes, méchantes, mauvaises. Il est prêt à en accepter le risque de la même manière qu’il propose à la Catalogne d’accepter le risque de l’indépendance. Déjà dans la presse madrilène on le qualifie de traître. Mais ceux qui le décrivent ainsi ne connaissent pas l’homme dont les convictions indépendantistes ne sont pas de pure circonstance. Il montre au peuple catalan, aux citoyens catalans, au monde entier, qu’il assume le prêt de son nom pour le confier à la cause de la liberté d’autodétermination du peuple catalan.

Pep Guardiola est le symbole du risque de la liberté assumée par le peuple catalan.

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