RDA - Catalogne : Et si Gandhi avait raison ...

(Par BEATRICE RIAND)

Et si Gandhi avait raison …

… quand il déclarait : « D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent et enfin, vous gagnez » ?

Quelle est la caractéristique commune à l’immense majorité des révolutions qui essaiment de par le monde ?

Elles fracassent la société civile : elles la fractionnent, la divisent. Elles dressent le père contre le fils, le frère contre le cousin. Et construisent de gigantesques cimetières, dans lesquels reposent les cadavres gris de la colère.

Elles fracassent les infrastructures : elles détruisent les écoles comme les hôpitaux, transforment les villes et villages en champs de ruine, anéantissent les voies de communication.

Elles fracassent l’économie, l’accès à l’instruction, anéantissent la tolérance et dressent avec une rapidité déconcertante des murs de haine entre les différentes franges de la société, des murs consolidés par les cendres des victimes.

Par chance, des reporters témoignent des atrocités commises. Par chance, et au péril de leur vie, ils se rendent sur les lieux de ces conflits, et nous informent. Mais quelle leçon en tirent nos gouvernements, nos dirigeants européens, bien installés dans une paix qui dure depuis maintenant bientôt 60 ans ?

L’ancienne Yougoslavie s’est déchirée sous nos yeux. Et l’Ukraine, qui se rêve européenne, se débat entre menaces d’extrême-droite et ingérence du géant russe.

Les intérêts économiques faussent systématiquement la donne, et chacun de se vendre, et de trahir ses idéaux …

Angela Merkel s’est rendue il y a quelques jours en Espagne. Elle affirme soutenir fermement Mariano Rajoy dans son opposition à l’organisation prévue le 9 novembre d’un référendum sur l’autodétermination de la Catalogne. Et piétine donc allègrement l’Histoire. Son histoire.

Rajoy avance que « Catalunya es Espana », et que par conséquent tous les Espagnols doivent pouvoir se prononcer sur le sort de la Catalogne. Et Merkel, originaire de la RDA, approuve ?

Et si l’on relisait rapidement le passé, sans faire preuve de mémoire sélective ?

En Allemagne de l’Est, en 1989, le mécontentement populaire grandit, et se traduit par des manifestations monstres, les Manifestations du Lundi, qui réunissent par exemple à Leipzig 70’000 personnes le 9 octobre. Puis 120’000 le 16 octobre. Et encore 320’000 le 23 du même mois. Vous admettrez sans peine que ces chiffres, pour impressionnants qu’ils soient, semblent bien pâles à côté des millions de citoyens catalans qui ont manifesté durant les dernières années, à l’occasion de leur fête nationale, afin de réclamer, comme les Allemands en d’autres temps, un changement.

La démission de Honecker, suivie par celle de ses ministres et du Politbüro, ne calmera pas les esprits, et les revendications des Allemands de l’Est prennent un tour plus nationaliste. Ce nationalisme qu’aujourd’hui on reproche aux Catalans.

Les frontières vont donc s’ouvrir, le 9 novembre de la même année. Le 9 novembre, jour choisi par les Catalans pour célébrer leur référendum. Alors qu’autrefois, un Mur chute, octroyant ainsi la liberté aux Allemands de l’Est, dont Merkel, cette dernière approuve aujourd’hui que la Catalogne, asservie par les armes en 1714 (comme les Allemands en 1945), soit toujours maintenue dans un enclos dont elle rêve de sortir ?

Le 13 novembre 1989, Gorbatchev déclare que la réunification est une question que les Allemands doivent régler entre eux. Et aujourd’hui Merkel prend position sur un conflit externe à son propre pays ?

En 1989, en Allemagne de l’Est, la Constitution est modifiée, afin de permettre aux citoyens de s’exprimer librement. Et aujourd’hui, l’Espagne, soutenue par Merkel,  s’appuie sur sa Constitution, afin d’interdire des votations ?

Lorsque le 23 août 1990, la Chambre du Peuple (Volksammer) de la RDA décide une déclaration d’adhésion avec effet le 3 octobre, le gouvernement ou le parlement de la RFA n’ont pas été consultés. Et la Catalogne devrait attendre de l’Espagne que cette dernière fixe une date, un échéancier ?

Nos dirigeants ne tirent aucune leçon du passé politique, seuls priment les intérêts économiques, et Merkel en constitue la parfaite illustration. L’Allemagne, comme en d’autres temps, torture l’Europe. Les nazis ont disparu, mais reste la posture rigide du gendarme. Les nazis prônaient une purification ethnique, Merkel impose une purification financière, qui épuise des populations déjà exsangues.

Et Merkel n’ignore pas que la Catalogne a toujours été le moteur économique de l’Espagne, une vache à lait qu’on trait à toute heure. Sans la Catalogne, l’Espagne devra se réinventer, et peut-être se détourner d’un système centralisé à outrance qui ne réussit guère aux pays qui l’adoptent, le peuple français peut en témoigner.

La Catalogne s’est engagée dans un processus pacifique, et démocratique. Pas de fumée, pas de ruines. Aucune victime. Une société civile engagée et mobilisée, et non fracturée. Alors, évidemment, peu d’intérêt de la part des médias puisqu’il n’y a pas d’enfant à pleurer. Pas de violence à dénoncer.

A l’étranger ? Une indifférence polie. Des haussements d’épaule. Un « ah ? », un « vraiment » ? On n’y croit pas. Nous ne sommes plus « usinés » pour comprendre une révolution qui ne soit teintée de sang, et je ne peux m’empêcher, vous me pardonnerez, de le déplorer.

En Espagne ? Une indifférence hautaine. Des sourires, des sarcasmes. Puis l’énervement face à l’entêtement. Et puis, récemment des attaques, la guerre sale qui commence.

Je veux croire que Gandhi avait raison.

 

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