Prospective médiatique d'une "seconde vague"

Le 12 septembre prochain s'annonce comme une forte mobilisation des Gilets jaunes. A cela, les garants de l'ordre établi médiatiques réagiront en proportion de leur crainte. Prospective fictive d’un traitement médiatique.

Le 12 septembre prochain s'annonce comme une forte mobilisation des Gilets jaunes. Ou tout du moins, par précaution pour ce billet et par mimétisme de nos représentants politiques qui manient si bien la langue de bois, disons "qui présente une certaine popularité".

A cela, les garants de l'ordre établi médiatiques réagiront en proportion de leur crainte. Ils parleront de retour1 alors même que le mouvement n'a jamais cessé. Une insinuation répondant à leur espérance d’essoufflement : un mantra passé, de ce fait acté et légitimé, autant qu'un prélude à une nouvelle promesse. Ainsi en va-t-il de la religion cathodique.

Ils invoqueront l'épidémie de covid-19 et la crise sociale en découlant. Les hypocrites et les aveugles y trouveront leur explication pour ne pas prendre une vision plus large qui les inciteraient à remettre en question notre écosystème et les politiques menées ces dernières décennies. Une narration bienvenue et disons-le salvatrice, alors que se déroule une nouvelle crise capitalistique. A moins que par malhonnêteté intellectuelle, la situation économique qui sert de cadre de contestation ne soit en partie imputable directement aux gilets jaunes eux-mêmes. Et que leur simple présence dans l'espace publique ne suffise à présent à achever l'économie2.

Les éditocrates plus particulièrement, iront courir les plateaux et les colonnes qui leur servent de résidences secondaires pour délégitimer, mépriser et certains pour cracher ouvertement leur venin sur ce mouvement social autant que cela leur sera possible. Leur art rhétorique sera mis à rude épreuve en cette période de crise officielle et de légitime souffrance sociale, mais ils sauront trouver les mots justes pour partager leur frayeur à leurs auditeurs et leurs lecteurs, invoquant pêle-mêle, la dénonciation de la violence, la présence de casseurs, black-bloc et d'ultras, alertant du chaos à venir et pointant le vide supposé des revendications au profit d'une grogne bestiale, amalgame de colères en effervescence qu'il s'agira d'apaiser par de nouvelles réformes. On y ajoutera les futures polémiques crées et montées en épingles, au gré de l'imagination de quelques poètes fertiles, qui constitueront de précieuses ressources entre deux sujets à visée anxiogène3

Mais aussi, attendons-nous dans le spectre des peurs à un petit nouveau, en la matière du covid-19. Qui de l'irresponsabilité sanitaire, de la menace des mouvements sociaux sur la santé des français, pris en otages indirectement par de nécessaires restrictions de libertés contraintes en résultant. Qui aussi de la bonne tenue des manifestations de ce début de rentrée au travers du respect des distances physiques rebaptisées distanciation sociale — les manifestants et leurs proches s'exposant par leur présence dans l'espace publique à une probable contamination. Contamination qu'il faudra alors empêcher : et les médias se sentiront investis d'une mission de salut public. Celle-ci prendra la forme d’une veille informationnelle et sera constituée de conseils et de recommandations savamment choisis, de vérification d’informations non institutionnelles, d'alertes ainsi que de rappels à l'ordre pour (s')éviter une nouvelle vague4.

Quant aux violences policières, si elles ont gagné en notoriété jusqu'à être traité en tant que telle par des médias dominants, elles ne sauraient réellement être condamnées face au péril sanitaire. Des éditocrates vous le diront, appuyés par des spécialistes en mouvement social et des figures d'autorités médicales, si vous êtes frappés, gazés, arrêtés ou empêchés, c'est pour votre santé et celle des autres. Ce ne sont pas des violences policières ! D'autant que des arrêtés préfectoraux auront été émis, limitant les attroupements. Reste que certains ne voudront pas respecter les consignes données et serviront de contre-exemple à ne pas suivre, alimentant une pédagogie déjà bien fournie à destination de la population.

C'est dans ce portrait fictionnel, clairsemé d'observations présentes et de projections que se tiendra peut-être le cirque médiatique de l'automne à venir. Après environ un an d'invisibilisation, il suffirait de quelques mots, d'un peu de volonté, de suivisme et d'un effet chorale pour qu’émerge à nouveau dans une forme réactualisée la figure contestataire fluorescente. Présentée sous la plus médiocre propagande possible comme on tenterait de conjurer le mauvais sort, afin de se soustraire aux corps indésirables.

Encore une fois.

 

 

1 variations : "come back" ; "nouvelle vague" .

2 voir l'émission des grandes gueules mis en ligne le 13/08/2020.

par exemple, autour de figures médiatiques co-construites avec les médias, présentées comme des représentants, voir des leaders, et étant traité comme des incarnations du mouvement des Gilets jaunes. Ou comment créer des cibles sur mesure.

4 voir par exemple l’édition du 20h du journal de France 2 de la fin de l'été 2020 qui diffuse régulièrement plusieurs sujets selon l’angle dépeint. Remplacez les jeunes, les fêtards et les vacanciers par les manifestants. Déclinez les sujets de prévention au regard des rassemblements publics. Multipliez les effets d'annonce sur l'évolution de l'épidémie.

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