La belle insurrection du peuple enlaidi

Le mouvement des gilets jaunes nous révèle l'état de délabrement des classes moyennes françaises, dont le niveau de vie a manifestement opéré une jonction avec les secteurs les plus défavorisés de la population. Face à l'enlaidissement de leur condition, leur remarquable prise d'initiative dans la contestation du système offre des perspectives de rétablissement de leur dignité esthétique.

Jamais, ces dernières années, les classes moyennes inférieures n'avaient tant occupé l'espace médiatique. Ceux qui hier, étaient sortis du champ d'attention des espaces de communication et du périmètre d'étude des décisionnaires institutionnels, sont désormais directement exposés, en image, avec une rare désintermédiation.

Cette exposition spontanée nous offre en apparence un spectacle consternant. Nombreux sont ceux qui ont pu abondamment déplorer l'enlaidissement de nos paysages, urbains et ruraux, ravagés par les exigences du phénomène halluciné de consommation de masse incapable de valoriser la qualité de vie. Mais nous n'avions pas pu ou voulu voir la laide condition de ces gens devenus malgré eux invisibles.

La médiocrité de l'alimentation de premier prix, les conditions de travail précaires, la peur du lendemain qui encourage tabagisme et consommation d'alcool excessive, l'atomisation sociale, appuyée par l'aliénation des divertissements de masse, ont nourri le repli sur soi et détruit la belle vertu de la sociabilité. Il en résulte des segments importants de la population qui ne prennent plus soin de leur apparence.

Face à l'émergence de cette réalité misérable, un rayonnement issu de siècles de traditions égalitaires, libertaires et fraternelles vient rétablir la dignité esthétique de ce peuple exsangue.

L'insurrection citoyenne nous entraine collectivement dans une dynamique de respectabilité qui seule permettra de redonner aux masses populaires l'inépuisable désir de prendre soin de notre monde. Soutenons-là fermement.

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