Les effets bénéfiques de la réforme du lycée

Près d’un an et demi après son lancement, les effets bénéfiques de la réforme du lycée se font sentir dans les établissements scolaires. Les principaux changements qu’elle induit portent sur la nouvelle logique d’orientation, le sens donné aux enseignements, la diminution de la pression vers les études supérieures et l’émergence de nouvelles formes d’organisation pédagogique.

Nouvelle logique d’orientation

Dans son esprit, la réforme du lycée est, avant tout, une réforme de l’orientation. Le principe est de remplacer les trois anciennes filières générales par des choix multiples d’enseignements de spécialité qui répondent mieux aux attentes des différentes formations supérieures. L’organisation de la scolarité en lycée est donc tournée, en grande partie, vers les attendus de la poursuite d’études supérieures.

Dès l’entrée au lycée, les élèves sont accompagnés pour l’orientation vers la classe de première. Ils savent qu’ils vont devoir faire un choix en fin d‘année de seconde et que ce choix consiste à construire la suite de leurs études en lycée. En cela, ils sont placés en position d’acteurs de leur scolarité, ce qui permet d’entrer plus facilement dans un processus réflexif leur permettant de s’interroger pour savoir qui ils sont et ce vers quoi ils se projettent. La démarche d’orientation, qui nécessite introspection et projection vers l’avenir, en est facilitée.

Les critères qui vont permettre le choix d’un enseignement de spécialité sont généralement : l’intérêt porté à l’enseignement (le critère de l’appétence), les résultats obtenus dans ce type d’enseignement (le critère de la réussite) et le fait que l’enseignement soit un attendu d’une poursuite d’études (le critère de l’utilité). Pour un élève, toute la logique de l’orientation du niveau de seconde consiste à trouver l’équilibre dans ses choix selon ces trois critères.

Les enseignants prennent une part active dans l’accompagnement à l’orientation. Leur premier rôle est d’ouvrir l’univers des possibles aux élèves en donnant toute l’information nécessaire sur chacun des enseignements de spécialité et sur les poursuites d’études qu’ils préparent. La répartition future des élèves entre les différents enseignements étant conditionnée à la demande qui se porte sur chacun d’entre eux, il se crée une forme d’émulation positive au sein des établissements scolaires qui pousse les enseignants à rendre attractifs leurs enseignements respectifs. Il en ressort qu’ils cherchent volontiers à innover dans les approches pédagogiques et à faire davantage de lien avec les débouchés vers l’enseignement supérieur.

 

Sens donné aux enseignements

La réforme du lycée a eu pour effet immédiat la suppression du caractère élitiste de l’ancienne filière scientifique, qui était perçue comme la filière d’excellence. L’orientation ne se fait plus majoritairement en fonction des résultats mais repose davantage sur le sens donné par les élèves à leur scolarité au lycée.

Avant la réforme, la question du sens n’était pas posée. Les élèves qui étaient en réussite allaient dans la filière d’excellence car elle permettait l’accès à toutes les formations de l’enseignement supérieur. Cela concernait la moitié des lycées généraux, dont une partie n’avait pas l’intention de poursuivre des études scientifiques.

Avec la réforme, seulement un quart des élèves de première ont fait un choix de combinaisons d’enseignements de spécialité qui s’apparente à l’ancienne filière scientifique avec la réelle intention de poursuivre des études dans ce domaine. Par conséquent, un quart de l’ensemble des élèves de la voie générale, qui auraient anciennement demandé la filière scientifique, ont fait des choix qui traduisent une plus grande variété de combinaisons. Ce constat se retrouve aussi pour les anciennes filières économique et sociale et littéraire. Au total, ce sont près de 47% des élèves qui ont fait des choix qui expriment des combinaisons d’enseignements complètement nouvelles par rapport aux anciennes filières d’enseignement. En donnant du sens à leur scolarité en lycée, les élèves ont exprimé la grande variété des façons de se préparer aux études supérieures.

 

Diminution de la pression vers les études supérieures

Dans beaucoup de lycées, les demandes se sont ainsi portées sur une vingtaine ou une trentaine de combinaisons d’enseignements de spécialité. La diversité a été plébiscitée par les familles. La conséquence naturelle devrait être la diminution de la pression subie par les élèves pour l’accès aux études supérieures.

Lorsqu’il existe une filière spécifique étant perçue par tous comme une filière d’excellence, elle devient la référence de sélection des candidatures vers l’enseignement supérieur et chacun peut se positionner par rapport aux autres selon l’indicateur agrégé de la moyenne générale. Il en résulte une logique implicite de compétition par les résultats, car ce sont eux qui garantissent l’accès aux études supérieures envisagées.

En cassant la filière unique d’excellence, remplacée par une variété de combinaisons d’enseignements de spécialité répondant chacune à des attendus de poursuite d’études supérieures, la réforme du lycée supprime la référence unique de sélection. Les comparaisons entre combinaisons deviennent plus difficiles, la sélection s’opère davantage sur des critères d’adéquation aux attendus que sur des critères de résultats et la pression subie par les lycéens diminue.

 

Nouvelles formes d’organisation pédagogique

La réforme du lycée a aussi introduit de la complexité dans l’organisation pédagogique. Pour la faire vivre, il devient nécessaire de définir des créneaux de tronc commun et d’autres qui vont permettre les alignements d’enseignements de spécialité.

Certains établissements se sont emparés de la complexité pour construire les emplois du temps en intelligence collective. Dans le principe, il s’agit d’adopter une démarche horizontale pour impliquer les enseignants dans la construction des emplois du temps. Les contraintes sont identifiées collectivement et la structure pédagogique est définie par l’ensemble des enseignants dans une logique de fabrique du consensus qui fait appel à des pratiques de décisions par consentement.

Envisagée de la sorte, la réforme du lycée est un puissant vecteur permettant le travail collectif des enseignants vers une vision partagée des emplois du temps qui privilégie la réussite des élèves. La fabrique du consensus impose à chacun de s’ouvrir aux pratiques pédagogiques des autres. Les arbitrages opérés collectivement sont mieux compris et sont davantage acceptés. Ces pratiques permettent de sortir de l’individualisme professionnel et du cloisonnement entre disciplines qui est un des traits saillants de la culture professionnelle des enseignants français.

En cela, la réforme du lycée ouvre peut-être la voie vers une approche pédagogique plus collective. Si les enseignants sont capables de s’entendre pour concevoir collectivement des emplois du temps qui favorisent la réussite des élèves, c’est qu’ils sont prêts à s’emparer d’une plus grande autonomie pédagogique de l’établissement qui les amènerait à construire eux-mêmes leur curriculum dans le respect des objectifs nationaux de formation.

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